Les parents de Clémence nous ont offert un cadeau de mariage incroyable : un appartement de grand standing ! Lors dune soirée étrange, ils nous ont remis en main propre les clés, en nous assurant quil était à nous désormais. Le bâtiment était flambant neuf, acheté sur plan, tout vierge de vie et de meubles. Ma belle-mère a tout de suite suggéré que mes parents, en guise déquilibre, devraient participer aux travaux de rénovation. Mes parents, qui mavaient déjà confié une jolie somme deuros, ont accepté de simpliquer davantage pour embellir notre futur nid.
Après le mariage, nous avons plongé tête la première dans le chantier. Mon père, ayant lhabitude des grands projets, a acheté tout le matériel nécessaire, et jai joué les assistants, usant mes bras à la tâche. Parfois, Clémence se joignait à nous, ses mains effleurant les murs avec douceur, ajoutant un peu de sa magie. De temps à autre, mon beau-père, figure effacée mais attentive, passait nous prêter main forte, les outils dansant entre ses doigts fatigués.
Plutôt que de louer un logement pendant les travaux, nous avions choisi de rester vivre chez les parents de Clémence pour économiser quelques euros et sentir la chaleur de la famille.
Une nuit étrange, alors que je feuilletais des dossiers à la recherche dun papier oublié, mes yeux se sont posés sur une pile de documents relatifs à notre appartement. Quelque chose a cloché, la réalité sest fissurée. Lappartement nétait pas à nos noms : cétait ma belle-mère qui, sur les documents, possédait les lieux comme un secret bien gardé dans une vieille armoire.
Ce soir-là, alors que nous devions aller acheter des carreaux et du ciment pour la salle de bain, jai demandé à mon père de reporter notre mission au lendemain. Je lui ai murmuré ce que javais découvert, hésitant entre colère et incompréhension, comme dans ces rêves où lon court sans trouver de sortie.
Lorsque tout le monde fut réuni dans le salon, jai posé la question de but en blanc, mêlant urgence et stupeur, les mots roulant comme des galets dans ma bouche :
Pourquoi est-ce que lappartement appartient à maman et non à Clémence ? ai-je lancé vers mon beau-père, la voix pleine déchos.
Mon pauvre garçon, tu es bien naïf ! Cest ainsi pour éviter de blesser notre Clémence, répondit ma belle-mère dune voix pleine de miel et de ronces.
Quest-ce que tu veux dire ?
Eh bien, si jamais tu partais, tu aurais droit à la moitié de notre appartement ! répondit-elle, lair détaché.
Notre appartement ? Mais tu trouves normal que mon père et moi dépensions des milliers deuros dans la rénovation dun appartement qui finalement vous appartient ? Et pourquoi toujours supposer que lon va se séparer ? On vient à peine de se marier !
Maman, je tavais pourtant demandé de mettre lappartement à mon nom, souffla Clémence, le regard fuyant.
Tu étais donc au courant de toute cette mascarade ? lui demandai-je, une brume damertume enveloppant mes pensées.
Tu ne comprends pas Je le savais, jai supplié maman de lécrire à mon nom !
Franchement, Clémence, quel commencement pour notre vie commune ! Tout commence déjà par des secrets
Depuis ces révélations, jerre tel un somnambule revenant chez mes parents, perdu entre deux mondes. Clémence cherche à me parler, mais je suis englué dans mes songes ; il me faut du temps pour démêler ces fils emmêlés. Jamais je naurais imaginé une telle duplicité de la part de sa famille, même si, dans le fond, peut-être toutes les familles françaises agissent ainsi, à la lisière du rêve et du réel
Que faire dans une situation aussi absurde, où la logique seffrite comme un pain trop sec entre les mains ?






