Pendant sept ans, j’ai travaillé dans une entreprise où, de l’extérieur, tout semblait parfait : pos…

Tu sais, jai bossé pendant sept ans dans une boîte à Paris, et vu de l’extérieur, franchement, j’avais tout. Un poste solide, un bon salaire en euros, tous les avantages que tu peux imaginer et des horaires dont beaucoup rêvaient. À chaque fois quon me demandait comment ça allait, je sortais toujours la même rengaine: «Ça va, beaucoup de boulot.» Personne ne trouvait ça bizarre, et moi-même, je nen parlais pas vraiment.

Jarrivais au bureau vers huit heures du matin et, très souvent, je repartais après dix-neuf heures. Ce nest pas que quelquun me le demandait franchement, mais il y avait toujours un truc «urgent» à régler. Des mails à traiter en fin de journée, des réunions qui surgissaient comme par magie, parfois même des appels le week-end. Petit à petit, jai arrêté de prendre des pauses déjeuner tranquilles, jai dit non aux sorties avec les amis, et je ne trouvais plus un moment pour moi. Ma vie tournait uniquement autour du travail.

Mon chef, Monsieur Dupont, comptait énormément sur moi, mais cette « confiance », elle a fini par se transformer en chaîne. Dès qu’il y avait un pépin, cétait pour moi. Si quelquun était en congé, je prenais le relais. Quand il y avait une erreur quelque part, jen assumais la responsabilité. Jamais un refus, jamais un «non» de ma part. Alors les missions sajoutaient, et ni le salaire ni le poste n’ont évolué.

Mon corps, lui, commençait à rendre lâme. Céphalées tout le temps, nuits blanches, cœur qui semballe pour un rien. Je suis arrivée au point où rien que lidée daller au travail me filait des angoisses. Je fondais en larmes dans les toilettes, incapable de dire pourquoi. Et pourtant, je continuais. Je me disais que démissionner serait une folie, un manque de reconnaissance, ou pire, un échec.

Un jour, en pleine réunion rue de Rivoli, Monsieur Dupont a présenté un projet sur lequel javais bossé des mois. Il en a parlé comme si cétait sa propre trouvaille. Mon nom? Jamais cité.

Cette semaine-là, jai claqué ma démission. Sans négocier, sans demander daugmentation. Je suis partie. Point barre.

Les réactions ont fusé: «Mais tu abuses !», «Tu trouveras jamais mieux ailleurs», «Avec ce taf, tétais tranquille». Même ma famille, à Rennes, ne comprenait pas. Mes copines: elles pensaient que javais perdu la tête. Personne na vu lépuisement, ils ne voyaient que le statut.

Aujourdhui, jai pas un boulot aussi bien payé quavant. Mais je dors. Je respire. Je vis. Et pour la première fois, jai pas limpression de me perdre juste pour plaire aux autres.

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