Je ne connaissais pas la théorie de la chaise lorsqu’il était dans ma vie. Je me sentais simplement …

Je navais jamais entendu parler de la théorie de la chaise, du temps où jétais avec lui. À lépoque, tout ce que je ressentais, cétait de la fatigue. Pas physique une fatigue de lâme. Chaque matin, je me réveillais avec cette impression quil fallait que « je mérite » ma place. Que lamour était une épreuve quotidienne.

Cela avait commencé dès le début de notre histoire. Quand nous sortions ensemble, cétait toujours moi qui modifiais mon emploi du temps pour pouvoir le voir. Je déclinais des invitations de mes amies, changeais mes horaires de travail, courais dun bout à lautre de Paris. Lui, avait toujours quelque chose de plus important le foot, ses amis, son travail ou simplement se reposer. Même quand nous finissions par nous retrouver, il restait souvent accroché à son téléphone il répondait à des messages, regardait des vidéos. Je lui parlais, il me lançait un « oui, oui », sans jamais lever les yeux vers moi.

Quand nous avons emménagé ensemble, je pensais que ça changerait tout. Que le fait de partager un foyer nous rapprocherait. En réalité, ce fut linverse. Je me levais tôt, travaillais, rentrais pour cuisiner, faire la lessive, ranger lappartement. Lui arrivait, sasseyait, demandait ce quil y avait à manger, et puis senfermait dans la chambre pour « se détendre ». Si jamais je lui demandais de laide, il répondait quil était fatigué. « Plus tard ». Ce « plus tard » narrivait presque jamais.

Je me souviens dune soirée en particulier. Jétais malade, fiévreuse. Je lui ai demandé de me préparer une soupe. Il ma regardée avant de dire :
« Tu ne peux pas la commander quelque part ? »
Alors, tremblante, je me suis levée, jai fait la soupe moi-même, et jai pleuré en remuant la casserole. Cest ce soir-là, pour la première fois, que je me suis sentie comme une invitée chez moi.

Cétait pareil avec sa famille. Lors des réunions, je préparais de la nourriture, servais la table, nettoyais la vaisselle. Personne ne me demandait comment jallais, ou si javais besoin de quelque chose. Et lui, il na jamais dit :
« Assieds-toi avec moi. »
« Viens, reste près de moi. »
Jétais toujours occupée, en mouvement, invisible. Une fois, une de ses tantes a dit tout haut :
« Ah, heureusement quelle est si serviable ! »
Tout le monde a ri. Jai souri aussi. Mais au fond de moi, je me sentais utilisée.

Ce qui faisait le plus mal, cétait les jours importants pour moi. Pour mon anniversaire, il disait toujours quon fêterait « une autre fois ». Cette « autre fois » arrivait rarement. Par contre, pour lanniversaire dun de ses amis, il trouvait du temps, des euros, de lénergie. Moi, jétais là, en arrière-plan je portais les cadeaux, prenais les photos, applaudissais les bonheurs des autres.

Mon souvenir le plus vif reste un dîner chez des amis. Nous sommes entrés, il sest installé à la grande table, discutait et riait. Moi, je me suis retrouvée sur une chaise contre le mur. Personne ne ma incluse dans la conversation. Je regardais les assiettes passer, écoutais les rires, les échanges de regards, et jai ressenti précisément ça que jétais sur une chaise, à une table où ma présence ne comptait pas.

De retour à la maison, je lui ai dit en pleurant que je me sentais invisible. Il ma rétorqué :
« Tu exagères tout. Tu fais toujours des histoires. »
Et là, jai compris que même ma douleur navait pas sa place.

Après la séparation, une amie Eugénie ma parlé de la théorie de la chaise. Elle ma dit quelque chose qui sest gravé en moi :
« Quand quelquun taime, il ne te laisse pas attendre. Il te crée une place, sans que tu aies à la réclamer. »
Jai commencé à revoir la relation comme un vieux film. Tous ces moments où javais recherché de lattention. Tous ces SMS que jattendais. Toutes ces fois où je me suis tue pour ne pas déranger.

Jai compris que pendant des années, je suis restée debout. Jai équilibré mes émotions en silence. Jai tout fait pour ne pas gêner. Pour être suffisante.

Et ce nétait pas seulement avec lui. Cétait pareil dans des amitiés, où jécoutais toujours sans quon mécoute. Avec des membres de la famille qui me contactaient seulement quand ils avaient besoin de quelque chose. Avec des emplois où je donnais plus que ce que je recevais.

Aujourdhui, je suis encore seule. Mais je ne me sens plus petite.
À présent, quand je rentre quelque part, je regarde. Sil ny a pas de place, je pars. Si je dois demander de lattention, je méloigne. Si ma simple existence dérange, je men vais.

Parce que jai compris, un peu tard mais jai compris :
Je ne suis pas née pour mendier une chaise.
Je mérite une table où ma présence est désirée.

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Scandale au sein d’une famille distinguée