« Si ça ne vous plaît pas, on l’offrira à quelqu’un d’autre » : des proches fortunés quittent le mariage et reprennent leur cadeau

Nous avons tous de la famille. Quand elle est nombreuse, il y a souvent, parmi ces proches, des personnes assez aisées qui ne sont généralement pas très appréciées par les autres membres, la jalousie vis-à-vis de leur fortune nétant jamais bien loin. Malgré cela, on tient toujours à inviter ces fameuses « tantes riches » lors des grandes occasions, espérant secrètement recevoir un cadeau de valeur. Dans ma propre famille, nous avons aussi ce genre de parenté. Je me souviens dun événement survenu lors du mariage du petit-neveu de ma cousine éloignée, il y a cinq ans. Javais été conviée à cette cérémonie organisée à Lyon. Des proches fortunés, du côté de la mariée et de sa famille, faisaient partie de la liste des invités. Des parents tout à fait lointains

Beaucoup pensent en effet : « Invitons la branche riche, peut-être quils offriront un superbe présent, sûrement quelque chose de coûteux. » Et quoi de plus propice quun mariage ! Ce jour-là, la fête battait son plein. Lappartement familial était envahi de convives. Les mariés affichaient un bonheur rayonnant. Les cousins aisés, un couple, arrivèrent en retard, juste alors que lon commençait la distribution des cadeaux.

La femme assise à côté de moi me glissa calmement :
On va voir ce quil va se passer. Je parie que la mère du marié ne sera jamais satisfaite du cadeau, et les jeunes encore moins.

Je fus surprise par ses mots :
Vraiment ? Le cadeau a-t-il tant dimportance ?

Bientôt, ce fut le tour du couple fortuné. Ils remirent une enveloppe au maître de cérémonie. Tous les regards convergèrent ; chacun imaginait ce que contenait lenveloppe. Les clés dun appartement, dune voiture, un voyage à létranger ou bien une belle somme en euros ? Le maître de cérémonie annonça le montant, créant un silence général. La mère du marié compta les billets et jeta un regard interrogateur aux cousins aisés.

Cest tout ? Vous avez été invités à ce mariage, vous roulez en voiture de luxe avec chauffeur et vous offrez un cadeau aussi modeste, comme si vous étiez dans le besoin !

Les cousins, sans sémouvoir, reprirent lenveloppe et déclarèrent :
Si notre cadeau ne vous convient pas, donnez-le à quelquun dautre. Puis ils quittèrent simplement la réception.

Vous auriez dû voir la scène ! Toute la famille éclata de rire, moi y compris.

Plus tard, jai appris que ces cousins riches étaient invités aux mariages et anniversaires principalement dans lespoir den tirer un présent exceptionnel. Et finalement, quavaient-ils offert aux jeunes mariés, puis repris ? Lenveloppe contenait de quoi partir une semaine en vacances dans un bel hôtel de Provence. Pour ma part, je trouverais ce cadeau parfait, surtout de la part de parents aussi éloignés. Pourtant, la mère du marié a trouvé ce don décevant, tout simplement « indigne » dune famille aisée.

C’est ainsi que jai compris : espérer uniquement un riche cadeau dun proche, cest oublier que la générosité ne se mesure pas à lépaisseur dune enveloppe, mais au geste lui-même. En fin de compte, cest la présence et la chaleur des retrouvailles qui comptent bien plus que létiquette du prix.

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« Si ça ne vous plaît pas, on l’offrira à quelqu’un d’autre » : des proches fortunés quittent le mariage et reprennent leur cadeau
Il la détestait, sa femme. Quinze ans de vie commune… Quinze longues années à la voir chaque matin, mais voilà qu’en cette dernière année, ses habitudes l’insupportent : surtout cette manie d’étirer les bras dans le lit et de dire d’une voix ensommeillée, « Bonjour, mon soleil ! Aujourd’hui sera une journée merveilleuse ». Un geste anodin, mais ses bras maigres, son visage fatigué, tout cela le révulsait. Elle se levait, longeait la fenêtre, s’arrêtait un instant pour regarder au loin, ôtait sa nuisette avant de filer à la salle de bain. Autrefois, au début du mariage, il admirait son corps, cette liberté presque provocante. Même si, aujourd’hui encore, elle était belle, sa nudité l’énervait. Un jour, il a failli la bousculer pour accélérer son « réveil », mais s’est retenu, se contentant de grogner : — Dépêche-toi, j’en ai marre ! Elle vivait à son rythme, consciente de sa liaison avec une autre, connaissant même l’amante, avec laquelle il sortait depuis presque trois ans. Les blessures d’orgueil s’étaient refermées, ne laissant qu’un douloureux parfum d’inutilité. Elle pardonnait les accès de colère, l’indifférence, la fuite vers la jeunesse… mais tenait à savourer chaque instant de la vie, sans se presser. C’est ainsi qu’elle avait choisi de vivre, depuis le diagnostic de sa maladie ; mois après mois, la souffrance grignotait sa vie. Son premier réflexe fut de tout raconter, chercher du réconfort en partageant la terrible nouvelle. Mais elle a traversé les pires nuits seule, et puis décidé de tout garder pour elle. Jour après jour naissait en elle la sagesse silencieuse de celle qui contemple la vie qui s’échappe. Elle retrouvait une forme de paix dans la petite bibliothèque municipale du village, à près d’une heure et demie de marche ; elle s’installait entre les rayons étiquetés « Mystères de la vie et de la mort » par le vieux bibliothécaire, et ouvrait un livre où, espérait-elle, tout était écrit. Lui, de son côté, retrouvait son amante dans leur petit nid chaleureux, familier. Trois ans à vivre une passion folle, maladive, jalouse… Il était décidé : il fallait divorcer, arrêter de faire souffrir tout le monde. Il n’aimait plus sa femme — pire, il la haïssait. Il fouilla vite son portefeuille, déchira la photo d’elle en mille morceaux, geste symbolique d’une nouvelle vie qui commencerait enfin. Ils s’étaient donné rendez-vous au restaurant où ils avaient célébré leurs quinze ans de mariage il y a six mois. Elle arriva la première. Lui, avant de la rejoindre, passa à la maison chercher des papiers pour la demande de divorce. Nerveux, il fouilla chaque tiroir, les vidant sur le sol, jusqu’à tomber sur une chemise bleu nuit, scellée… Jamais vue. En l’ouvrant, il imagina le pire : des compromettantes photos ? Non. Des analyses, des ordonnances, toutes au nom de sa femme. Saisi d’un frisson, il lut le diagnostic sur Internet : « 6 à 18 mois ». Depuis les examens, six mois s’étaient déjà écoulés… La suite, il s’en souvenait mal, sauf de cette phrase qui lui martelait l’esprit : « 6 à 18 mois… » Elle l’attendit quarante minutes. Son téléphone sonnait dans le vide. Elle paya l’addition, sortit ; dehors, l’automne offrait un soleil doux qui réchauffait l’âme. « La vie est belle, comme la terre est bonne, quand on a le soleil, la forêt… » Pour la première fois depuis qu’elle savait pour sa maladie, elle s’autorisa à la pitié — pour elle-même. Elle avait ravalé sa souffrance pour épargner son mari, ses parents, ses amis. Elle voulait leur rendre la vie plus facile, quitte à sacrifier la sienne. Bientôt, il ne resterait d’elle que des souvenirs. Dans la rue, elle voyait les yeux des gens briller d’espérance : l’hiver viendra, mais après lui renaîtra le printemps ! Elle savait qu’elle ne le connaîtrait plus. À l’intérieur, la rancœur montait, poussant des larmes inépuisables… Lui, dans leur logis, tournait en rond. Pour la première fois, il saisissait, physiquement, la fragilité de la vie. Il revoyait leurs débuts, leur jeunesse, l’amour qui les avait unis. Quinze ans semblaient alors ne jamais avoir existé… Tout lui paraissait encore possible : le bonheur, la jeunesse, la vie. Dans ces derniers jours, il se dévoua à elle, la couva jour et nuit, connut une forme de bonheur inconnu. Terrifié à l’idée de la perdre, prêt à donner sa vie pour elle, il aurait renié, s’il l’avait pu, cet homme, un mois plus tôt, songeant au divorce. Il la voyait lutter chaque nuit contre la mort, pleurant discrètement alors qu’il faisait semblant de dormir ; il comprit qu’il n’y a pas de châtiment plus cruel que de connaître la date de sa propre fin. Deux mois plus tard, elle est partie. Il recouvrit de fleurs la route du domicile au cimetière. Il pleura, véritable enfant, devant le cercueil, vieillissant soudain de mille ans. Une fois rentré, il découvrit sous son oreiller une note, un voeu écrit pour le Nouvel An : « Être heureuse avec LUI jusqu’à la fin de mes jours. » On raconte que les voeux du Nouvel An se réalisent toujours. Il faut croire que c’est vrai ; car cette même année, il avait écrit sur le sien : « Être enfin libre. » Chacun a reçu ce qu’au fond de lui, il croyait désirer…