Mon frère refuse de placer notre mère en maison de retraite, et il ne veut pas non plus l’accueillir chez lui – il n’y a pas de place !

Depuis trois mois, mon frère ne cesse de me relancer au sujet de notre mère. Depuis son AVC, elle nest plus vraiment elle-même : elle est souvent perdue, désorientée, et il lui faut constamment une présence auprès delle. En réalité, elle nécessite une attention semblable à celle quon porterait à un enfant. Jai pourtant ma propre vie : un emploi, une maison, une famille. Comment réussir à tout concilier ? Quand jai suggéré de placer maman en maison de retraite, mon frère sest emporté, maccusant de manquer dhumanité. Pourtant, lui non plus ne souhaite pas quelle vienne chez lui, puisquil vit dans lappartement de sa femme.

Autrefois, nous étions une famille unie, une famille de quatre tout à fait banale. Mon frère et moi navons quun an de différence : il a aujourdhui 35 ans, jen ai 36. Nos parents nous ont eus sur le tard, et tant que papa était là, tout allait bien.

Mais mon frère est parti faire ses études à Lyon, puis il y est resté, sest marié, et moi, je suis restée à Bordeaux, notre ville natale. Au départ, je vivais chez mes parents. En me mariant, mon mari et moi avons préféré prendre une location, pensant acheter plus tard et fonder notre famille. Nous avions des projets.

Cela fait seulement deux ans que papa nous a quittés. Depuis, maman est tombée dans une profonde tristesse, rongée par labsence. Elle sest éteinte, vieilli dun seul coup. La maladie sest installée et, il y a six mois, elle a été frappée par un AVC. On a même cru la perdre. Seuls les médecins de lhôpital Pellegrin lont sauvée in extremis. Elle a retrouvé la parole peu à peu, et des mouvements aussi, mais au niveau psychique, les séquelles sont lourdes.

Daprès les médecins, certains dégâts sont irréversibles. Jai donc dû changer toute ma vie pour elle. Avec mon mari, nous avons emménagé chez maman. Jai quitté mon poste pour travailler à distance, afin dêtre toujours présente. Laisser maman seule était hors de question. Même une fois sa mobilité revenue, ce nétait pas plus facile.

Elle se met à parler toute seule, à errer, à vouloir sortir, et il faut sans cesse la rattraper, la convaincre de rester. Parfois, elle pleure et dit quelle attend papa dehors. Les nuits sont courtes, je dors mal, toujours dans la crainte quelle ne sorte sans prévenir. Mon travail sen ressent aussi : difficile de se concentrer plus dun quart dheure daffilée. Cest alors que mon mari a proposé le placement en EHPAD.

Cest coûteux, on parle de près de 2600 euros par mois, mais en sy mettant à deux et en travaillant sérieusement, cest possible. Après tout, mon frère peut bien participer, ce serait juste.

Il m’a fallu du temps, mais jai compris quil ny avait pas dalternative. Maman bénéficierait là-bas de soins quotidiens et dattentions médicales. Jai rencontré le personnel, visité les lieux, tout semblait rassurant, même si le tarif restait impressionnant.

Lorsque jai parlé de cette solution à mon frère, je mattendais à ce quil comprenne la réalité de la situation. Mais il sest indigné.

– Tu es folle ? Tu veux vraiment placer notre propre mère en maison de retraite ? Entourée dinconnus ? Tu sais comment elle sera traitée ? Tu nas pas de cœur ! Ou cest juste que tu veux te débarrasser delle ?

Jai tenté de mexpliquer, sans succès. La conversation a tourné court, mais moi, je commençais à craquer. Je lui ai reparlé plusieurs fois, son avis est resté inflexible.

– Notre mère nous a élevés, choyés, sans jamais se plaindre, alors quelle avait son âge et ses difficultés. Aujourd’hui, cest à nous dêtre là pour elle, pas à la confier à dautres.

Excédée, jai répondu que sil était si attaché à la garder à la maison, il navait quà venir la prendre chez lui et montrer ce quil appelait de « lhumanité ».

– Tu sais que je vis chez ma femme, je ne peux pas lui imposer ma belle-mère, a-t-il rétorqué. – Et pourquoi ce serait à mon mari de soccuper de ta belle-mère, alors que ta femme ne pourrait pas le faire ? À Bordeaux, maman vit avec nous, cest donc normal quon sen occupe.

Je lui ai fait comprendre que rien ne lempêchait de sorganiser. Il a hésité, prétextant son travail prenant. Selon lui, je ne penserais quà fuir mes responsabilités

Ma vie est devenue un véritable calvaire, partagée entre le sentiment de culpabilité et limpossibilité de continuer ainsi. En maison de retraite, maman serait entourée, soignée. Et nous pourrions enfin retrouver une vie de famille normale. Mon mari le pense aussi.

Je me suis donné une semaine de réflexion. Si mon frère ne change pas davis, jirai au bout de ma décision. À un moment, il faut accepter ses limites. Il est simple de donner des conseils, beaucoup moins de tout supporter au quotidien. Seul celui qui sest réellement occupé dun proche en détresse comprend le poids du sacrifice. Notre devoir envers nos parents ne doit pas nous faire oublier que nous avons aussi le droit de vivre. Aider, cest aussi savoir chercher le relais quand on na plus la force. Cest cela, la véritable humanité.

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