Elle est née fille, mais une fille avec des difficultés

Tout semblait bien aller à l’époque. Selon léchographie, lenfant était en parfaite santé. Pourtant, laccouchement fut long et difficile. J’ai donné naissance à une fille, mais sa venue au monde fut entachée de complications si sérieuses que les médecins commencèrent à me conseiller de labandonner.

Ma petite fille était placée dans un incubateur. Lorsque mon mari est venu à lhôpital, le médecin l’a prévenu : lenfant risquait de ne pas survivre et, si elle y parvenait, elle serait pour nous un lourd fardeau. Il a beaucoup réfléchi, puis a finalement jugé préférable de ne pas sattacher pour ne pas gâcher sa propre vie. De mon côté, jétais accablée, enfermée dans mon silence.

Pourtant, avant ma sortie de la maternité, jai trouvé la force dannoncer que jamais je nabandonnerais ma fille. Ce jour-là, mon mari a rassemblé ses affaires et a quitté la maison. Je suis rentrée, seule, avec mon nouveau-né dans un appartement vide. Lisolement était pesant, mais jai décidé de me battre pour Laurine, ma fille. Jai frappé à toutes les portes, consulté de nombreux médecins, cherché chaque bribe d’espoir. À force de persévérance, les premiers résultats sont venus.

De nombreuses mères, elles aussi concernées par la maladie de leurs enfants, mont soutenue. Un jour, dans la salle dattente de lhôpital Necker à Paris, jai fait la connaissance dun homme. Il ma raconté sa propre histoire : sa femme lavait quitté pour un jeune amant, ils navaient jamais eu denfants, et il vivait sa solitude jour après jour.

Il a posé un regard dune tendresse infinie sur Laurine, ma fille souffrante ; jen ai eu les larmes aux yeux. Par la suite, il ma profondément aidée, me prodiguant conseils, réconfort, et même soutien financier, alors que je comptais chaque euro. Notre complicité est devenue si forte quelle a peu à peu empli nos vies. Nous avons fini par ne plus vouloir nous séparer, et nous nous sommes mariés.

Aujourdhui, Laurine est presque complètement rétablie. Et notre foyer sest agrandi encore : nous avons accueilli un petit garçon, un vrai rayon de soleil.

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Elle est née fille, mais une fille avec des difficultés
Veuve noire Charmante et brillante, Lilia terminait ses études à l’Institut de journalisme lorsqu’elle fit la connaissance de Vladimir, de beaucoup son aîné. C’est lui, Vladislav Romanov, qui remarqua en premier la délicate et gracieuse Lilia. Figure reconnue à Lyon, parolier célébré, ses chansons faisaient vibrer toute la ville. Pour tout le monde, Vladislav était un homme du cru, proche des cercles du petit écran lyonnais. Il n’eut aucun mal à aider Lilia à décrocher, à la sortie de l’école, un poste de présentatrice sur sa propre émission télé. Très vite, elle lance son programme « Conversation à cœur ouvert », invitant un psychologue influent et d’autres personnalités locales pour des échanges riches en anecdotes de vie. — Bravo, Lilia ! lui dit Vlad après visionnage, ça mérite bien d’être fêté. Âgé de quarante-cinq ans, Vladislav était un homme bouillonnant, marié trois fois, en constante effervescence, bien trop extraverti pour la vie rangée. Créateur prolifique, il se voyait en compositeur émérite, fréquentait la brasserie Paul Bocuse ou les bars du Vieux-Lyon, connu partout, aimant l’alcool. Avec le temps, Lilia s’imposa comme star locale, épousa Vlad, sa notoriété grandissait. Élégante, polie et chaleureuse, rien de diabolique en elle, jolie femme de la télé. Mais elle comprit vite qu’elle n’avait pas épousé le bon homme : Vlad, toujours aviné. — Ne t’embête pas trop, Vlad, ta Lilia va vite te surpasser, — lui lança son ami Simon lorsque, ivre, Vlad rabaissa Lilia. — Non Simon, je n’ai jamais choisi de femmes trop intelligentes, — plaisanta Vlad en pinçant la joue de sa femme au Café des Arts. Au début, Vlad la courtisait avec noblesse, fleurs, cadeaux, deux chansons dédiées. Mais une fois mariée, Lilia reçut à peine plus d’attention qu’un chat, essuyant ses éclats de voix. — Quelle naïve j’étais de croire qu’avec lui je deviendrais une star, pensait Lilia. Mais la réalité était bien différente. À l’université, elle avait étudié le français, pas vraiment utile pour voyager, selon Vlad, qui lui répétait : — Apprends l’anglais ! À l’étranger, tu fais paysanne et le temps passé au gym, c’est du vent, alors qu’il faudrait te mettre à l’anglais ! Par bravade, Lilia refusa l’anglais jusqu’à ce que Simon, cultivé et malin, lui lance devant tout le monde : — L’anglais est aussi essentiel à une femme éblouissante que ses escarpins. Motivée, elle s’inscrivit à des cours d’anglais dès le lendemain. — Chapeau, Simon ! Tu as changé ma femme, elle lit des manuels et même dans la voiture, c’est leçons d’anglais nonstop ! ironisa Vlad. Lilia et Vladislav Romanov habitaient grand appartement hérité d’un grand-père professeur de médecine. Leur gouvernante, Véronique, quarantenaire solitaire, cachait avec habileté son tempérament jaloux et acide. Toujours présente, impossible de lui dissimuler quoi que ce soit. Un matin, Lilia découvre Vlad, absent du lit, endormi ivre dans son bureau. Véronique, la bouteille de cognac vide à la main : — Elle était pleine hier soir. Je lui prépare quoi pour le petit-déj ? — De la saumure, — grommela Lilia en filant sous la douche. Après sept ans de mariage, aucun enfant voulu ou eu, Vlad ayant déjà un fils. Lilia, bousculée dans ses rêves de maternité, se concentrait sur sa carrière. Après le petit-déjeuner, elle envoie Véronique dans le bureau : Vlad est étendu, une tache rouge sur l’oreiller. — Lilia, — hurle Véronique, — il faut appeler le SAMU ! — Qu’est-ce qu’il a ? — Je ne sais pas. Lilia file à l’hôpital avec Vlad, immédiatement en réanimation. Verdict funeste : — Rien à promettre, la situation est grave. Le soir, elle est prévenue : — Votre mari est décédé. — Impossible… il n’était pas si vieux… — marmonne-t-elle, accablée. Les obsèques furent somptueuses, Simon fit un discours, foule compacte, tous saluaient la vie vibrante de Vladislav. Désormais, Lilia se retrouve face à la solitude de la maison. Véronique attend, incertaine, son sort. Les collègues décident : — Lilia, ne t’apitoie pas ! Belle, jeune, libre, et riche en prime. Vlad laisse deux bons comptes à partager entre son fils et elle, mais Lilia gagne déjà bien sa vie. Elle cherche à sortir, fréquente les cafés du quartier. Un jour, après une émission, Lilia s’installe au Café du Bouchon, sirotant du vin espagnol. Un homme imposant, souriant, demande à la rejoindre. — Je peux m’asseoir ? — Elle acquiesce. — Innocent, se présente-t-il. — Pourquoi toute cette tristesse ? Une si jolie femme ne doit pas être en peine ! — Je suis maussade aujourd’hui… Innocent, quarantenaire brun, au physique massif, fait penser à un nounours sympathique à Lilia, ce qui l’amuse. — Permettez que je vous offre quelque chose ? Vin, cocktail, gâteau… ce que vous voulez. — Un gâteau suffira, merci. Moins beau qu’en photo, Innocent est séduisant et drôle, captant l’attention par ses histoires et son humour. Lilia rit, s’amuse et finit par accepter un rendez-vous. Le lendemain, elle annonce à Véronique : — Je n’ai plus besoin de tes services, je peux me débrouiller seule. — Mais voyons, Lilia, après toutes ces années à vos côtés, tu me mets à la porte. Où irai-je ? — Tu trouveras bien une famille ou un poste à l’accueil. — Tu me chasses… — sanglote Véronique — Je me suis attachée… — Mais enfin, je ne vais pas me ruiner… fini de laver toilettes et vitres, — pense Lilia. Voyant Véronique pleurer : — Bon, si tu insistes, reviens travailler, — Véronique jubile et remercie Lilia d’un baiser sur la joue. — Vous étiez comme ma famille, perdre Vlad et toi qui veux me renvoyer… Désormais, Innocent (que Lilia appelle Kiki) devient un habitué de la maison. Il adore sa jolie femme, que Lilia épouse au bout de trois mois. Mariage discret mais lune de miel de rêve : Innocent, homme d’affaires, l’emmène aux Maldives. Lilia pense vivre une escapade classique, mais Kiki voit les choses en grand : vol en première classe, accueil VIP, villa avec piscine et plage privée. — Combien mon nounours a-t-il payé pour ça, s’interroge-t-elle. Jamais Lilia n’a cherché à savoir l’étendue de la fortune de Kiki, elle profite de sa gentillesse, sa tendresse, ses soins matinaux. — Vlad était odieux, un râleur, toujours à me rabaisser, alors que Kiki vit pour moi et m’écoute. J’adore ça, — se dit-elle. Véronique ne tarit pas d’éloges sur le nouveau mari, ravie d’habiter leur demeure au vert. Une fois, Lilia aperçoit innocemment son mari se piquer à l’insuline. — Qu’est-ce que c’est ? — Rien de grave, j’ai du diabète, mais je vis pleinement. Sur les plages maldiviennes, elle réfléchit : — Ai-je enfin touché le gros lot ? Le séjour parfait sauf la silhouette maladroite du mari, trop loin du coach musclé qu’elle aurait aimé. — Faudrait mettre mon nounours au régime et l’inscrire au sport ! Las, Kiki lui explique : — Je veux bien, mais mon métabolisme ne collaborera jamais, je suis insulino-dépendant. — Tant pis, ce n’est pas grave, — décide-t-elle. De retour à Lyon, la routine reprend. Lilia rêve de passion, d’un amant athlétique et fougueux, pas de peluche rassurante. Ses collègues s’amusent : — Tu es vraiment fidèle à ton ours ? Tu n’as jamais d’aventure ? Elle se considère honnête, pas envie de blesser son bon mari. Au réveillon, bien éméchée, elle accepte la proposition d’un collègue, Kostia, d’être raccompagnée par son ami, Arnaud. Arnaud, bel homme aux yeux clairs, lui demande son numéro. Devant chez elle, il l’attire contre son 4×4 et l’embrasse fougueusement. Elle adore ce geste brutal et viril. Comme amant, Arnaud est parfait : chez lui, pas de douceur superflue, juste passion fulgurante. Innocent, pris par ses affaires, ne remarque rien. Un jour, chez Arnaud, leur idylle est brutalement interrompue par la visite inattendue du mari. Pris de malaise, Innocent tombe, Lilia réagit, trouve son insuline, pique. — Peut-être la solution… — mais Innocent ne se relève pas. Le SAMU arrive. Verdict : décès. Lilia rentre, bouleversée, accueillie par Véronique : — Qu’est-ce qui t’arrive, Lilia ? D’autres pensées la troublent : et si c’était Véronique qui l’avait dénoncée, elle qui détestait Arnaud ? Après les funérailles, la cause du décès est une crise cardiaque. Peu après, la fille aînée d’Innocent, avocate de Paris, débarque, met Lilia dehors, lui offre un paquet d’argent et trois jours pour quitter la villa familiale. Lilia refuse de batailler pour l’héritage, retrouve son grand appartement lyonnais hérité de Vladislav Romanov. Le temps passe — Lilia reprend sa vie, Arnaud l’aide mais ne propose pas le mariage. Un jour, tragédie : Kostia l’appelle, Arnaud est mort dans un accident de voiture. Lilia songe alors : — Pourquoi tous mes maris et amants disparaissent ? On va finir par m’appeler la veuve noire ! Je porte malheur, maudit soit mon aura… Plus tard, Lilia invite un jeune homme, Marc, sur son plateau. Séduit, il l’invite dans un café. Lilia accepte, cherche à revivre. Marc, cultivé et drôle, la conquiert, elle tombe amoureuse. — Voilà ce qu’est l’amour, pense-t-elle, je ne peux respirer sans Marc, mais j’ai peur pour lui. Marc aussi succombe. Ils passent du bon temps, Lilia n’enquiert guère sur sa vie, mais découvre par hasard, via Internet, que Marc fait partie du top mille des fortunes françaises. — Incroyable… et si je lui porte malheur ? Elle se rassure, part au travail. Plus tard, elle apprend que Marc est hospitalisé, crise cardiaque. Affolée, elle se précipite à l’hôpital. — Il va bien, lui assure le médecin, tout est sous contrôle. Lilia entre, Marc lui prend les mains : — Tout ira bien. Je t’aime. Quand je sortirai, nous nous marierons, tu es d’accord ? — Oui, bien sûr ! — l’embrasse-t-elle. — Une nouvelle vie commence, le vrai bonheur. Merci de m’avoir lue, abonnez-vous pour soutenir le récit. Que la vie vous sourie !