Voilà huit ans que je suis femme au foyer. Ce nest pas vraiment parce que jen ai rêvé, mais plutôt à cause des aléas de la vie. Jai deux enfants, un mari qui travaille du matin au soir, et une maison qui semble avoir un don pour se salir toute seule. Je me lève chaque matin à 5h30 avant que quiconque ait émergé de son lit, je suis déjà en train de préparer le petit-déjeuner.
À 7h, les assiettes sont lavées, le salon est balayé, les lits sont faits, et le déjeuner est déjà à moitié prêt. Quand mon mari quitte la maison, il me lance : « Prends ton temps à la maison ! » Comme si « prendre son temps » signifiait savourer un café en terrasse Dès que la porte se referme derrière lui, mon deuxième emploi commence : lessive, serpillage, nettoyage de la salle de bain, ramassage des jouets, passage au marché, et bien sûr, aller récupérer les enfants à lécole.
Quand ils rentrent, la pause nexiste plus : devoirs, goûter, disputes, cris, vêtements sales qui font leur retour. Entre-temps, mon mari revient avec lair épuisé de celui qui a sauvé la France, sinstalle et commence à scroller sur son smartphone. Si jamais je lui demande un coup de main, il me répond : « Moi, je bosse toute la journée ! » Un jour, jai osé dire : « Moi aussi, tu sais », et il sest vexé comme si javais insulté lhonneur national. Il ma rétorqué que je dramatisais et que je navais aucune idée de ce que cest, la vraie fatigue.
Un jour, je lui ai dit que jaimerais retrouver un travail, gagner mes propres euros, sortir de la maison, sentir que je sers à autre chose quà récurer le plan de travail. Il ma aussitôt répondu : « Mais qui va soccuper des enfants ? Pourquoi je tai épousée alors ? Tu es égoïste ! » Et belle-maman na pas manqué dajouter, en toute délicatesse, que la bonne épouse française se doit de rester à la maison.
Petit à petit, je me suis sentie transparente. Personne ne me demande jamais comment je vais. Personne ne me remercie, sauf quand le gratin est trop salé : là, tout le monde râle. Si le salon nest pas impeccable : ma faute ! Si les enfants ont des notes pitoyables : encore moi ! Tout se retourne contre moi.
Il y a eu un soir où jai craqué. Je faisais la vaisselle à 22h, le dos en compote, quand jai entendu mon cher mari annoncer au téléphone : « Ma femme ne travaille pas, elle reste à la maison. » Jai lâché lassiette dans lévier, et jai fondu en larmes, silencieusement.
Aujourdhui, je suis épuisée. Épuisée par un boulot sans salaire, sans horaires fixes, sans reconnaissance, lassée de sentir que ma vie se résume à quatre murs. Fatiguée dêtre « juste femme au foyer ».
Je ne sais plus quoi faire. Endurer encore ? Insister ? Chercher un emploi, même si mon couple doit en pâtir ?
Alors, à votre avis, être femme au foyer en France, cest vraiment un privilège ou cest juste un fardeau que tout le monde préfère ignorer ?






