Mon mari a découvert ses affaires déposées devant la porte

Mon mari a retrouvé ses affaires posées devant la porte.
Alors, tu restes ? sest reculée Françoise Delacourt. Et as-tu pensé à ta mère ? Quen est-il de ma vie personnelle ?
Maman, a grimacé Aurélie. Tu as cinquante ans ! Quelle vie personnelle ?
La plus réelle ! a répondu Françoise, agacée. Je ne dis pas avoir un admirateur, mais je veux vivre comme je lentends ! Et jy ai droit !
Personne ne tôte tes droits ! a tranché Aurélie.
Évidemment ! sest exclamée Françoise. Soit je vis à ma façon, soit je dois encore élever ton fils !
Quelle vie vais-je avoir avec lui ? Cest un enfant ! Il demande de lattention, des soins, de la tendresse ! Et moi, mine de rien, jaimerais profiter un peu de la vie, tant que jen ai lénergie !
Profite, alors ! Qui ten empêche ? Aurélie a haussé les épaules.
Tu plaisantes ? sest étonnée Françoise. Comment profiter, avec ton fils accroché à mon cou ?
Et ton petit-fils ! a insisté Aurélie.
De mon petit-fils, je ne me désavoue pas, a tempéré Françoise. Amène-le une fois par mois, je le nourrirai de tarte !
Mais ce que tu me proposes, franchement, cest un fardeau !
Jai eu assez de tavoir élevée ! Il faudrait maintenant moccuper de ton fils ?
Maman, que proposes-tu ? Aurélie sest campée. Le placer à lassistance publique ? Avec une grand-mère bien vivante ?
Justement, je suis vivante ! Françoise a levé le doigt. Vivante ! Qui veut vivre ! Sa propre vie, pas celle que tu tentes de mimposer !
Aurélie a claqué sa langue, soufflé un grand coup, puis presque calmement :
Maman, tu as perdu ton emploi au cabinet
On ma licenciée ! a corrigé Françoise, hautaine.
Bon, licenciée, a admis Aurélie. Et tu travailles maintenant comme gardienne à lécole. Et tu fais en plus du ménage dans le même établissement.
Et alors ? sest indignée Françoise. Tout travail mérite respect !
Une architecte dexpérience qui nettoie les sols et contrôle les entrées, Aurélie a secoué la tête. Et tout ça pour à peine mille euros !
Jai des économies, sest renfrognée Françoise.
Qui vont sépuiser bientôt, a souri Aurélie. Je te propose darrêter le travail et de toccuper de Timothée !
Et je toffrirai une allocation, pour lui et pour toi !
Tu veux embaucher ta propre mère comme baby-sitter ? sest moquée Françoise.
Même ainsi, cest mieux que de laver des sols, non ? Aurélie lui a lancé un regard défiant. Et puis, cest ton petit-fils !
Loffre était tentante. Françoise, au fond, avait déjà accepté, mais il fallait marchander, pour faire comprendre à sa fille où était sa place.
Pourquoi tu ne veux pas ten charger ? Tu gagnes bien ta vie ! Françoise a penché la tête et esquissé un sourire malin. Tu pourrais le mettre dans un internat huppé !
Aurélie a pincé les lèvres. Elle avait posé cette question elle-même. À son mari. Mais
Pierre a dit quil ne voulait aucune relation avec mon fils. Il ne veut que moi !
Sans cétait dur à dire, mais Aurélie sest forcée, sans encombre ! La seule chose quil accepte, cest payer ses besoins.
Tu nas pas trouvé un homme normal ? a soufflé Françoise.
Si cest comme mon ex, vaut mieux sabstenir, a répondu Aurélie, dégoûtée. Pierre est sain ! Il est intéressé par moi ! Moi aussi, par lui ! Ce mariage sera utile à tous !
Oui, a acquiescé Françoise, sauf quune mère délaisse son enfant parce quil gêne son nouveau mari !
Un moment de silence, des respirations lourdes, la honte de ne pas savoir quoi dire.
Aurélie, jai du mal à comprendre comment cest possible, Françoise sest frotté les tempes. Quelle drôle de famille.
Cest la réalité, a haussé les épaules Aurélie. Rarement un homme veut soccuper dun enfant qui nest pas le sien. Mais bon, nos rapports sont particuliers
Reconnaître ses erreurs est dur. Encore plus quand, longtemps, on sest menti, croyant que ce nen était pas une.
Pour Aurélie, cétait son histoire avec le premier mari. Jusquà la fin, elle espérait quil changerait, deviendrait adulte. Quil saurait enfin ce que signifie être homme, mari, père.
Mais Lucas, aussi brillant et séduisant soit-il, restait un gamin. Aucune envie de grandir !
Il voulait sortir, aller en boîte, faire la fête, samuser. Son salaire couvrait à peine ses plaisirs.
Et, peu importe combien Aurélie lui rappelait quelle était en congé maternité, et que cétait à Lucas de subvenir aux besoins de la famille, il rejetait tout en disant :
Ce ne sont plus les mêmes temps ! Nous sommes dans légalité ! Tu as eu lenfant, cest à toi de ten charger !
Tu nes donc quun donneur ? sénervait Aurélie.
Je suis père ! Mais je ne vais pas gâcher ma vie parce que tu mas donné un fils ! riait Lucas. Quand il grandira, je lemmènerai avec moi ! Mais maintenant, je ne vois pas lintérêt !
Aurélie aurait dû demander une pension. Sans même divorcer. Mais elle attendait, voulait croire quil changerait.
Quand le moment de reprendre le travail est venu, Aurélie a admis quelle sétait trompée. Reconnaître lerreur fut la première étape.
Un soir, alors que Lucas avait erré toute la nuit dehors, il retrouva ses affaires sur le palier. Avec une note :
« Je demande le divorce moi-même ! Les serrures sont changées ! Adieu ! »
Il y eut un divorce, la pension fut fixée, mais Aurélie ne reçut jamais rien. Lucas disparut, devenu invisible.
Cela aggrava encore le sentiment déchec.
Je naurais jamais imaginé quil soit aussi pourri ! confiait-elle à ses amis et à sa mère.
Mais cela naidait en rien. Aurélie navait pas le flair pour choisir ses proches. Personne ne proposa son aide.
Même maman. Elle se contenta de dire :
Je tavais avertie ! Tu as suivi ton cœur ! Et cette histoire damour, quen fais-tu ?
En réalité, maman nétait pas si méchante. Mais elle venait tout juste dêtre licenciée. Toute sa vie, elle avait travaillé dans un cabinet darchitecture, puis un nouveau patron est arrivé, optant pour la relève jeune et dynamique.
En somme, il a viré tous ceux de plus de quarante-cinq ans. Pariant sur la jeunesse et linnovation.
Françoise en a beaucoup souffert. Elle na trouvé quun poste de surveillante à lécole.
Aurélie na jamais trop compté sur quelquun. Mais là, les dernières illusions senvolaient. Sa vie et celle du petit Timothée dépendaient delle seule.
On dit que les problèmes forgent le caractère. Aurélie nen manquait pas. Elle a quitté le cocon familial dès la fin du lycée, faisant un choix de mari discutable.
Mais cest du passé, il fallait construire lavenir.
Avec une profession mieux rémunérée, ça aurait été plus simple.
Mais elle avait étudié pour devenir infirmière, puis travaillé comme coach de sport-masseur dans un centre de fitness. Elle est partie en congé maternité, y est revenue.
Heureusement, elle faisait des massages en extra pendant le congé
Après laccouchement, il lui fallut retrouver sa forme. On la reprise, mais en tant que masseuse, pas coach.
Aurélie, tu comprends que vendre des cours ne sera pas possible ! Les exigences pour la masseuse sont moindres !
Je comprends, répondait-elle.
Mais tu pourras tentraîner seule, cest la seule concession du patron.
Trouver une crèche ouverte 24h fut indispensable pour Timothée. Aurélie essayait de le ramener chez elle le plus souvent possible, mais parfois ses clients venaient tard.
Pendant un an, Aurélie travailla comme simple masseuse, mais souleva la question de redevenir coach.
Le salaire de coach-masseur est bien plus élevé. Largent manquait cruellement.
Le loyer grignotait tout, le petit en demandait aussi ! Et il fallait se présenter, soigner son apparence.
Le patron traînait pour décider, et Aurélie voulait enfin vivre, cesser de survivre !
Quels principes était-elle prête à abandonner ? Ils tombaient vite, un après lautre. Sans devenir amorale, elle ne savait pas ce que lavenir dévoilerait.
Déjà, elle mentait aux clients pour vendre des cours supplémentaires. Elle envisageait de proposer du travail privé hors club.
Cétait interdit par la direction, mais toucher 100% de la prestation au lieu de 30% était plus avantageux.
« Vais-je passer entre les mailles ou non ? » songeait Aurélie. Si on la prenait la main dans le sac elle pensait même à ouvrir son propre salon de massage. Mais là aussi, tant dobstacles
Absorbée dans ses réflexions, elle ne remarqua pas lhomme qui sapprocha delle dans le café du club.
Excusez-moi, répéta lhomme. Puis-je vous interrompre dans vos pensées ?
Je vous écoute, Aurélie releva la tête.
Cétait peut-être un client. Elle ne retenait pas les visages, mais sur la zone du club, elle se devait dêtre polie.
Grâce à vous, jai signé une excellente affaire, dit lhomme. Jai une proposition à vous faire !
Pierre, cest ainsi quil se présenta, proposa à Aurélie de devenir sa compagne, pour distraire ses partenaires lors de négociations.
Pour quils ne lisent pas trop les clauses ! plaisanta-t-il. Et vous êtes si belle quon ne peut que se laisser émouvoir !
Pour rendre sa présence à ses côtés naturelle, il proposait un mariage. « Ma femme maccompagne ! Difficile de lécarter ! »
Aurélie sest interrogée sur la nature de ce mariage.
Pierre a ri :
Si une telle femme était près de moi par amour plutôt que contrat, je serais comblé ! Je ne parle pas damour maintenant, mais jai déjà un vrai attachement !
Votre façon de dialoguer prouve votre intelligence ! Vous pourriez ne pas être une potiche, mais ma partenaire !
Pierre ne laissa que deux jours pour réfléchir. Aurélie devait décider si elle franchirait cette limite.
Finalement, ce nétait pas si grave si Pierre prenait en charge financièrement elle et son fils.
Mais elle ne lui parla pas de Timothée. Seulement trois jours avant la cérémonie. Trois jours dagitation folle.
La première nuit du mariage passée, Aurélie révéla à Pierre quelle avait un fils.
Sa réaction la stupéfia.
Non ! il fit non de la tête. Je ne veux pas denfants ! Surtout pas ceux des autres !
Quest-ce que je fais alors de lui ? demanda Aurélie.
Ce nest pas mon problème ! répondit sèchement Pierre. Tu es ma femme maintenant ! Tous mes amis savent cet heureux événement.
Mais personne ne doit entendre parler de ton fardeau ! Cet enfant na pas sa place dans notre maison ! Je ne veux même pas le connaître !
Je veux quon ne voie jamais de traces de lui ni de toi à ses côtés !
Je propose juste de te verser mille euros par mois pour quon soccupe de lui !
Garde ou quelquun de confiance !
Aurélie était stupéfaite devant Pierre.
« Vais-je franchir cette étape aussi ? » se demanda-t-elle.
Elle avait déjà franchi beaucoup.
Tu as une semaine pour régler cela ! Sinon il fit non de la tête, ce sera très grave !
Jai compris, répondit Aurélie.
Elle commença à préparer ses affaires pour retourner chez sa mère. Timothée était là-bas durant les préparatifs du mariage, si on pouvait appeler cela ainsi.
***
Tu tes vendue, et tu veux macheter aussi ? sécria Françoise.
Maman, réfléchis ! hurla Aurélie. Pierre va nous entretenir, toi, moi, et Timothée ! On ne devra plus travailler !
Moi, je sers de visage, toi tu gardes ton petit-fils ! Aurélie fit de grands gestes. Bon, tu lélèves, tu léduques !
Dis-moi où on te paierait mieux ! Il reste ton petit-fils !
Cest répugnant tout ça, grogna Françoise.
Cest la vie ! Au moins, on sera à labri tous les trois ! Ce genre de deal commercial narrive quune fois sur un million ! Ce serait fou de le manquer !
Oui, commercial Françoise soupira lourdement. Bon, retourne auprès de ton époux ! Remplis ton contrat du projet !
On se débrouillera !
Certains diront que cette histoire est sordide. Peut-être. Mais ce nest pas encore la fin…
Ce jour-là, jai compris que la vie ne nous épargne jamais. Mais cest à nous de choisir comment on avance, et à quel prix on vend ses principes. Malgré tout, je sais aujourdhui : mieux vaut ne jamais oublier qui lon est, ni ce qui nous lie profondément à ceux quon aime.

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