Oui, les chiens sont très fidèles ! Mais leur fidélité va à ceux qui les aiment – ils ne pardonnent …

Oui, les chiens sont dune loyauté sans limite ! Mais ils accordent cette fidélité à ceux qui les aiment, et ne pardonnent jamais aux traîtres

Louna courait derrière la voiture, refusant daccepter labandon dans cet endroit inconnu. Elle ne voulait pas être laissée seule, oubliée comme un vieux jouet.

Louna poursuivait celui quelle aimait, en qui elle avait placé toute sa confiance, lhomme quelle ne pouvait pas trahir. Car elle nen était tout simplement pas capable.

Camille, je te présente Louna ! sexclama Paul, tout sourire, en sadressant à la jeune femme à la silhouette élancée qui attendait sur le seuil, perchée sur des escarpins à talons aiguilles. Elle le dominait presque dune tête.

Elle est douce et très obéissante, tu verras, je suis certain que vous allez bien vous entendre !

Louna remuait la queue, heureuse, tournoyant autour de ses jambes. Mais elle jetait à Camille des regards méfiants.

Après tout, il nest pas rare que les chiens se méfient des inconnus. Mais là, il y avait autre chose. Louna percevait un parfum bizarre, presque répugnant, émanant de Camille.

Cela navait rien à voir avec les effluves entêtants de son parfum, fort comme un aérosol chimique. Non, les chiens ont ce don extraordinaire de ressentir les mauvaises intentions chez les gens.

Et ce don, Louna lavait développé à un niveau inégalé. Son instinct ne la trompait jamais.

Dans la rue, lorsquelle croisait des gens peu recommandables, Louna séloignait deux, entraînant Paul à linverse, parfois même contre sa volonté. Car elle aimait son maître et se souciait de son bonheur autant quelle le pouvait.

Mais comment senfuir dans un deux-pièces parisien ? Et Paul manifestait tant dattention et de tendresse à Camille.

Il la tenait contre lui, lembrassait

Quand Camille surprit le regard inquiet de Louna, elle attrapa la main de Paul et lentraîna dans la cuisine. Derrière la porte refermée, elle murmura, agacée :

Tu aurais pu préciser que tu avais un chien !

Je nen ai pas vu loccasion, répondit Paul, sur le même ton discret. Ça te dérange à ce point ?

Oui, tu comprends, je naime pas les chiens. Je ne supporterai pas de vivre dans la même maison que Comment tu lappelles déjà ?

Louna…

Voilà, Louna.

Je vais en faire quoi ? La déposer sur le trottoir ? On vit ensemble depuis quatre ou cinq ans, je ne compte même plus !

Paul… fit Camille en le fixant avec insistance, tu as le choix à faire. Tant que cette chienne est dans lappart, je nemménage pas ici. Pas de mariage non plus.

Je ne les supporte pas, tu comprends ? Fais ton choix : elle ou moi.

Dehors, la pluie tombait à torrents, transformant les rues de Lyon en rivières. Les essuie-glaces luttaient contre les gouttes épaisses, tout comme Paul, qui traversait la ville en silence, le cœur lourd.

Il avait limpression davoir reçu une gifle. Comme si on lui avait fait faire quelque chose de terriblement laid…

Mais il aimait Camille. Ou croyait laimer. À vrai dire, ce soir-là, ce nétait pas lessentiel. Ce qui importait vraiment, cétait la promesse de son père : sil épousait Camille, il laiderait à sauver sa petite entreprise du bâtiment en difficulté. Un homme influent, qui tenait toujours parole.

Cétait sa chance de sen sortir, de stabiliser puis développer sa société, datteindre enfin le succès tant rêvé. Refuser aurait été absurde.

Sur la départementale, à la sortie de la ville, Paul accéléra. La pluie redoubla, le vent se renforça.

Les gouttes frappaient le pare-brise, le toit et le capot de la voiture, semblant vouloir larrêter de force. « Réfléchis ! » criaient-elles, en cognant bruyamment la carrosserie.

Louna, allongée sur la banquette arrière, observait silencieusement les filets deau sur la vitre. Son instinct ne lavait pas trompée. Depuis lapparition de Camille, Paul était devenu distant, glacial comme la pluie de novembre. Plus un mot gentil, plus une caresse. Son regard aussi était devenu étranger.

Arrivé à un carrefour désert, Paul sarrêta. Il alluma une cigarette. Le parfum du tabac envahit bientôt lhabitacle.

Capuche remontée sur la tête, il ouvrit la portière et descendit. Louna, anxieuse, attendait, devinant la suite.

Tout sest passé si vite : les portières arrière claquèrent, une bourrasque de fumée sévapora dans la nuit. Paul saisit la chienne par le collier et la poussa dehors. Louna gémit faiblement.

Deux claquements résonnèrent dans la nuit : dabord la porte arrière, puis celle du conducteur.

La voiture démarra en trombe, senvola sous la pluie battante, les gouttes tambourinant sur la carrosserie qui séloignait vers la ville.

Louna resta, perdue au milieu de la route, fixant lautomobile disparue. La pluie trempait sa fourrure, la collant à sa peau, glaciale. Pas un poil néchappait à cette averse.

Elle bondit, pourtant. Louna sprinta dans la nuit, saccrochant à ce mince espoir. Elle fuyait labandon, espérant rejoindre celui quelle aimait de tout son cœur.

Mais que pouvait faire une chienne contre une voiture roulant à cent kilomètres heure ? Pour rattraper une telle vitesse, il aurait fallu être un guépard ; Louna nétait quun chien ordinaire, mouillée et alourdie par sa fourrure trempée.

Depuis longtemps déjà, les feux rouges sétaient dissipés dans le noir, mais Louna continuait, incapable de sarrêter.

Parfois, il faut lintervention du destin pour stopper une course insensée vers le passé.

Un crissement de freins, un choc sourd. Un conducteur stoppa net, se prit la tête entre les mains en réalisant ce quil venait de heurter.

Sur lasphalte détrempé, Louna gisait. Il sapprocha, doucement, plongea son regard dans le sien.

Ses yeux à elle brillaient encore de confiance, mais laissaient poindre, peu à peu, la lassitude et la résignation.

Dieu soit loué, elle est vivante ! songea le conducteur, Étienne.

Étant prudent, il installa une couverture sur la banquette arrière, souleva la chienne délicatement et ly installa.

À cette heure tardive, une seule clinique vétérinaire restait ouverte à Lyon. Étienne sy rendit immédiatement. Il jetait de fréquents coups dœil à Louna, dont les pattes sagitaient comme si elle voulait continuer à courir.

Le vétérinaire accepta de lausculter sans facturer lexamen. Après quelques explications embrouillées dÉtienne, il comprit vite : on lavait abandonnée, ce nétait ni la première ni la dernière de la région.

Heureusement, pas de fractures, seulement quelques contusions. Le vétérinaire recommanda de la glace sur le membre endolori et une crème anti-inflammatoire.

Étienne ramena Louna chez lui, la déposa sur son manteau étalé au sol.

Cest temporaire, glissa-t-il dune voix gênée.

Dix jours plus tard, Louna commençait à gambader, boitillant légèrement, mais lessentiel était quelle remarchait. Et sa claudication finirait par disparaître.

On ta jetée à la rue ? murmura Étienne, assis près delle sur le lit.

Il navait jamais possédé de chien. Il nétait pas très entouré de toute façon. Même les amis véritablement proches manquaient à lappel. Un sétait enfui avec sa petite amie ; un autre lui avait joué un sale tour en affaires, le poussant à la faillite ; un troisième lavait impliqué dans une combine douteuse qui avait bien failli lui coûter très cher avec la police.

Pour repartir de zéro, il avait quitté Bordeaux pour Lyon.

Il obtenait tous ses renseignements « canins » du vétérinaire, qui lui avait donné sa carte et lavait invité à appeler en cas de besoin.

Grâce aux conseils du docteur, Étienne réussit à laver convenablement Louna, la débarrassant de toute trace de saleté.

Louna se montra docile, sans aucune agressivité, même lors du bain.

Il se renseigna ensuite sur la nourriture à donner et ramena Louna deux fois pour sassurer quelle navait pas de séquelles psychologiques.

Étienne était préoccupé, car la chienne mangeait avec réticence et se montrait amorphe, indifférente à sa présence.

Cest normal, expliqua le vétérinaire.

Le docteur Pierre Dubois conseilla demmener Louna en promenade, de la laisser simplement profiter de lextérieur, sans rien exiger en retour. Avec le temps, elle shabituerait, peut-être même une belle amitié verrait-elle le jour.

Comme annoncé, ce fut le cas. Les blessures, même morales, se cicatrisèrent, et un mois et demi après leur rencontre nocturne, une belle complicité était née.

Peut-être pas une fusion parfaite, mais une vraie confiance et un meilleur appétit. Elle nétait plus Louna, mais Léonie désormais.

Nouveau départ, nouveau nom ! La chienne adopta vite cette nouvelle identité. Peut-être parce quelle ressemblait à lancienne, ou bien celle-ci ne lui plaisait plus.

Et chaque jour, quels que soient le vent ou la pluie, ils sortaient ensemble marcher, heureux à deux.

Sauf, quand la pluie tombait, que les yeux de Léonie devenaient tristes et humides. Humides non de la pluie, mais des souvenirs.

Oublier ce quelle avait vécu était difficile. Un chien nest pas un humain, mais il nest jamais dépourvu démotions humaines. Ceux qui pensent le contraire nont jamais eu de chien.

Un jour, alors quils se promenaient dans le Parc de la Tête dOr, Léonie sélança à la poursuite dun chat, profitant quÉtienne achète un café pour se réchauffer novembre glacial oblige !

Quand il se retourna, la chienne avait disparu.

Délaissant le café brûlant, il partit à sa recherche, courant partout, inquiet.

Léonie, elle, aboyait à plein poumon sous un arbre, défiant le chat den descendre.

Un grand 4×4 noir sarrêta tout près. Paul en descendit.

Il savançait vers lépicerie quand il sarrêta net, les yeux rivés devant lui.

Louna !

La chienne comprit à peine quon lappelait. Mais en entendant son ancien nom à nouveau, avec cette intonation familière, elle se retourna longuement vers Paul.

Louna, viens ici ! glapit Paul, accroupi, le sourire aux lèvres.

Léonie voulait courir vers lui, mais quelque chose la retenait. Personne ne saura jamais ce qui traverse la tête dun chien à ces moments-là, mais il est certain quils ressentent quelque chose.

Il ma abandonnée ! pensa-t-elle. Ou peut-être quil m’a cherchée tout ce temps, croyant me retrouver enfin ?

Sa queue remua légèrement excitation, tension, qui sait ?

Voyant lhésitation de la chienne, Paul sauta la barrière pour sapprocher, tendant la main.

Ma douce Louna ! Viens par ici !

Il caressa la chienne et la serra dans ses bras. Mais Léonie ne manifestait aucune joie, aucun enthousiasme. Elle ne sautillait pas, ne remuait pas la queue.

Quelque chose la freinait, lempêchait dêtre heureuse comme avant.

Étienne accourut et aperçut un homme qui tirait sa chienne par le collier vers la voiture.

Que fais-tu là ? sexclama Étienne. Cest ma chienne !

Il attrapa Paul par lépaule et le força à lui faire face.

Je tai dit : cest mon chien, répéta Étienne dune voix ferme.

Sérieusement ?

Oui. Léonie, viens ici !

Elle souhaita sapprocher, mais Paul la retenait solidement.

Quelle Léonie ? Cest Louna ! Je lai élevée depuis toute petite, et puis

Et puis quoi ? demanda Étienne, commençant à comprendre.

Ce ne sont pas tes affaires ! Cest ma chienne et je la reprends, tu comprends ?

Non, justement. Elle est à moi, elle reste avec moi. Cest non négociable, et ne me tente pas.

Paul fulminait, son visage rougi par la colère. Il leva la main sur Étienne, mais la chienne, jusqualors indifférente au conflit, grogna soudain, sarrachant à lemprise de Paul pour se retourner vers lui, les crocs découverts.

Paul en fut stupéfait.

Jamais Louna navait agi ainsi avec lui. Jamais elle navait montré les dents ni grogné aussi férocement.

Jamais elle ne lavait fixé avec un tel regard de détermination, prête à se défendre à tout prix.

Paul, déconcerté, laissa retomber sa main et recula de deux pas.

Léonie, laisse tomber. On rentre, chuchota Étienne.

Léonie sapprocha, enfonça le museau dans sa main, pencha doucement la tête pour quil puisse lui mettre la laisse.

Ils séloignèrent, foulant lallée du parc couverte de feuilles jaunes, sans un regard en arrière. Paul les observa partir, rongeant son poing de rage impuissante.

Avec Camille, tout sétait mal terminé. Le mariage neut jamais lieu, le père de Camille ne fit rien pour aider la société de Paul, et ce dernier dut vendre son entreprise pour solder ses dettes. Il se détestait davoir commis cet acte cette nuit-là.

Mais il ne pouvait plus rien changer.

Oui, les chiens sont dune fidélité sans faille ! Mais cette fidélité, ils la réservent à ceux qui les aiment vraiment. Ils ne pardonnent jamais à ceux qui les trahissent

Ce soir-là, jai compris cela pour de bon.

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Oui, les chiens sont très fidèles ! Mais leur fidélité va à ceux qui les aiment – ils ne pardonnent …
Un moment de répit pour une maman Alina, épuisée, marchait sur le trottoir en direction de l’école. On l’avait encore convoquée chez le directeur : pour la troisième fois ce trimestre. Elle avait dû demander à sa collègue de la remplacer le soir à l’entrepôt. Elles s’entraidaient souvent, car pour toutes les deux, l’emballage des commandes dans la boutique en ligne n’était qu’un petit boulot. Le salaire était modeste, mais payé chaque semaine sans retard, et le travail n’était pas trop difficile. Pas trop difficile, sauf quand c’est le troisième emploi, alors chaque effort supplémentaire épuise. Alina avançait, presque soulagée d’être appelée à l’école. Un motif de joie discutable, mais pour elle, c’était une occasion de souffler. Elle était lasse de cette course sans fin pour l’argent et de la lutte pour survivre. Dans trois mois, elle aurait remboursé son crédit et il n’en resterait plus qu’un paiement. Cela lui donnait du courage. Alina s’était promis qu’après la dernière échéance, elle irait avec Léo à la pizzeria pour fêter ça. Ils avaient bien mérité une fête – toute une année à se priver pour rembourser le crédit contracté par son défunt mari. Léo l’attendait sur le perron, et main dans la main, ils sont allés écouter les reproches du directeur. Alina savait déjà tout ce qu’on allait lui dire, sur les études et sur le comportement. – Votre fils, – la directrice lança un regard lourd de sens à la maman, – a traité un camarade de « mauvaise brebis » ! Et cela alors qu’il était au tableau en train de répondre. D’où lui viennent de telles expressions ? Comment vous exprimez-vous à la maison ? – Ce n’est pas à la maison, il a appris ça à l’école, – répondit la mère, fatiguée. – En général, le comportement d’Alexis est déplorable : il manque de respect aux professeurs, embête ses camarades, chante en classe, fait du bruit avec des bonbons, va aux toilettes, revient. – Je vais lui parler, – Alina serra la main de son fils sous la table. – Alina Andréievna, c’est la troisième fois ce trimestre que vous êtes dans ce bureau ! Et après ? Au collège, personne ne le maternera. – Je comprends. – Qu’est-ce que vous comprenez ? C’est facile pour vous : vous laissez votre enfant à la garderie jusqu’à 19h, et vous ne venez que quand l’école ouvre. C’est l’école qui élève votre fils ! – Victoria Viktorovna, nous vivons à deux, il n’y a que nous. Je travaille sur trois emplois, à cause du crédit et de l’hypothèque laissés par mon mari décédé. Il n’est plus là, mais la dette reste. Je n’ai qu’un jour de repos, et encore, pas toujours complet – si on me propose un extra, j’accepte. Je fais ce que je peux pour nous nourrir tous les deux. Léo comprend tout ça et ne me demande rien de superflu. J’essaie de lui parler plus, mais je n’ai pas toujours la force. Je sais que c’est ma responsabilité, mais je ne peux pas l’envoyer à l’école affamé et en pantalon trop court, alors je travaille beaucoup. – Alina n’aurait pas dû dire tout cela, mais c’est sorti, elle en avait gros sur le cœur. La directrice se tut. Elle sembla remarquer la fatigue de la femme assise en face d’elle, ses cheveux ternes rassemblés en chignon, ses épaules tombantes. Elle eut pitié d’elle et, adoucissant son ton, ajouta : – Et surtout, Alexis travaille bien, il n’a aucun problème scolaire. Il a obtenu la troisième place à l’olympiade du quartier, participe aux concours créatifs. C’est un bon garçon, seul le comportement pose problème. Comprenez-moi, je ne peux pas ignorer les plaintes. L’enseignant n’arrive pas à le gérer, les autres parents se plaignent. Aujourd’hui, les profs ont moins de droits, mais chaque enfant veut s’imposer dans le processus éducatif. Voilà pourquoi je vous convoque, car après ces entretiens, le comportement d’Alexis s’améliore. – Je comprends. – Bien, je ne vous retiens pas plus longtemps. Parlez-lui encore à la maison, faites le point. Je suis sûre qu’il comprendra, il est intelligent, seul le comportement cloche. – D’accord, je lui parlerai. – Et toi, ne déçois pas ta maman ! – La directrice lança à l’enfant un regard sévère, sa voix se fit plus dure – Comporte-toi bien, ta mère a déjà assez de soucis ! Le garçon acquiesça, Alina se leva, comprenant que la discussion était terminée. – Faites entrer les suivants, s’il vous plaît. Bonne journée. – Au revoir. La mère et le fils quittèrent l’école. Alina respira avec plaisir l’air frais d’automne : les derniers jours d’octobre, bientôt il fera froid, mais pour l’instant il fait encore doux. Ils rentreraient à la maison, et pourraient discuter. Elle n’avait pas vraiment envie de faire la morale – cela aussi demande de l’énergie, mais comme toute mère, elle devait sûrement le faire. – Léo, dis-moi ce qui s’est passé ? L’an dernier, je n’ai pas assisté une seule fois aux réunions de parents, et cette année, je vais à l’école comme au travail. – Rien, maman, – le fils poussait des cailloux du pied. – Peut-être que la prof principale t’en veut ? Les garçons t’embêtent ? – Non, tout va bien. Les garçons sont sympas et Madame Hélène est gentille, quand on ne l’énerve pas. – Alors quoi ? Je ne comprends pas, explique-moi, s’il te plaît, – elle s’arrêta et regarda son fils dans les yeux. – En septembre, on a eu une heure de vie de classe, et Madame Hélène a dit qu’il fallait laisser les enfants se reposer. Quand tu es convoquée chez le directeur, tu demandes à quitter le travail, et le soir tu ne vas pas bosser, tu restes allongée et tu te reposes, et le lendemain tu es de bonne humeur. – Donc tu fais ça pour que je me repose ?? – s’exclama la mère, stupéfaite. – Oui. Maman, j’ai économisé de l’argent et j’ai acheté du sel marin et de la mousse pour le bain, j’ai vu ça dans une pub. Hier à la cantine, il y avait des chaussons à la confiture, et aujourd’hui des brioches. Je n’ai pas mangé, tout est dans mon sac. On rentre, on boit un bon thé, et après tu prends un bain. – Mon fils, – murmura Alina en essuyant ses larmes – Comme tu es devenu grand et attentionné ! Tu es déjà un vrai petit homme ! On va boire le thé, puis je prendrai un bain. C’est une très bonne idée. Merci infiniment. Alina lui expliquera bien sûr que faire des bêtises à l’école n’est pas la meilleure idée, et que bientôt elle aura fini de payer un crédit et il ne restera plus que l’hypothèque. Elle promettra à son fils qu’ils choisiront un jour où ils ne feront rien, même pas les devoirs, juste se reposer. En attendant, elle tient la main de son petit grand Homme et s’en va boire le thé avec des chaussons…