Tout le monde adore ses petits-enfants, mais…

Mon deuxième fils venait de naître. Dès la maternité, notre chambre sest remplie de la chaleur de la famille, venue féliciter avec joie. Les visages des grands-parents brillaient denthousiasme ; partout des vœux de bonheur, de santé, de belles choses.

Ma belle-mère et mon beau-père vivent dans un grand appartement de trois pièces à Lyon, ma propre mère et ma sœur possèdent une grande maison claire tout près de Bordeaux, et pourtant, personne ne semble se soucier du fait que notre petite chambre de quinze mètres carrés va devenir, hélas, bien trop étroite.

Les parents de mon mari possèdent aussi une belle maison à la campagne, un jardin potager luxuriant, la Loire qui coule tout près. Ils ont quitté Paris il y a des années pour savourer la quiétude rurale, et, malgré nos demandes répétées déchanger les appartements, ils ne nous ont jamais donné une réponse favorable.

Une seule fois, ma belle-mère, Francine, a pris la peine de mexpliquer dun ton fatigué : « Tu sais, à notre âge, on apprécie notre tranquillité. Chacun son espace pour dormir, et dans le grand salon, nous recevons nos amis et regardons la télévision. »

Elle simagine sans doute que nous, avec nos deux enfants, dormirons parfaitement alignés, la tête sur loreiller, en ignorant les pleurs déjà familiers du nouveau-né

Tout cela bourdonnait dans mon esprit, et jimagine que cela sest vu sur mon visage, car lentrain des félicitations familiales sest peu à peu estompé et chacun sest égaillé, séclipsant presque furtivement.

Quand la chambre fut vide, jai adressé à Louis, mon mari, un sourire un peu amer : « Alors, dis-moi, tu penses quon rentrera à la maison bientôt ? »?»

Louis sest approché doucement, posant la main sur lépaule du berceau comme pour apaiser lenfant. Il ma regardée longuement, puis a souri, un sourire fatigué mais lumineux, comme une promesse murmurée juste pour moi.

« Je ne sais pas quand, » a-t-il soufflé, « mais on trouvera notre place. Peut-être pas celle que les autres nous prêtent, peut-être pas celle quon imagine parfaite, mais une où grandir ensemble ne sera pas un exploit quotidien. »

Il a frôlé la joue du bébé dun geste tendre. Dehors, le soir filtrait à travers le rideau, dessinant des ombres paisibles autour de nous. Jai senti, lespace dun instant étrange et doux, la minuscule chambre sétirer légèrement, comme si les murs, eux aussi, retenaient leur souffle pour mieux nous écouter rêver.

Je me suis appuyée contre Louis, nos deux enfants blottis contre nous, et je me suis souvenue que parfois, il suffit dun souffle, dune main serrée dans la nuit, pour agrandir ce qui semblait trop petit.

Bientôt, jai pensé, nous construirons notre propre lumière, entre les murs provisoires, entre les chênes ou les toits, peu importe ladresse. Notre maison tiendrait peut-être sur un lit, un canapé, dans une chambre à la maternité à condition dy déposer, chaque soir, ce courage tout neuf né avec laube.

Alors jai embrassé Louis, jai caressé du regard nos deux fils endormis, et dans cette pièce minuscule, jai su, soudain, que nous étions déjà chez nous.

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Tout le monde adore ses petits-enfants, mais…
J’achète pour moi de la dinde de qualité supérieure et je me prépare des escalopes à la vapeur, tandis que lui, il se contente de viande de porc périmée. J’ai cinquante-sept ans. Mariée depuis plus de trente ans, j’ai toujours fait la lessive, cuisiné les repas et pris soin du bien-être de la famille. Avec mon mari, nous avons deux enfants que j’ai élevés et instruits moi-même. Depuis toujours, je cours dans tous les sens comme un hamster dans sa roue. J’ai travaillé sur plusieurs emplois à la fois, acceptant tous les petits boulots pour que nos enfants ne manquent de rien et soient aussi bien habillés que les autres. Pendant toutes ces années, mon mari n’a jamais vraiment travaillé dur et, une fois à la retraite, il passe ses journées à la maison sans lever le petit doigt. Moi, je continue d’aller au travail, d’aider mes enfants avec les petits-enfants et de faire toutes les tâches ménagères. J’ai souvent demandé à mon mari de prendre un petit boulot, même comme gardien de nuit, mais il me répond toujours qu’on s’en sort très bien sans aujourd’hui. Mais il n’est pas bête, surtout pour la nourriture ! À peine ai-je le temps de cuisiner que, parfois, en rentrant du travail, il a déjà mangé ce qu’il y avait de meilleur, ne me laissant qu’un fond de soupe. Une amie m’a alors conseillé de préparer nos repas séparément : pour lui, avec des produits bon marché, et pour moi, avec les meilleurs ingrédients. J’ai raconté à mon mari que le médecin m’avait mise au régime, et qu’ainsi il ne devait pas toucher à mes plats. Désormais, je cache ma nourriture et, lorsqu’il file à la cave, je grignote des chocolats. Je planque saucisson et fromage dans un coin du frigo, à l’abri de ses yeux, et lorsque je peux, j’en profite. Heureusement, nous avons deux réfrigérateurs : l’un pour l’alimentation courante, l’autre pour les bocaux, et c’est là que je garde mes réserves. Vous savez comment sont les hommes – ils ne voient jamais rien ! Je prends pour moi des filets de dinde de qualité et me fais des boulettes vapeur, alors que pour lui, j’achète du porc presque périmé que j’accommode avec des épices, et il ne s’en formalise pas. Je prends des pâtes premier prix pour lui, et pour moi, du blé dur. Je n’ai aucun remords et ne trouve pas ça mal : s’il veut bien manger, il n’a qu’à travailler ! À notre âge, divorcer serait absurde, la majorité de notre vie est derrière nous, nous avons une maison commune – pourquoi la vendre et partager l’argent maintenant ?