Camille était follement amoureuse dAntoine, quelle trouvait absolument parfait. Elle rêvait de se marier avec lui, mais le papa de Camille fronçait fort les sourcils à lidée. Sa mère, en revanche, avait gentiment fondu devant le colossal bouquet de pivoines quAntoine avait offert lors de leur première rencontre ; comme quoi, les fleurs font des miracles Le père de Camille, lui, flairait lembrouille : il avait remarqué qu’Antoine, tout gentleman quil prétendait être, avait invité Camille au restaurant mais, au moment de laddition, navait pas assez sur sa carte bleue. Résultat, cest la romance qui cassait sa tirelire. À cela sajoute le fait quAntoine était au chômage il répétait à qui voulait bien lentendre quil cherchait activement, mais visiblement, il cherchait surtout à ne pas trouver.
Malgré tout, Antoine a fait sa demande (probablement sans genouillère, il ne fallait pas abîmer le pantalon), et Camille, toute émue, a dit oui. Avec laide de sa mère, elle a fini par convaincre son père qui, bon prince, a fini par donner sa bénédiction. Mais il a prévenu : Ma fille, tu dors dans le même lit que ta future source demmerdes. Je ne financerai pas ton sketch conjugal.
Ça na pas refroidi Camille qui a foncé vers la mairie comme on fonce vers une baguette chaude. Le père, finalement attendri, leur a offert la moitié de sa vieille Renault Clio (chacun son côté, cest équitable !) et a accepté de payer le loyer pendant un certain temps. Évidemment, les copines de Camille étaient jalouses de cette générosité familiale, peste soit du soutien paternel ! Au début de la lune de miel, tout le monde affichait un sourire Colgate mais, comme dans tout mauvais roman, les galères nont pas tardé à débarquer.
Antoine, malgré son immense talent pour la belote et le ricard, na pas réussi à se trouver un boulot. Camille, comme lavait prédit le paternel, sest retrouvée à faire bouillir la marmite toute seule. Un beau matin, la belle-mère de Camille (une femme pleine de ressources et de discussions à rallonge) a soufflé lidée géniale que le père de Camille embauche Antoine. Camille, tout sourire, sest ruée chez son père avec la proposition. Résultat : Antoine a été embauché comme aide chez le métallier du coin. Mais ce fut court, et pas intense : dix jours plus tard, notre Antoine avait déjà posé sa démission, prétendant que le père de Camille le persécutait avec des boulots dégradants. Monsieur se voyait déjà patron, sans passer par la case galère.
Camille est retournée demander conseil à son père, qui a levé les yeux au ciel devant tant daveuglement. Surprise : il sest avéré quAntoine navait même pas terminé luniversité, les profs étant, selon lui, trop injustes. Mais, va savoir pourquoi, il était convaincu quun poste de directeur lui était réservé. Le père de Camille, excédé, lui a rappelé qu’en France, on ne file pas les postes à responsabilité à quelquun qui ne sait même pas remplir une feuille dimpôts. Il a refusé de jouer le banquier pour Antoine et la dit tout net à Camille, qui, fidèle à lamour plus fort que la raison, na rien voulu entendre.
Et puis, un jour sans croissants, Antoine a révélé le pot-aux-roses : non seulement il naimait pas tant que ça Camille, mais leur mariage nétait quune parenthèse dans son existence dartiste incompris. Il a laissé entendre qu’il caressait lidée dun divorce et quil faudrait prévoir le partage des biens. Pas de bol : le papa de Camille, jamais en retard pour anticiper les soucis, avait depuis longtemps mis lappartement à son propre nom il connaissait, lui, les fins de films français.







