Cette nuit, jai rêvé dune étrange scène au cœur de Paris, sous une lumière dorée et diffuse.
Dans mon rêve, jobservais un autobus traversant lentement le boulevard Saint-Germain. Derrière le volant se trouvait Éloi Dupont, un jeune conducteur de vingt-cinq ans, au visage grave et pourtant doux. À larrêt Odéon, une vieille dame, sûrement prénommée Clémentine, aux cheveux couleur de nuage, monta élégamment dans le bus. Son foulard bleu pâle tremblotait, tandis quelle fouillait dedans à la recherche dune pièce de deux euros, soigneusement enveloppée dans son vieux mouchoir. Elle compta la somme avec minutie, sapprocha du conducteur et murmura dune voix faible :
Pourriez-vous me déposer à la prochaine station, juste devant la boulangerie, sil vous plaît ?
Le jeune homme acquiesça sans un mot, sarrêtant doucement devant la devanture. La vieille dame avança, tendit largent à Éloi avec un sourire discret et dit :
Merci, mon garçon.
Mais Éloi refusa la monnaie. Il prit soudain son portefeuille, descendit précipitamment du bus. La scène devint floue, comme un tableau impressionniste : Éloi, courant sous la lumière des réverbères, entra dans la boutique, ressortit, les bras chargés de sachets : quatre bouteilles de lait, de la crème fraîche, une baguette, des pâtes, quelques tranches de jambon. Il remit le tout dans les bras frêles de Clémentine, qui protesta faiblement :
Ce nest pas la peine, vous savez ma petite retraite me suffit pour le pain et le reste.
Mais Éloi répondit, la voix vibrante :
Si vous ne prenez pas ces courses, je les jetterai.
Clémentine se mit à pleurer, des larmes paisibles coulant sur son visage parcheminé. Elle le remercia longuement, souhaitant mille bonheurs à ce jeune homme.
Éloi remonta dans le bus. À ce moment, une femme, la quarantaine, tailleur strict et parfum fort, sindigna :
Est-ce bien raisonnable de gaspiller de largent et de perdre notre temps simplement pour recevoir quelques mercis ?
Éloi se retourna lentement, ouvrit la porte du bus qui donnait sur une rue déserte baignée dune lumière surréaliste, et déclara dune voix calme :
Cest à cause des gens comme vous que tant de nos aînés pensent que la jeunesse a le cœur sec. Vous nenseignez à vos enfants que lhypocrisie et lavidité.
La femme descendit, le visage aussi rouge quune tomate écrasée sur le trottoir de Montmartre.
Bravo, Éloi. Puisse-t-il exister plus dâmes telles que la tienne, même dans nos rêves les plus étranges.






