Diana a donné naissance à un fils lorsqu’elle était jeune et a pris la décision difficile de le confier à l’adoption. Pourtant, des années plus tard, alors qu’elle tomba malade, elle se souvint qu’elle avait eu un fils.

Élevée à la campagne, Aurélie était une fille tout à fait ordinaire, sans don particulier, et sa mère navait que peu despoir pour son avenir. Elle lui répétait souvent : « Après lécole, tu iras travailler comme laitière ou vendeuse. Il ny a pas dautre futur pour toi dans ce village. »

Pourtant, Aurélie a déjoué les attentes : après la troisième, elle est tombée enceinte dun garçon dun an son aîné. Les parents des deux jeunes se sont réunis et ont décidé que leur petit-fils vivrait chez la grand-mère paternelle, car Aurélie ne se sentait pas prête à être mère, et sa propre mère ne pouvait pas lui offrir de soutien financier. Après la naissance, la vie dAurélie a basculé : elle a quitté le village pour sinscrire dans une école dart à Bordeaux, déterminée à devenir artiste. Elle avait le talent et la volonté de réussir. Elle a découvert avec joie la vie urbaine : sortir danser le week-end, aller au cinéma, flâner dans les boutiques, loin des corvées de la campagne comme le jardinage, le puisage de leau ou le feu à allumer dans le poêle. Aurélie a choisi de rester en ville, dautant plus quelle commençait à gagner correctement sa vie grâce à ses œuvres.

Au cours de sa dernière année décole, Aurélie tomba de nouveau enceinte. Malgré lidée davorter qui lui effleura lesprit, elle mit au monde son second fils. Son fiancé leur offrit une chambre dans lappartement familial, mais la vie restait difficile avec un bébé tout en poursuivant ses études. Elle envoya donc provisoirement son fils chez sa mère, au village. Plus tard, la mère dAurélie disparut et elle dû ramener son fils à Bordeaux.

Les années passant, la santé dAurélie déclina rapidement. Elle repensa alors à son fils aîné, qui avait grandi et sen sortait bien dans une ville voisine. Elle commença à lui demander de laide financière pour les médicaments et la nourriture, jouant parfois sur la corde sensible de la culpabilité et du remords. Incapable de supporter cette pression, son fils aîné linvita à venir habiter chez lui, afin de mieux soccuper delle. Aurélie se prépara à quitter Bordeaux, impatiente de le retrouver, mais le père de son deuxième fils lui demanda de lui confier lenfant, lui assurant quil sen occuperait et lélèverait convenablement. Elle fut dabord sceptique doutant quil puisse être un véritable père mais finit par accepter de lui laisser lenfant.

Cest ainsi quAurélie, en quête de soutien et dun nouveau départ, se laissa porter par les circonstances, laissant derrière elle une part de sa vie pour en commencer une nouvelle.

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Diana a donné naissance à un fils lorsqu’elle était jeune et a pris la décision difficile de le confier à l’adoption. Pourtant, des années plus tard, alors qu’elle tomba malade, elle se souvint qu’elle avait eu un fils.
Le paradis sous les toits : Quand Dimitri a remis les clés de son appartement à Ève, elle a su que la Bastille était prise. Aucun Leonardo DiCaprio n’a autant attendu son Oscar qu’Ève attendait son Adam (même si ce n’est “qu’un Dima”), surtout avec son propre petit “nid d’amour”. Trente-cinq ans, célibataire et à bout d’espoir, elle regardait de plus en plus souvent avec tendresse les chats des rues et les vitrines “Tout pour les loisirs créatifs”. Et voilà qu’il arrive : solitaire, toute sa jeunesse engloutie dans la carrière, la healthy food, la salle de sport et autres absurdités à la sauce quête de soi — et, important, sans enfant. Ève avait formulé ce vœu à vingt ans, et il semblait que ce Père Noël à retardement avait enfin compris qu’elle ne plaisantait pas. — J’ai la dernière mission professionnelle de l’année, et après je suis tout à toi, — annonce Dima en lui offrant la précieuse clé de son oasis. — Ne t’effraie pas de ma caverne. Je n’y viens, en général, que pour hiberner, — ajoute-t-il avant d’enfourcher un “Airbus” pour partir vers un autre fuseau horaire tout le week-end. Ève prend sa brosse à dents, sa crème, ses éponges et fonce découvrir cette caverne. Les ennuis commencent dès l’entrée. Dima l’avait prévenue que la serrure coinçait, mais à ce point… Elle bataille quarante minutes : pousse, tire, enfonce la clé, teste poliment… mais cette maudite serrure ne voulait rien savoir de ce nouveau locataire. Et puis voilà la voisine qui pointe le nez : — Pourquoi essayez-vous d’entrer chez quelqu’un d’autre ? — Mais j’ai la clé, — s’énerve Ève, essuyant la sueur de son front. Suit un interrogatoire digne d’un quartier parisien bien tenu, terminé par un — Je suis sa copine ! — bravache qui fait claquer la porte de méfiance. Finalement, Ève s’impose. La porte cède. L’univers de Dima s’offre à elle : un ermitage d’un ascète moderne, où la féminité semble n’avoir jamais mis le pied. Mais au moins, elle est la première. Heureuse de sa victoire, Ève file chez Monoprix acheter rideaux, tapis, maniques et torchons — et, bien sûr, diffuseurs, savons artisanaux, boîtes à cosmétiques… « Ce n’est pas de l’impudence d’ajouter quelques petites touches dans l’appartement d’un autre », se rassure-t-elle en empilant paniers et objets dans les caddies. La serrure s’avoue vaincue. Elle ne sert plus à rien, subit une chirurgie nocturne à coups de couteau de cuisine. Bientôt, tout l’équipement de base doit être changé : vaisselle, nappe, planches, dessous-de-plat, et tant qu’à faire… rideaux assortis ! Dimanche midi, Dima prévient : il reste encore deux jours en déplacement. — Je serai ravi si tu donnes un peu de chaleur à mon appart, — sourit-il au téléphone tandis qu’Ève admet avoir pris quelques libertés en matière de déco. L’aménagement version “féerie d’intérieur” prend alors une ampleur industrielle. À force d’y penser depuis tant d’années, le barrage cède — la déco afflue à flot continu. Au retour de Dima, il ne reste plus dans l’ancienne tanière qu’une araignée près de la VMC. Ève préfère l’épargner : ce sera le symbole de l’intouchabilité du peu qui restait de l’ancien Dima… L’appartement a désormais l’allure d’un cocon d’un couple marié depuis huit ans, puis désabusé, puis de nouveau heureux envers et contre tout. Ève ne s’est pas contentée de personnaliser l’appartement — elle s’est aussi imposée dans l’immeuble comme nouvelle “maîtresse de maison”, ce malgré l’absence d’alliance, “un détail purement technique”. Les voisins s’inclinent : “Ben, faites comme chez vous, nous, ça nous est égal, hein.” *** Le jour du retour tant attendu, Ève prépare un vrai dîner maison, s’emballe dans une lingerie à la fois élégante et provocante, parfume les coins, tamise la lumière, et attend. Voilà son Adam qui arrive. Mais Dima tarde. Quand la tenue commence à lui peser douloureusement là où elle a trimé des mois à la salle de sport, la clé tourne dans la serrure. — C’est une nouvelle serrure, pousse simplement, — chuchote-t-elle, mi-gênée, mi-sensuelle. Elle n’a pas peur des reproches : elle a trop bien bossé. On lui pardonnera tout. Mais au moment où la porte s’ouvre, Ève reçoit un SMS inattendu de Dima : « T’es où ? Je suis à la maison. L’appartement n’a pas changé d’un poil. Mes potes me faisaient flipper que tu allais y mettre ta cosmétique partout. » SMS qu’elle ne lira que plus tard… Car dans l’appart débarquent cinq inconnus : deux jeunes hommes, deux élèves et un papy qui, en voyant Ève, se redresse soudain avec une prestance retrouvée. — Alors, papa, t’es accueilli comme un pacha ! Fallait pas aller en maison de repos si c’est “all inclusive” ici ! — rigole le jeune, se prenant une tape de sa femme. Ève, deux verres à la main, sidérée, voudrait crier, mais reste pétrifiée. Au coin, l’araignée jubile. — Mais… vous êtes qui ? — balbutie-t-elle. — Le propriétaire des lieux, et vous, de la clinique pour ma piqûre, je suppose ? J’ai dit que je m’en sortirais, vous savez, — lance le papy en lorgnant la tenue d’infirmière sexy d’Ève. — Eh bien, Adam Matheux, c’est cosy chez vous ! — note la belle-fille. — On habite plus dans un caveau, c’est déjà ça ! Mais, mademoiselle, comment vous appelle-t-on ? “Ève” ? C’est pas trop vieux, notre Adam Matheux, pour vous ? Enfin, un homme avec son logement… — Je… Ève… — Eh bah, Adam Matheux a du flair pour choisir les gens lui ! Le vieux, yeux pétillants, a l’air ravi de ce hasard. — Et… et… où est Dimitri ? — murmure Ève. — Je suis Dimitri ! — s’écrie un garçon de huit ans. — Doucement, tu n’es pas encore Dimitri — le tempère sa mère en emmenant son frère et son père dehors. — P-pardon, je me suis trompée d’appartement… C’est bien le 26, 18, rue des Lilas ? — Non, ici, c’est le 18, rue des Aubépines, — répond le vieux, prêt à investir son nouveau cadeau. — Voilà… je confonds toujours, soupire Ève, dramatique, — Entrez, installez-vous, j’ai un coup de fil à passer… Elle s’enferme dans la salle de bain, attrape une serviette, et découvre enfin le SMS de Dima. « Dima, j’arrive bientôt, je me suis juste attardée en courses », répond-elle aussitôt. « Parfait, alors. Si tu peux prendre une bouteille de vin… », laisse Dima en vocal. Le vin, Ève allait le boire… mais seule. Elle attrape tapis et rideau sous le bras, patiente que les inconnus s’installent, puis, ramassant ses affaires, quitte enfin l’appartement. — Matheux, la belle s’en va ! On rate une histoire d’amour ! — marmonnent les voisins aux portes entrouvertes. *** — Je t’expliquerai plus tard, — lâche Ève à Dima, hébété, en lui ouvrant. Presque somnambule, elle file remplacer la déco dans la salle de bains, installe son tapis, puis s’effondre sur le canapé jusqu’au lendemain, jusqu’à ce que le stress et le vin s’évaporent. À son réveil, un inconnu la fixe, attendant des explications. — Dites… c’est quoi l’adresse, ici ? — 18, rue des Jasmins.