«Je ne veux pas d’une fille paralysée…» déclara la belle-fille avant de partir… Mais elle était loin d’imaginer ce qui allait se passer ensuite… Dans un petit village français vivait un vieux monsieur, Denisot, qui aimait prendre un verre de blanc le week-end. Il avait un rêve : s’offrir un chien, mais pas n’importe lequel — un pur berger d’Asie, un vrai alabai. Prêt à parcourir jusqu’aux confins de la Méditerranée rien que pour en trouver un digne de ce nom. On l’appelait Denisot — peut-être ainsi, ou d’après son prénom ou son nom, personne ne savait vraiment. Rien ne le dérangeait, il laissait chacun l’appeler comme il voulait. Après le jardin, il s’installait sur le banc devant la maison, repensant aux belles années, et les jeunes du village se rassemblaient parfois pour écouter ses récits d’autrefois. Cela faisait longtemps que Denisot avait perdu sa femme, Claudine, malade du cœur. Les médecins lui avaient interdit d’avoir des enfants, mais son désir de maternité était plus fort. Elle donna un fils à Denisot puis devint très faible. Denisot adorait Claudine, il faisait tout pour elle à la maison, allant jusqu’à interdire qu’elle porte une brique de lait du marché. « Je t’en prie, laisse, c’est interdit ! », disait-il, sur ordonnance. Il s’occupait du bébé, faisait à manger. Claudine, peinée, soupirait : « Tu m’humilies ! Voilà, les femmes vont rire, je ne fais rien, c’est toi qui t’occupes de tout ! » Mais au contraire, elles enviaient Claudine : « Ma pauvre Claudine, si seulement je pouvais t’emprunter ton Denisot, ne serait-ce qu’un jour pour vivre une vie comme la tienne ! » Claudine souriait et c’est avec ce sourire qu’elle quitta cette vie. Denisot la trouva froide un matin. Il pleura comme un enfant durant trois jours, puis il se consacra entièrement à leur fils. L’enfant venait d’avoir 14 ans et la période difficile commençait. Après l’armée, le fils se maria tôt, s’installa loin là où il avait servi. Denisot se retrouva seul, mais il gardait toujours la pêche, aimant discuter avec les jeunes sur la place. Un jour, il apprit qu’il était grand-père. Il attendait que la famille lui rende visite, mais ils ne venaient jamais — le travail, le manque de temps, toujours quelque chose… Il voyait sa petite-fille seulement sur les photos. Soudain, les gens du village remarquèrent que Denisot n’était plus que l’ombre de lui-même. Il ne plaisantait plus, ne s’asseyait plus sur le banc, le sourire disparu. Ils finirent par comprendre : Denisot avait reçu un télégramme de sa belle-fille. Un accident de voiture : sa petite-fille gravement blessée à l’hôpital, son fils mort sur le coup. « Quel malheur ! Quelle douleur ! » compatissait tout le village, mais quels mots pourraient soulager une telle peine ? Denisot recevait les condoléances sans que son chagrin ne faiblisse. Il avait mal pour son fils, mais sa tristesse était pire encore pour la petite-fille. Jeune fille de 15 ans, elle gisait dans le coma. Il n’avait jamais vu sa petite-fille, mais il l’aimait tout autant : elle ressemblait tant à Claudine sur les photos. Denisot décida d’aller dans la ville où vivait son fils, mais, la veille du départ, une voiture se gara devant sa maison. On apporta une civière. Sa belle-fille entra dans sa maison, presque sans frapper, et la petite-fille fut déposée sur le canapé comme un ballot, avant que la mère ne claque la porte. « Elle est paralysée de la tête aux pieds. Je ne veux pas d’une fille comme ça. Je suis encore jeune, je trouverai bien un nouveau mari et j’aurai un enfant en bonne santé ! » fit la belle-fille sèchement. « Mais je ne suis pas médecin ! » s’exclama Denisot. « Un médecin n’y peut rien. Elle a besoin d’une aide à domicile, d’une gardienne. Si vous ne voulez pas vous en occuper — enterrez-la vivante, mais moi, je ne gâcherai pas ma vie. Je ne suis pas une nourrice ! » répliqua-t-elle avant de partir. « On dirait bien que tu n’es pas sa mère ! » cria Denisot derrière elle. Il comprit alors pourquoi son fils ne venait jamais avec sa famille : avec une femme comme ça, on ne va qu’au marché pour se disputer, pas pour rendre visite. Comment son fils avait-il pu se laisser piéger par une telle personne ? Mais on ne peut plus demander… Si Denisot avait su que sa belle-fille abandonnerait sa fille, il se serait retourné dans sa tombe… Denisot et sa petite-fille restèrent seuls. La jeune fille était bel et bien paralysée, mais Denisot en avait vu d’autres et savait s’occuper de tout. Il retrouva enfin un sens à sa vie — sa priorité serait de soigner sa petite-fille. Les médecins l’avaient condamnée et renvoyée de l’hôpital, incapables de comprendre comment elle avait survécu à un tel accident. Il ne restait que les remèdes de grand-mère et les guérisseuses. Dans le village, il n’y avait pas de rebouteuse, et la plus proche vivait très loin. Impossible d’y emmener la jeune fille. Il se retrouva désemparé… Denisot se déplaçait chaque semaine chez la guérisseuse. Elle lui donnait des herbes et des décoctions pour la petite. Il suivit ce traitement. Plus d’un an passa, la jeune fille restait immobile, incapable de bouger ni bras ni jambes, inerte sous sa couverture, incapable même de parler, émettant seulement quelques sons indistincts. Parfois, le vieux remarquait une larme couler sur la joue de la petite. Dans ces moments, son cœur explosait de douleur. Il pensait qu’elle pleurait pour ses parents. Il lui parlait de longues heures, lisait des livres, mais elle ne pouvait lui répondre. Leur solitude était immense. Jusqu’au jour où, un soir, un événement inattendu se produisit. Alors qu’il était, comme d’habitude, au chevet de la malade, une bande de jeunes ivres s’introduisit chez lui — Denisot avait oublié de fermer la porte. Ils venaient du bal, avaient vu la lumière et, connaissant la paralysie de la jeune fille, avaient voulu « s’amuser », croyant qu’elle serait ravie et incapable de se défendre… Ils entrèrent. « Allez le vieux, découvre ta petite-fille, écarte-lui les jambes ! On tire au sort pour savoir qui passe en premier… » lança le plus saoûl. « Pitié ! Elle n’a que 15 ans ! » supplia Denisot. « Attendez, laissez-moi juste me brosser les dents… » fit Denisot, qui se précipita à la cuisine, ouvrit la trappe de la cave et cria : « Prends-les ! » De là jaillit le grand alabai, Moukhtar. Il bondit sur les voyous, leur attrapant tour à tour le pantalon, faillit castrer le chef de la bande ! Les autres prirent la fuite, la culotte en lambeaux, poursuivis par le chien jusque dans tout le village sous les rires, tandis que Moukhtar sautait par la fenêtre pour continuer la chasse. Denisot courut voir sa petite-fille : elle était assise sur le lit et criait à la fenêtre : « Moukhtar ! Moukhtar ! Dédou, attrape-le avant qu’il ne s’enfuie ! » Et là, le grand-père fondit en larmes. À partir de ce jour, la jeune fille commença à aller mieux — bientôt elle se remit à marcher. Était-ce les potions de la guérisseuse ou le choc de la nuit ? En tout cas, elle se remit à parler sans arrêt, se rattrapant de tous ces mois silencieux. Mais d’où venait Moukhtar, me demanderez-vous ? C’est simple : l’alabai vivait chez le fils de Denisot, et, après la tragédie, l’indigne belle-fille s’était débarrassée de la fille… et du chien. Elle avait amené le chien avec la petite, sans rien dire à Denisot. Quand elle quitta la maison, Denisot alla fermer le portail, et vit le chien assis là, maigre, épuisé, les yeux humides de vraies larmes. Denisot ignorait même que son fils avait un chien. Il ne put jamais le jeter dehors — il le garda précieusement. Le chien fut pour Denisot un compagnon fidèle : ce soir-là, il était resté enfermé à la cave à cause de la canicule. Pour lui éviter de souffrir, Denisot l’y mettait le jour, le laissait sortir à la nuit tombée. Ce soir-là, il n’avait pas encore eu le temps. S’il avait été dehors, les voyous ne seraient jamais entrés. Sa petite-fille lui expliqua plus tard qu’elle pleurait surtout par manque de son chien, mais elle ne pouvait rien lui dire. Denisot avait l’habitude de le garder dans la cour plutôt qu’à l’intérieur. La petite s’ennuyait, incapable de se faire entendre. Le soir où Moukhtar revint, il lécha son visage avec bonheur : lui aussi s’était énormément ennuyé de sa jeune maîtresse. Ainsi, ils se retrouvèrent tous les trois : Denisot, la petite-fille, et Moukhtar. Et jamais plus ils n’entendirent parler de la mère.

Je nai pas besoin dune fille paralysée lança la belle-fille, et elle disparut en claquant la porte. Elle était loin de se douter de la suite, celle-là !

Dans un petit village de Bourgogne, vivait un vieux bonhomme bien ordinaire, qui le samedi soir buvait un petit verre de chardonnay blanc, histoire de respecter la tradition. Il caressait un rêve ambitieux : adopter un chien, mais pas nimporte lequel ! Un vrai berger dAnatolie, pur-sang, rien que ça. Pour ça, il était prêt à traverser la moitié du monde, traverser les terres dAsie centrale sil le fallait, tout ça pour ramener son futur compagnon à quatre pattes jusquau bout de sa ruelle.

Ce papy, tout le monde lappelait Baptiste, ou parfois Baptisteau, sait-on pourquoi. Personne ne savait si cétait un prénom ou un sobriquet, mais tout le monde, des vieux aux jeunes, lappelait comme ça, et lui, franchement, il sen moquait. Dailleurs, Baptiste avait pris lhabitude de squatter le banc devant sa maison après avoir trimé dans son potager. Parfois même, la jeunesse du village venait écouter ses récits dun temps où les vaches paissaient en liberté, quand la France nen était pas encore à son quatrième président du mois.

Sa femme, Thérèse, avait quitté ce bas-monde depuis longtemps. Un cœur fragile. Ah, les médecins lui avaient formellement interdit davoir des enfants. Mais Thérèse nécoutait jamais personne ! Elle voulait un gamin. Elle a donné un fils à Baptiste et, avec la maternité, elle a pris le chemin de la maladie. Baptiste adorait Thérèse. Il aurait nettoyé la maison dune main en refusant quelle porte les courses « Interdit ! Les médecins te lont dit ! » disait-il, avant daller lui-même chercher son litre de lait à lépicerie.

Il sest occupé du bambin, cuisinait, sest mué en père nourricier, lui. Thérèse rouspétait :
Tu veux vraiment que je sois la risée du village ?! Les femmes vont se moquer : rien à faire à la maison, tout repose sur lhomme !
Mais alors là, personne ne se moquait. Au contraire, les voisines lorgnaient sur Baptiste :
Oh là là, Thérèse, prête-nous ton Baptiste, quon goûte un peu à ta vie de château !
Thérèse répondait par un sourire. Lironie du sort voulait quelle parte de ce monde toujours souriante Ce matin-là, Baptiste la trouva froide comme le marbre. Il pleura comme un veau, trois jours durant, puis il se remit à soccuper du marmot.

Le garçon entra dans ladolescence pile au moment où Thérèse prenait la tangente, vers ses 14 ans. Puis, après larmée, le fils se maria précocement et sétablit là où il avait été affecté, Dieu sait où, et Baptiste sest retrouvé tout seul. Mais loin dêtre abattu, il prenait plaisir à discuter avec les jeunes du village sur le fameux banc.

Le fils eut une fille, et Baptiste attendait désespérément quils passent le voir, mais il y avait toujours une excuse : le boulot, pas le temps, ou les embouteillages, ou va savoir quoi. La petite-fille, il la voyait uniquement sur les images WhatsApp.

Et puis soudain, les villageois ont remarqué que Baptiste faisait la tronche, mauvais comme un ciel dorage, ne causait plus ni plaisanterie ni mots doux, ne tenait plus le banc de la maison. On finit par creuser le sujet : Baptiste avait reçu un SMS sec comme la sécheresse, de la belle-fille, qui annonçait que la famille avait eu un accident de voiture. La petite-fille était à lhôpital, grave, le fils mort.

La catastrophe, le deuil Le village entier partageait sa peine. Mais il ny a pas de mots, hein, pour consoler quelquun dans une misère pareille. Baptiste recevait les condoléances, mais ça ne lui enlevait pas une once de chagrin. Son fils à jamais perdu, et sa petite-fille, dans le coma à lhôpital à seulement 15 ans, tout un avenir devant elle Son cœur était ruiné.

Et la plus belle cerise sur le gâteau : plus de nouvelles de la belle-fille. Elle ne répondait ni aux SMS ni aux appels, ni aux courriers qui ségaraient à la Poste. Comment savoir ce quelle devenait, la petite ? Baptiste ne lavait jamais vue, mais laimait tout autant. Sur les photos, la gamine ressemblait à Thérèse dans sa jeunesse.

Un jour, alors quil sapprêtait à prendre le train pour Limoges, où son fils vivait, voilà quune voiture débarque devant chez lui, la veille du voyage. On sort une civière. Sans même toquer, la belle-fille entre dans la maison, froide comme les haies en février. Baptiste ne la reconnaît même pas dabord. Derrière elle, les brancardiers déposent la petite-fille sur le canapé, et séclipsent sans demander leur reste.
Elle est paralysée de la tête aux pieds. Moi, jai pas signé pour ça, jaurai dautres enfants, et sains ! siffle la belle-fille, sèche.
Mais Je ne suis pas médecin ! tente Baptiste.
Pas besoin ! Les médecins se sont lavés les mains. Il faut une aide-soignante. Si tu ne veux pas ten occuper, enterre-la vivante, moi je ne vais pas sacrifier ma vie. Je suis pas nounou ! claque-t-elle, puis la porte.

Tes pas sa mère non plus, apparemment ! crie Baptiste derrière elle, de rage.

Tout devient clair : pourquoi le fils ne venait jamais en visite. Avec une femme pareille, on va au marché faire des histoires, pas chez les beaux-parents pour lapéro. Comment sétait-il retrouvé avec une telle tornade ? Mais maintenant, impossible de lui demander. Sil savait que la mère se débarrasserait de son enfant, il en serait retourné dans sa tombe Baptiste et la petite se retrouvent donc tous les deux.

La gamine, effectivement, était gravement paralysée, mais Baptiste, lui, il ne seffarouchait pas pour si peu, il était rôdé en matière de soins et de vie domestique. Dun seul coup, il avait une raison de se lever le matin : guérir la petite. Toute sa vie, désormais, tournait autour delle.

Les docteurs avaient jeté léponge : on la renvoie à la maison. Elle naurait jamais dû survivre à laccident, selon eux. Restaient les remèdes de grands-mères et la vieille guérisseuse du département. Problème : la guérisseuse habitait bien loin, pas question damener une paralysée là-bas, et la vieille ne se déplaçait plus elle devait bien avoir cent ans au compteur.

Quà cela ne tienne, Baptiste prenait la voiture toutes les semaines pour aller chercher les tisanes et décoctions spéciales. Il faisait boire tout ça à la petite. Les mois passaient. Un an plus tard, la jeune fille ne pouvait pas bouger ni bras ni jambes, silencieuse comme une bûche sous la couette, incapable même de parler, à peine quelques grognements.

Parfois, Baptiste surprenait une larme roulant sur la joue de la petite. Ça lui brisait le cœur. Il croyait quelle pleurait ses parents. Il lui lisait des contes, lui parlait longtemps dans le soir, mais elle ne pouvait pas répondre. Douleur pour deux.

Un soir, alors quil veillait auprès delle, une nouveauté inattendue : une bande de jeunes, bien imbibés, débarque dans la maison. Baptiste avait oublié sacrilège de fermer la porte ce soir-là. Revenant de la discothèque, ils voient la lumière et se rappellent quune fille paralysée vit ici. Lun propose dentrer Au moins elle ne dira rien et puis pour la résistance, on repassera.

Eh, le vieux ! Vire la couette de la gamine, écarte un peu les jambes, on va tirer au sort pour savoir qui commence braille le pire des soûlards.
Voyons, ayez pitié ! Elle na que 15 ans ! supplie Baptiste.
Attends, deux minutes, que je brosse les dents ! réplique Baptiste, et zou, direction la cuisine, il ouvre la trappe de la cave et crie : « Aux pieds ! »

Et là, surgit un énorme berger anatolien. Il attrape les zigotos par le pantalon, mord à droite, arrache à gauche, manque au premier chef de lui croquer le saucisson, déchire les jeans sur tous les postérieurs Ils senfuient en hurlant, fesses à lair, le chien à leurs trousses, la moitié du village hilare et le berger bondissant par la fenêtre, les poursuivant jusquà la sortie du village !

Baptiste retourne dans la chambre, et qui voit-il sur le lit ? Sa petite-fille, assise, qui crie par la fenêtre :
Médor ! Médor ! Grand-père, attrape-le, quil ne senfuit pas !
Les larmes montent à Baptiste. Dès lors, la gamine remonte la pente et finit par remarcher. On ne sait trop si cest le miracle des tisanes de la guérisseuse ou le choc du chien Mais la voilà qui jacte toute la journée, à force de sêtre tu si longtemps.

Doù venait ce chien, vous demandez ? Simple histoire. Médor le berger anatolien vivait chez le fils de Baptiste. Quand le malheur frappa, la belle-fille, décidément peu portée sur la famille, se débarrassa aussi bien de la fille que du chien. Elle les ramena ensemble, sans rien dire au vieux.

Après le départ fracassant de la belle-fille, Baptiste sort pour fermer le portail et aperçoit le chien, maigre à faire peur, le regard plus triste quune vache perdue, les yeux pleins de larmes bien réelles, faut le voir pour le croire. Baptiste, qui ignorait jusqualors lexistence de Médor, na pas eu le cœur de lui claquer la porte il le garde précieusement.

Le chien, fidèle au vieux, passait les chaudes journées dans la cave, pour éviter de fondre sous la canicule. Baptiste le gardait au frais, en lhonneur du climat, et le sortait le soir venu. Ce fameux soir, il avait juste oublié de le faire sortir. Sil avait été là, les brutes nauraient même pas pu franchir la porte.

La petite expliqua plus tard à son grand-père quelle pleurait surtout le chien. Il le gardait dehors, sans le laisser venir dans la chambre, et elle, incapable de parler, ne pouvait pas lui faire part de sa peine.

Après la course-poursuite hilarante, Médor revint à la maison et couvrit de léchouilles sa petite maîtresse adorée. Il avait, lui aussi, terriblement manqué de sa copine. Ainsi, ils se sont retrouvés : Baptiste, la petite, et Médor, un trio indéboulonnable. Quant à la mère, silence radio plus jamais de nouvelles delle, et honnêtement, on sen passera bien !

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«Je ne veux pas d’une fille paralysée…» déclara la belle-fille avant de partir… Mais elle était loin d’imaginer ce qui allait se passer ensuite… Dans un petit village français vivait un vieux monsieur, Denisot, qui aimait prendre un verre de blanc le week-end. Il avait un rêve : s’offrir un chien, mais pas n’importe lequel — un pur berger d’Asie, un vrai alabai. Prêt à parcourir jusqu’aux confins de la Méditerranée rien que pour en trouver un digne de ce nom. On l’appelait Denisot — peut-être ainsi, ou d’après son prénom ou son nom, personne ne savait vraiment. Rien ne le dérangeait, il laissait chacun l’appeler comme il voulait. Après le jardin, il s’installait sur le banc devant la maison, repensant aux belles années, et les jeunes du village se rassemblaient parfois pour écouter ses récits d’autrefois. Cela faisait longtemps que Denisot avait perdu sa femme, Claudine, malade du cœur. Les médecins lui avaient interdit d’avoir des enfants, mais son désir de maternité était plus fort. Elle donna un fils à Denisot puis devint très faible. Denisot adorait Claudine, il faisait tout pour elle à la maison, allant jusqu’à interdire qu’elle porte une brique de lait du marché. « Je t’en prie, laisse, c’est interdit ! », disait-il, sur ordonnance. Il s’occupait du bébé, faisait à manger. Claudine, peinée, soupirait : « Tu m’humilies ! Voilà, les femmes vont rire, je ne fais rien, c’est toi qui t’occupes de tout ! » Mais au contraire, elles enviaient Claudine : « Ma pauvre Claudine, si seulement je pouvais t’emprunter ton Denisot, ne serait-ce qu’un jour pour vivre une vie comme la tienne ! » Claudine souriait et c’est avec ce sourire qu’elle quitta cette vie. Denisot la trouva froide un matin. Il pleura comme un enfant durant trois jours, puis il se consacra entièrement à leur fils. L’enfant venait d’avoir 14 ans et la période difficile commençait. Après l’armée, le fils se maria tôt, s’installa loin là où il avait servi. Denisot se retrouva seul, mais il gardait toujours la pêche, aimant discuter avec les jeunes sur la place. Un jour, il apprit qu’il était grand-père. Il attendait que la famille lui rende visite, mais ils ne venaient jamais — le travail, le manque de temps, toujours quelque chose… Il voyait sa petite-fille seulement sur les photos. Soudain, les gens du village remarquèrent que Denisot n’était plus que l’ombre de lui-même. Il ne plaisantait plus, ne s’asseyait plus sur le banc, le sourire disparu. Ils finirent par comprendre : Denisot avait reçu un télégramme de sa belle-fille. Un accident de voiture : sa petite-fille gravement blessée à l’hôpital, son fils mort sur le coup. « Quel malheur ! Quelle douleur ! » compatissait tout le village, mais quels mots pourraient soulager une telle peine ? Denisot recevait les condoléances sans que son chagrin ne faiblisse. Il avait mal pour son fils, mais sa tristesse était pire encore pour la petite-fille. Jeune fille de 15 ans, elle gisait dans le coma. Il n’avait jamais vu sa petite-fille, mais il l’aimait tout autant : elle ressemblait tant à Claudine sur les photos. Denisot décida d’aller dans la ville où vivait son fils, mais, la veille du départ, une voiture se gara devant sa maison. On apporta une civière. Sa belle-fille entra dans sa maison, presque sans frapper, et la petite-fille fut déposée sur le canapé comme un ballot, avant que la mère ne claque la porte. « Elle est paralysée de la tête aux pieds. Je ne veux pas d’une fille comme ça. Je suis encore jeune, je trouverai bien un nouveau mari et j’aurai un enfant en bonne santé ! » fit la belle-fille sèchement. « Mais je ne suis pas médecin ! » s’exclama Denisot. « Un médecin n’y peut rien. Elle a besoin d’une aide à domicile, d’une gardienne. Si vous ne voulez pas vous en occuper — enterrez-la vivante, mais moi, je ne gâcherai pas ma vie. Je ne suis pas une nourrice ! » répliqua-t-elle avant de partir. « On dirait bien que tu n’es pas sa mère ! » cria Denisot derrière elle. Il comprit alors pourquoi son fils ne venait jamais avec sa famille : avec une femme comme ça, on ne va qu’au marché pour se disputer, pas pour rendre visite. Comment son fils avait-il pu se laisser piéger par une telle personne ? Mais on ne peut plus demander… Si Denisot avait su que sa belle-fille abandonnerait sa fille, il se serait retourné dans sa tombe… Denisot et sa petite-fille restèrent seuls. La jeune fille était bel et bien paralysée, mais Denisot en avait vu d’autres et savait s’occuper de tout. Il retrouva enfin un sens à sa vie — sa priorité serait de soigner sa petite-fille. Les médecins l’avaient condamnée et renvoyée de l’hôpital, incapables de comprendre comment elle avait survécu à un tel accident. Il ne restait que les remèdes de grand-mère et les guérisseuses. Dans le village, il n’y avait pas de rebouteuse, et la plus proche vivait très loin. Impossible d’y emmener la jeune fille. Il se retrouva désemparé… Denisot se déplaçait chaque semaine chez la guérisseuse. Elle lui donnait des herbes et des décoctions pour la petite. Il suivit ce traitement. Plus d’un an passa, la jeune fille restait immobile, incapable de bouger ni bras ni jambes, inerte sous sa couverture, incapable même de parler, émettant seulement quelques sons indistincts. Parfois, le vieux remarquait une larme couler sur la joue de la petite. Dans ces moments, son cœur explosait de douleur. Il pensait qu’elle pleurait pour ses parents. Il lui parlait de longues heures, lisait des livres, mais elle ne pouvait lui répondre. Leur solitude était immense. Jusqu’au jour où, un soir, un événement inattendu se produisit. Alors qu’il était, comme d’habitude, au chevet de la malade, une bande de jeunes ivres s’introduisit chez lui — Denisot avait oublié de fermer la porte. Ils venaient du bal, avaient vu la lumière et, connaissant la paralysie de la jeune fille, avaient voulu « s’amuser », croyant qu’elle serait ravie et incapable de se défendre… Ils entrèrent. « Allez le vieux, découvre ta petite-fille, écarte-lui les jambes ! On tire au sort pour savoir qui passe en premier… » lança le plus saoûl. « Pitié ! Elle n’a que 15 ans ! » supplia Denisot. « Attendez, laissez-moi juste me brosser les dents… » fit Denisot, qui se précipita à la cuisine, ouvrit la trappe de la cave et cria : « Prends-les ! » De là jaillit le grand alabai, Moukhtar. Il bondit sur les voyous, leur attrapant tour à tour le pantalon, faillit castrer le chef de la bande ! Les autres prirent la fuite, la culotte en lambeaux, poursuivis par le chien jusque dans tout le village sous les rires, tandis que Moukhtar sautait par la fenêtre pour continuer la chasse. Denisot courut voir sa petite-fille : elle était assise sur le lit et criait à la fenêtre : « Moukhtar ! Moukhtar ! Dédou, attrape-le avant qu’il ne s’enfuie ! » Et là, le grand-père fondit en larmes. À partir de ce jour, la jeune fille commença à aller mieux — bientôt elle se remit à marcher. Était-ce les potions de la guérisseuse ou le choc de la nuit ? En tout cas, elle se remit à parler sans arrêt, se rattrapant de tous ces mois silencieux. Mais d’où venait Moukhtar, me demanderez-vous ? C’est simple : l’alabai vivait chez le fils de Denisot, et, après la tragédie, l’indigne belle-fille s’était débarrassée de la fille… et du chien. Elle avait amené le chien avec la petite, sans rien dire à Denisot. Quand elle quitta la maison, Denisot alla fermer le portail, et vit le chien assis là, maigre, épuisé, les yeux humides de vraies larmes. Denisot ignorait même que son fils avait un chien. Il ne put jamais le jeter dehors — il le garda précieusement. Le chien fut pour Denisot un compagnon fidèle : ce soir-là, il était resté enfermé à la cave à cause de la canicule. Pour lui éviter de souffrir, Denisot l’y mettait le jour, le laissait sortir à la nuit tombée. Ce soir-là, il n’avait pas encore eu le temps. S’il avait été dehors, les voyous ne seraient jamais entrés. Sa petite-fille lui expliqua plus tard qu’elle pleurait surtout par manque de son chien, mais elle ne pouvait rien lui dire. Denisot avait l’habitude de le garder dans la cour plutôt qu’à l’intérieur. La petite s’ennuyait, incapable de se faire entendre. Le soir où Moukhtar revint, il lécha son visage avec bonheur : lui aussi s’était énormément ennuyé de sa jeune maîtresse. Ainsi, ils se retrouvèrent tous les trois : Denisot, la petite-fille, et Moukhtar. Et jamais plus ils n’entendirent parler de la mère.
Ma sœur passe avant toi, tu n’es qu’une étrangère” – déclara mon mari en choisissant avec qui vivre