Je me revois jadis, réfléchissant longuement à la perspective de finir mes jours dans une maison individuelle, même dotée de tout le confort moderne et située dans la plus pittoresque des campagnes françaises. Avec du recul, permettez-moi dexposer les raisons qui mont rendu opposée à cette idée :
1. Les soucis liés à lassainissement me revenaient sans cesse en tête. Dans nos villages, le tout-à-légout na pas toujours été installé de façon optimale. Bien souvent, il fallait compter sur une fosse septique. Or, une fosse septique exige un entretien régulier : il faut la faire vider, nettoyer, surveiller. Aucun retraité na forcément lénergie ou les économies pour supporter de telles contraintes.
2. Pour la distribution deau dans la maison, il était nécessaire de forer un puits ou de creuser un point deau à proximité. Même équipé de sa propre source, lentretien simposait : lhiver, le gel pouvait endommager les canalisations, lété, la pompe risquait de fonctionner sans relâche jusquà sabîmer, et le puits devait être nettoyé de la vase de temps en temps. Cela demande beaucoup deffort, difficile à fournir à un certain âge, et il faut de largent pour payer les artisans.
3. Le chauffage aussi représentait une préoccupation majeure. Posséder un poêle oblige à couper et ranger du bois, acheter du charbon ; un système à gaz ou électrique implique de lourdes dépenses pour lacquisition dune chaudière, sans compter le raccordement. Qui donc, avec une simple pension, peut soffrir une telle installation ? Et au moindre problème en plein hiver, la réparation coûte une fortune.
4. Durant lhiver, cest à lhabitant denlever la neige de son propre chemin. À la campagne, point de déneigeuses ni de cantonniers : seulement une pelle et de longues heures à dégager lallée de la maison pour pouvoir sortir, puis recommencer le soir si la neige tombe à nouveau, sous peine dêtre prisonnier chez soi jusquau redoux.
5. Et à la fonte des neiges succède une autre bataille, celle contre lherbe folle. En été, il fallait tondre au moins chaque semaine.
6. Lentretien du jardin accapare alors tout le temps libre et demande une énergie que lon possède de moins en moins avec lâge. Retourner la terre à la bêche ou avec un motoculteur, cela ne suffit pas : au fil des jours, il fallait arroser, désherber, repiquer, récolter, puis préparer les fruits et légumes pour lhiver.
Mon époux et moi, nous nous occupions péniblement du petit parterre devant la maison, sollicitant de temps à autre laide de notre fils. Mais un grand jardin, lui, réclame des forces toutes particulières.
7. Par ailleurs, dans bien des villages, les commodités telles que la pharmacie, la poste ou le cabinet médical se faisaient rares. Il fallait parfois marcher plusieurs kilomètres pour trouver une petite épicerie, et mieux valait posséder une voiture. Quant à consulter un médecin ou simplement aller chez le coiffeur, il fallait prévoir un trajet jusquà la ville la plus proche.
La vie à la campagne française est loin dêtre aussi paisible et économique quon peut limaginer. Chaque année, la maison exige des réparations, même mineures ; il faut acheter des semences, de lengrais, entretenir la cour. Pour les personnes âgées, il est finalement moins éprouvant denvisager une retraite dans un appartement en ville, entourées de services et de voisins, que de suser à petit feu entre quatre murs isolés à la campagne.






