Je nai pas su résister Jai trompé ma femme. Jamais auparavant je naurais pensé franchir cette ligne, et pourtant, la monotonie de notre vie parisienne sest lentement installée entre nous sans que je ne men rende vraiment compte. Les silences au petit-déjeuner, les gestes habituels dans notre appartement du 17ᵉ arrondissement semblaient creuser un fossé insidieux entre elle et moi.
Anne, ma femme, était souvent à la maison, enfermée dans son quotidien de mère et de maîtresse de maison. Nos discussions tournaient autour du loyer, des factures dEDF ou du planning scolaire de Lucie et Paul. Je ne me souvenais même plus de la dernière fois où javais entendu son rire ou croisé son regard pétillant.
Cest alors quelle est arrivée.
Une nouvelle collègue au bureau, Pauline. Avec son accent chantant du Sud, sa chevelure brune et sa grâce naturelle, elle a transformé latmosphère feutrée de notre open space boulevard Haussmann. Elle navait ni contraintes, ni attaches, et savourait chaque instant avec une insouciance qui ma fasciné.
Au début, il ne sagissait que de conversations autour dun café au Comptoir de la Galerie. Quelques plaisanteries, des échanges complices, puis, sans que je men aperçoive, jattendais avec impatience chaque occasion de croiser son chemin.
Et bien vite, jai commencé à mentir.
À Anne, je murmurais des prétextes : des réunions tardives, un rapport urgent à rendre, ou une sortie improvisée avec Jérôme pour voir le dernier match au Stade de France. Elle se contentait dacquiescer, lair fatigué. Elle shabituait simplement à mes absences.
Durant près dun mois, jai courtisé Pauline. Je lui offrais des pivoines achetées au marché bio de Bastille, linvitais dîner chez Septime ou savourer une tartelette citron dans une pâtisserie de la rue Montorgueil. Nous flânions le soir sur les quais de Seine, du Pont-Neuf à lÎle Saint-Louis, mains effleurant au hasard dun pas hésitant.
Puis une nuit, près du Pont Marie, elle sest tournée vers moi, sourire en coin :
Tu viens chez moi prendre un verre ?
Jai répondu oui, sans résister.
Cette nuit fut un tourbillon de passion, doubli, détreintes sous le toit mansardé de son appartement du Marais.
Mais le matin venu, de retour rue Truffaut, un poids immense ma envahi.
Anne était assise dans la lumière tamisée du salon, tasses de café devant elle, lair inquiet.
Nos regards se sont croisés, et tout de suite, jai compris quelle avait deviné.
Les femmes, décidément, sentent toujours tout.
Elle na pas élevé la voix, ni prononcé un reproche. Seulement un silence assourdissant, avant de se lever pour préparer le petit déjeuner des enfants.
Je suis allé menfermer dans la salle de bains. Jai laissé leau brûlante de la douche couler sur moi, essayant, en vain, de me débarrasser de la honte. Mais certaines traces résistent à tout.
Quand je suis revenu dans la cuisine, elle servait déjà les croissants et le café.
Je suis épuisée, ma-t-elle soufflé. Je vais dormir.
Quelques heures plus tard, en entrant dans la chambre, je lai trouvée enroulée dans le drap, profondément endormie, la photo de notre mariage sur la table de chevet. Jai ouvert notre vieil album. Là, elle rayonnait, souriante, belle de bonheur. À ses côtés, moi, fier, amoureux, vivant.
Le choc ma ébranlé. Comment avais-je pu oublier ce bonheur simple?
Impossible de dormir cette nuit-là. Jai longuement réfléchi, les yeux grands ouverts, repassant chaque détail de notre histoire. Puis un espoir fou ma traversé : et si je tentais de la reconquérir?
Dès laube, jai appelé ma mère à Versailles et lui ai demandé de garder Lucie et Paul ce week-end. Elle a accepté avec enthousiasme.
À mon retour, jai préparé un plateau petit déjeuner, croissants, confiture maison, jus dorange pressé. Quand je lai apporté à Anne, elle ma regardé, surprise.
Quest-ce que tu fais?
Jaimerais te voir sourire, ai-je avoué.
Elle na rien dit, mais jai cru saisir une étincelle plus douce dans son regard.
Ce jour-là, je lai envoyée au spa dans le 8ᵉ pour quelques heures de détente. Lorsquelle est revenue, elle était rayonnante. Le soir même, je lai invitée dîner chez Le Procope, le restaurant de notre premier rendez-vous.
Le lendemain, nous sommes allés voir une pièce à la Comédie-Française, comme autrefois, comme au début.
Quant à Pauline, je ne lui ai plus donné signe de vie. Je navais rien à lui dire. Javais commis une erreur immense.
Mais en entendant le rire dAnne ce soir-là, jai compris quil nest jamais trop tard pour recoller les morceaux dune histoire. Jai appris à ne plus laisser la routine tuer lamour que lon porte à ceux qui comptent le plus.






