Cher journal,
Aujourd’hui, je me suis retrouvée au centre commercial avec mes deux enfants, Louise et Élise, pour faire quelques courses de rentrée. Quelle ironie du destin : mon ex-mari, Pierre Dufour, était là aussi. Je l’ai repéré près de la boutique la plus chic de chaussures, en train de choisir des baskets dernier cri pour ses beaux-enfants, Paul et Baptiste. Ce même Pierre qui, depuis des mois, na pas versé un centime deuro pour ses filles et trouve toujours une excuse quand il sagit de payer leurs fournitures scolaires ou de simples chaussures.
Jai senti la colère monter en moi, mais plutôt que de me laisser emporter, jai respiré profondément et jai pensé : “Non, cette fois, ça ne va pas se passer comme ça”.
Je me suis avancée, les mains posées sur les épaules de Louise et Élise, juste au moment où Pierre tapotait sur son mobile, totalement absorbé, tandis que Paul et Baptiste essayaient des baskets Adidas hors de prix. Une vendeuse rangeait les boîtes.
Pardon, mademoiselle, ai-je dit avec mon sourire le plus charmant, avez-vous ces modèles en 34 et 37 ?
Elle ma cernée du regard, intriguée.
Bien sûr. Pour ?
Pour mes filles jai répondu, puis dune voix un peu plus forte, jai enchaîné : Mon mari va tout régler dun coup, nest-ce pas, mon chéri ?
Pierre a sursauté, relevant les yeux, lair complètement abasourdi. Ses pupilles auraient pu jaillir de son visage.
Quest-ce ? Il na eu le temps de finir, car jétais déjà en train daider les filles à enfiler les chaussures.
Oui, oui, il prend tout ai-je insisté tranquillement à la vendeuse. Nous sommes une famille recomposée, vous comprenez ? Voici ses beaux-enfants, et voilà nos filles. Il tient toujours à ce que tout le monde soit traité de façon égale, nest-ce pas mon amour ?
Il rougissait comme une tomate. Il voulait protester, mais la vendeuse apportait déjà les boîtes, et je lui ai lancé un clin dœil.
Elles sont parfaites, mademoiselle ! On les prend.
Et là, je tombe sur une sublime paire de baskets corail sur létagère exactement mon goût.
Oh, puis-je aussi avoir celles-ci en 39 ? Les corail.
Pour madame ? a demandé la vendeuse.
Oui, pour moi, ai-je répondu tout en les enfilant. Elles me vont à merveille ! Et les élégantes noires là-bas, vous les avez en 38 ? Je travaille debout, elles me seraient utiles.
Encore ? a réussi Pierre dune voix étranglée.
Chéri, ne sois pas radin, lui ai-je murmuré. Tu sais bien que jai besoin de bonnes chaussures pour le boulot. Et celles-ci pour le parc avec les filles. Ça fait des mois que je ten parle
La vendeuse, impassible face à ce festival familial, notait tout consciencieusement.
Parfait, donc huit paires au total a-t-elle conclu, tapotant sur sa calculatrice.
Je me suis levée, embrassé mes filles et me suis rapprochée de Pierre.
Bon, mon cœur, je dois filer, jai dautres courses. Les filles restent avec toi, daccord ? Tu me les ramènes à la maison tout à lheure.
Avant qu’il ne puisse protester, j’ai ramassé les sacs contenant les baskets de MES filles et les miennes et suis sortie calmement, me sentant aussi majestueuse quune reine.
Tout ce que jai entendu derrière moi, cest la vendeuse qui disait :
« Ça fait 500 euros. Paiement carte ou espèces, monsieur ? »
Arrivée sur le parking, jai enfin ri à voix haute. Son expression valait de lor. Jai regardé mes nouvelles baskets corail dans le sac en pensant : “La justice divine existe parfois”.
Le soir venu, il a ramené les filles bien sûr, avec trente minutes de retard, et sans ses beaux-enfants. Son visage oscillait entre lindignation et la résignation.
Ce que tu as fait cétait a-t-il commencé.
Quoi ? ai-je rétorqué dun air candide. Tu trouves anormal que TES filles aussi aient des baskets neuves ? Tu nas pas à me remercier, mon cœur. Cest le minimum.
Il sest tu, secouant la tête.
Huit paires HUIT ! Et tu avais vraiment besoin de DEUX pour toi ?
On ne sait jamais quand on aura besoin de baskets confortables, mon cher. En outre, tu me dois combien de mois de pension ? Considère ça comme un acompte.
Tes folle.
Non, épuisée, ai-je répondu calmement. Ça fait toute la différence. Et maintenant, jai des chaussures parfaites.
Il sest éloigné vers sa voiture, et je lai entendu marmonner :
« Huit paires ça va me coûter plus cher que de juste payer la pension »
« Bien vu, Einstein », ai-je pensé en fermant la porte.
Les filles mont sautée dans les bras, ravies avec leurs nouvelles chaussures. Moi, jai porté les corail pour une promenade ce soir et je me suis sentie sublime.
Ai-je exagéré ? Peut-être.
Est-ce que je regrette ? Pas une seule seconde.
Et toi, quaurais-tu fait à ma place ?






