Cécile sest mariée à vingt ans, et deux ans plus tard, elle donna naissance à son premier et unique enfant. Elle néprouvait pas beaucoup daffection pour les enfants. Lorsque son fils arriva au monde, Cécile et son époux confièrent le petit à la garde de la grand-mère paternelle. Chaque mois, ils lui envoyaient une somme en francs pour assurer son confort, tandis quils menaient leur vie à Paris sans restrictions ni responsabilités.
Deux années sécoulèrent ainsi, jusquau jour où ils durent ramener lenfant à la maison : la grand-mère était décédée. Cécile se montra irritée par la présence de son fils. Elle le plaça à la crèche pour éviter de le voir plus souvent, puis le fit entrer à la maternelle. À lécole primaire de Montmartre, son fils fut la cible de moqueries.
Le garçon ne savait ni lire ni écrire. Les enseignants tentèrent de joindre ses parents pour discuter de la situation, mais Cécile était toujours débordée. Un jour, son mari finit par se rendre à lécole. Les professeurs profitèrent de sa venue pour lui raconter les difficultés de lenfant. De retour chez eux après la réunion, le père infligea une correction sévère à son fils.
Au terme de sa scolarité, Cécile lenvoya travailler dans une usine près de Lyon. Cest là quil fit la connaissance de celle qui deviendrait sa femme. La direction de la fabrique offrit au jeune couple un petit appartement. Lorsque Cécile eut des petits-enfants, elle resta tout aussi distante et apathique.
De temps à autre, elle expédiait quelques francs à ses petits-enfants pour les fêtes. Puis arriva le jour où Cécile prit sa retraite. Elle rêvait dun grand banquet pour loccasion. Elle décida de solliciter son fils : « Je tai envoyé de largent sur ton compte, va avec Amélie acheter tout ce quil faut pour le repas et les décorations. Nous fêterons ma retraite chez toi. » « Bien, maman », répondit le fils.
Le fils et sa femme envoyèrent leurs enfants chez des cousins à la campagne, pour préparer la fête en toute tranquillité. Lorsque tout fut prêt, Cécile arriva, satisfaite. « Ce nest pas mal, maintenant filez en cuisine. Les invités ne vont pas tarder, nous les accueillerons, et nous nous assiérons ensemble quand ils seront partis. » Le fils et sa belle-fille se plièrent aux exigences de Cécile et se retirèrent à la cuisine.
Les invités mangèrent, burent, dansèrent jusquau petit matin. Au moment du départ des convives, Cécile entra dans la cuisine et déclara : « Il reste une part de gâteau, partagez-la entre vous deux. Je ne me sens pas bien, nous rentrons, je ne peux pas rester avec vous. » Le fils éprouva une immense peine.
Une semaine plus tard, Cécile le rappela : « Mon fils, je dois entrer à lhôpital pour une opération. Apporte-moi quelques affaires, je tenverrai la liste. » « Désolé, maman, nous partons en vacances avec Amélie, tu le sais bien. Appelle papa. Au revoir. » Ce fut enfin le moment où quelquun fit comprendre à Cécile que le monde ne tournait pas autour delle.






