Entre un Homme et un Chat : L’Ultimatum de l’Amour, ou Comment Kristina a Trouvé le Bonheur en Chois…

Camille était assise devant sa coiffeuse, appliquant ce rouge à lèvres bien particulier «Gelée de Cerise». Louis avait un jour remarqué à quel point ça lui allait bien.

À son âge, franchement, tu attends plus vraiment de miracles. Et puis voilà : elle lavait rencontré. À un arrêt de bus, tu te rends compte ! Il lui avait laissé sa place, elle lavait remercié, ils avaient commencé à discuter.

Cétait il y a trois mois. Et ça semblait déjà être toute une vie.

Gustave, alors, comment tu me trouves ? elle se tourna vers son chat, planté sur le rebord de la fenêtre, surveillant les moineaux. Je suis belle ?

Gustave poussa un miaulement. De ces miaulements qui veulent dire «pas mal, patronne».

Ça faisait cinq ans quil partageait sa vie. Depuis ce jour-là, si sombre, où elle avait enterré son mari. Elle avait ramené le chaton à la maison en lui murmurant : «On va pleurer à deux». Au final, ils avaient appris à vivre à deux.

Un chat futé, doux, qui comprenait tout. Quand elle navait pas le moral, il venait la coller, ronronnait sur ses genoux. Et quand elle allait bien, il seffilochait dans tout lappartement comme un fou. Et chaque matin, réveil-maison : la patte sur la joue, tout en délicatesse.

Le téléphone sonna.

Camille, ma chérie, je suis en route ! la voix de Louis résonnait, tout joyeux. Ce soir, on décide de tout.

Parfait, rit-elle. Je tattends.

Ce soir, il avait promis de lui amener les clés de son appartement. Ils avaient décidé demménager ensemble ! Chez lui, dans son deux-pièces à La Rochelle, tout près de locéan. Plus spacieux, lumineux et puis lair y est si bon.

Camille se voyait déjà : le petit-déj sur le balcon avec la vue sur le port, Louis lisant Le Monde à côté.

Gustave, elle lança à son félin, on déménage ! Tu vas voir, tu vas adorer. Les fenêtres sont immenses, tu ten donneras à cœur joie avec tous les oiseaux là-bas.

Le chat sétira, sauta du rebord et vint se frotter contre ses jambes.

Bien sûr que tu viens ! Je ne pars nulle part sans toi.

Un coup de sonnette.

Louis attendait, bouquet de fleurs à la main et sourire à pleines dents. Tiré à quatre épingles, avec le genre de costume qui ne trompe pashomme daffaires qui a réussi, et il le sait.

Ma belle ! il lembrassa sur la joue. Prête pour une nouvelle aventure ?

Prête ! Camille rayonnait. Entre, je mets la bouilloire.

Assis ensemble dans la cuisine, Louis sortit un trousseau de clefs, quil posa solennellement sur la table.

Voilà. Les clefs de notre petit nid.

Gustave fit son apparition, discret sur le seuil. Il aperçut Louis, sapprocha, renifla.

Encore ce bestiau Louis grimaça. Camille, il faut que je te parle.

Quoi donc ? Elle sentit la tension, son ton était plus froid, presque coupant.

Tu vois, lappart est quasi neuf. Jai refait la déco. Or, les chats, tu sais bien, ça met des poils partout, il y a leur odeur Dailleurs, pour être franc, je fais de lallergie.

Camille sarrêta, sa tasse à la main.

Tu veux dire ?

Je veux dire que je ne vivrai pas avec un chat. Louis parlait dun ton plat, comme s’il était question dun vieux tapis. À toi de voir ce que tu fais.

Ses mots lui glacèrent le dos.

Gustave attendait à ses pieds, ses yeux dorés plantés dans les siens. Il alternait ses regards entre elle et Louis. Un regard humain, presque complice.

Au bout dun moment, Louis repartit, laissant les clefs sur la table. Camille resta là, thé refroidi devant elle, fixant ces fichues clés.

Gustave sauta sur ses genoux, se colla à elle, ronronnant tout bas, comme pour la calmer.

Quest-ce que je fais, Gustave ? chuchota-t-elle en caressant sa fourrure chaude. Dis-moi

Les mots de Louis lui trottaient dans la tête : «Décide-toi».

Mais comment décider ? Gustave était sa famille depuis cinq ans. Sa consolation, son repère. Après la mort de Paul, ce chaton lavait empêchée de sombrer.

Elle se souvenait de son arrivée chez elle, tout riquiqui, hurlant famine. Elle lavait nourri au biberon, soigné, veillé. Et ce premier ronron, là, blotti dans ses bras

Et tout le reste. Les ptits déj partagés. Les soirées canapé. Les hivers au fond du lit quand elle était malade. Sa boule de poils qui lempêchait de rester triste, apportant sa souris préférée, lair de dire : «Allez, viens te changer les idées».

Gustave leva la tête vers elle. Son regard portait une évidence.

Camille se releva, fit les cent pas dans la cuisine. Elle prit son portable, numérota le numéro de son amie Sophie puis raccrocha. À quoi bon ? Sophie dirait sûrement : «Oh Camille, franchement, pour un homme comme ça, tu sais bien, on trouve toujours une nouvelle maison pour un chat»

Mais est-ce quon peut vraiment ?

Elle alla à la fenêtre. La cour disparaissait sous la première neige de décembre. Le Nouvel An approchait. Elle en rêvait, dun réveillon à deux.

Bon, se dit-elle. Je vais demander au véto Peut-être quil connaît quelquun, une famille qui cherche un chat.

Mais même en disant ça, elle sentait un truc bloquait, crispait, refusait à lintérieur.

Le lendemain, elle passa voir Madame Dubois du troisième, la voisine qui laissait toujours des croquettes à la ribambelle de chats de limmeuble.

Dis, tu connaîtrais pas quelquun pour adopter un chat ? Un vraiment gentil, bien élevé.

Gustave, tu veux dire ? la vieille dame était interloquée. Pourquoi donc ?

Je vais déménager. Et là-bas, animaux interdits.

Madame Dubois la fixa un long moment avant de répondre :

Camille, enfin Gustave, il fait partie de toi ! Je tai vue pleurer sur lui, quand tu las trouvé ce minuscule chaton.

Les circonstances, soupira Camille.

Mais quelles circonstances peuvent être plus fortes quun vrai ami ? elle secoua la tête, un brin choquée. Je ne connais personne, et même si je connaissais, je donnerais pas. Ce serait une trahison, Camille.

Ce mot la blessa plus quelle ne pensait. Camille séclipsa précipitamment.

À la maison, Gustave lattendait derrière la porte, fidèle au poste. Un frottement contre ses jambes, un petit ronron. Il avait compris, elle en était sûre. Les animaux sentent quand quelque chose cloche.

Pardonne-moi souffla-t-elle en serrant sa boule de poils.

Le soir, appel de Louis :

Alors ? Cest réglé, le problème du chat ?

Non, je cherche encore quelquun.

Camille, sa voix se fit sèche arrête dêtre sentimentale. Tu veux une vie dadulte ou non ? Je suis un homme sérieux, jai besoin dune femme solide. Pas de quelquun qui hésite pour un chat.

Donne-moi un peu de temps.

Le temps presse. Je veux quavant le Nouvel An tu sois installée avec moi.

Elle resta longtemps là à ne rien dire, Gustave tout contre elle.

Il a raison, murmura-t-elle à son chat. Tu nes quun animal. Louis est un homme, il moffre une nouvelle vie. Où je trouverais mieux ?

Mais ces mots sonnaient faux. Complètement faux.

Troisième jour, cest Sophie qui appelle :

Camille, pourquoi tas une voix pareille ? Ça va pas ?

Elle lâcha tout. Ultimatum, recherche de famille daccueil, doutes.

Attends, la coupa Sophie. Tu veux dire quil ta dit, texto, «cest lui ou le chat ?»

Oui, en quelque sorte

Et tu devines la suite, hein ?

La suite ?

Après, ce sera : «jaime pas tes jeans». Ou :«ta copine me plaît pas, coupe les ponts». Camille, ma belle, si dès le départ, il pose ses conditions

Mais jai pas envie de finir seule ! elle semporta. Vraiment toute seule !

Vraiment ? Tes seule là ? Gustave, il compte pas ?

Camille ne répondit rien.

Après lappel, elle saffala sur le canapé. Gustave sinstalla tout près.

Dis-moi franchement, plaisanta-t-elle si je te laisse, tu vas déprimer ?

Le chat lui répondit dans son langage, tout en ronrons.

Et moi, tu crois que je pourrais être heureuse, en tayant trahi ?

Elle le caressa doucement. Il leva la tête vers elle, plein de confiance et damour.

Mon Dieu, chuchota Camille. Cest pas possible

Le téléphone vibra à nouveau. Louis.

Camille, demain cest samedi. Je passe te prendre. Et jespère que cest réglé, cette histoire de chat.

Elle jeta un œil à Gustave. Pelotonné tranquillement sur son coussin.

Louis, écoute. Il me faut encore un peu de réflexion.

Réfléchir à quoi ?! Le ton montait. Faut casser ta vie pour un chat ? Ça va pas la tête ?!

Peut-être que tu pourrais ty habituer ? Il est propre, tu sais, très sage

Jai une allergie, point final ! Et puis, Camille, je vois que tu nes pas prête pour une vraie relation. Tas jusquà demain. Dernier délai.

Bip bip. Il avait raccroché.

Camille sassit, dans un silence à peine interrompu par le ronronnement de Gustave.

Voilà, soupira-t-elle. «dernier délai», cest beau ça.

Elle se sentit soudain glacée, non par la peur de la solitude, mais à lidée quelle était presque prête à trahir celui qui ne lavait jamais forcée à choisir. Jamais.

Le samedi arriva, gris et humide. Nuit blanche pour Camille. Un sommeil tout en cauchemars : elle marchait dans un couloir infini, et au bout, il y avait Louis et Gustave. Et fallait choisir.

Au réveil, Gustave était comme toujours à ses pieds. Il sétira, vint lui faire un câlin sur loreiller.

Bonjour, mon trésor, elle enfouit son visage dans sa fourrure.

Elle alla préparer le thé, servit des croquettes, changea leau. Les mains tremblaient.

Quest-ce que je fais, hein ? lança-t-elle à Gustave.

Il leva la tête, lair de tout comprendre.

Peut-être quil a raison Peut-être que je ne suis pas faite pour les grandes histoires ? Peut-être que je maccroche au passé ?

Mais au fond, elle savait. Ce nétait pas son discours.

Onze heures. Sophie rappela.

Camille, alors ? Tas décidé ?

Je sais pas, Sophie. Le cœur dit une chose, la raison une autre.

Et ton cœur, que dit-il ?

Camille regarda Gustave à la fenêtre, absorbé par un moineau.

Que je peux pas labandonner.

Ben voilà ! sexclama Sophie. Camille, ouvre les yeux ! Un homme qui te force à choisir comme ça il ny a pas damour possible là-dedans.

Après avoir raccroché, Camille prit Gustave dans ses bras.

Tu sais quoi ? Sophie a raison. Je ne suis pas seule. Je tai toi. Et je suis bien.

Le chat ronronna de plus belle.

Peut-être que Louis nest pas le bon. Peut-être que le bon saura taimer toi aussi, qui sait ?

À quatorze heures, la sonnette retentit. Camille sursauta, cœur emballé.

Louis, sur le palier, la mine fermée et une petite valise à la main.

Alors, cest bon ? Tas tout rassemblé ?

Entre, Louis. Faut quon parle.

De quoi ? Il regardait partout dans lentrée. Où est le chat ? Jespère que tu tes décidée ?

À ce moment-là, Gustave sortit de la cuisine, sarrêta net en le voyant.

Voilà, fit Louis. Camille, on avait dit

Jai décidé, dit-elle doucement.

Et ?

Et je ne peux pas labandonner.

Louis simmobilisa.

Comment ça, tu peux pas ?

Je peux pas. Cest mon ami. On a cinq ans dhistoire.

Et moi, je suis quoi pour toi alors ?

Camille le fixa. Et soudain, ce nétait plus lhomme dont elle était tombée amoureuse. Juste quelquun qui voulait avoir raison. Qui cherchait à tout contrôler.

Jai de laffection pour toi, Louis. Mais jamais Gustave ne ma forcée à choisir.

Tu me compares à un chat ?!

Je ne compare pas. Jexplique : il maime sans conditions.

Louis sapprocha, déconcerté.

Tu te rends compte ? Tu jettes notre histoire pour un chat ?

Pas du tout. Je fais ce qui compte pour moi.

Gustave vint tranquillement se frotter à ses jambes. Elle le souleva dans ses bras.

Tu comprends, reprit Louis, plus sec je toffre la sécurité, un avenir. Et tu préfères ce ce chat ?

Ce nest pas «un chat». Cest Gustave. Mon Gustave.

Il na rien de spécial !

Camille comprit, enfin, que cétait terminé.

Tu sais Louis, répondit-elle calmement la seule chose spéciale, cest quil ne ma jamais posé dultimatum.

Louis resta bouche bée, puis la colère le saisit.

Cest comme ça ? Tu choisis ton fichu chat ?

Il resta figé une seconde, puis ramassa sa valise.

Tu es vraiment bête, Camille. Tu laisses passer ta chance. Un homme comme moi, tu ne retrouveras pas.

Peut-être bien, admit-elle. Mais des Gustave, il ny en a pas deux non plus.

Il claqua la porte avec violence.

Camille se retrouva seule. Le silence retomba dans lappartement.

Elle alla sasseoir en cuisine, Gustave sur ses genoux.

Et voilà, lui confia-t-elle. Juste nous deux, encore une fois.

Le chat leva les yeux vers elle. Puis, avec une tendresse rare, se frotta contre sa main.

Elle sentit la tension senvoler, remplacée par une légèreté nouvelle, comme si elle venait de déposer un lourd fardeau.

Tu sais quoi, Gustave ? elle sourit On a bien fait. Vraiment bien fait.

Le soulagement lui parut dun coup évident. Enfin, elle était en paix.

Mars. Dehors, la gouttière ruisselait, les premières fleurs pointaient leur nez, et les moineaux jacassaient comme des fous. Camille arrosait ses violettes elle sétait lancée dans une serre ces derniers mois.

Regarde ça, Gustave ! elle lui montra une nouvelle fleur éclose.

Le chat vint humer la plante, lâcha un miaulement satisfait.

Trois mois sétaient écoulés. Au début, cétait dur pas à cause de la solitude, mais des questions. «Et si javais eu tort ? Et si cétait ma dernière chance ?»

Puis, petit à petit, tout sétait remis à vivre autour delle.

Camille avait repris le piano, donné des cours à deux élèves : la petite Jeanne et Maxime, un ado timide. Lappartement sétait rempli de musique, déclats de rire, de mouvements.

Madame Moreau, il est mignon, votre chat ! sécria Jeanne la première fois.

Cest Gustave, mon compagnon.

Je peux le caresser ?

Bien sûr.

Gustave, seigneur quil est, se laissa faire et offrit même un ronron de bienvenue.

Et puis il y eut cette anecdote. Camille croisa Monsieur Chalendar, le veuf du cinquième, en promenade dans la cour.

Il est beau, votre matou, remarqua-t-il, apercevant Gustave.

Merci. Vous aimez les animaux ?

Beaucoup. Javais une chienne, Capucine. Partie il y a deux ans. Je songe parfois à reprendre un compagnonon se sent vite seul, tu sais…

La conversation dura un bon moment. Monsieur Chalendar savéra passionnant, cultivé, dune grande gentillesse.

Et Gustave, il accepte les invités ?

Tu sais, il a le nez pour ça. Il naime que les gens de confiance.

Espérons quil maccepte, alors, samusa-t-il.

Test passé, haut la patte !

Désormais, Camille souriait sincere, regardant Gustave paresser au soleil. Sa vie avait pris une autre tournure. Pas celle quelle avait imaginée, mais une belle.

Elle sinstalla au salon avec un thé. Gustave vint aussitôt sinstaller sur ses genoux.

Merci, murmura-t-elle en le caressant. Grâce à toi, jai compris quun amour vrai nexige jamais de trahison.

Gustave ronronnait, bienheureux. Le bonheur simple.

Depuis, Camille na plus peur dêtre seule. Car elle a compris : tant quon est entouré d’amour sincère et sans condition, on nest jamais vraiment seul.

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Entre un Homme et un Chat : L’Ultimatum de l’Amour, ou Comment Kristina a Trouvé le Bonheur en Chois…
J’ai quarante-cinq ans. Ce n’est qu’il y a deux semaines que j’ai compris quelque chose de bouleversant à propos de ma mère — une vérité qui me fait honte encore aujourd’hui. Je n’arrive pas à croire que je n’en aie pas pris conscience plus tôt. Elle a quatre-vingts ans. Elle vit seule dans une petite maison beige, où elle habite depuis presque cinquante ans. Celle-là même — avec les volets écaillés et les vieux appareils électroménagers qu’elle refuse obstinément de changer parce que, dit-elle, « ils marchent encore ». Mercredi dernier, elle m’a appelé pour me dire : — Denis… j’aurais besoin d’aide avec ma liste de courses. Tu pourrais passer ? Je commence à oublier des choses, il me semble. Ma première réaction ? De l’irritation. Des délais au travail. Les activités des enfants. Les factures sur la table. Des centaines de soucis qui m’arrachent dans tous les sens. — Dis-moi juste ce qu’il te faut, ai-je répondu. Je commanderai tout en ligne. Elle est restée longtemps silencieuse. Puis, d’une voix à peine audible, elle a murmuré : — J’aimerais que tu viennes. Je suis venu. Trois sacs de courses bien rangés m’attendaient déjà dans la cuisine. — Maman… tu es déjà allée au supermarché, non ? ai-je demandé, un peu perdu. Elle a haussé les épaules : — Ce n’est que le strict nécessaire. Il me manque encore quelques trucs. Elle a ouvert son carnet — ce vieux cahier à spirales qu’elle utilise depuis des années — et me l’a tendu. Sur la liste, il y avait écrit : • raisins • essuie-tout • crème pour le café • compagnie Tout s’est figé en moi. Elle avait l’air gênée — comme une enfant surprise à faire une bêtise. — Je… je ne savais pas comment t’inviter autrement, a-t-elle murmuré. Tu es toujours si occupé. Je voulais pas te déranger. Ces mots — simples, prononcés tout bas — m’ont bouleversé plus que tout ce que j’ai pu vivre ces dernières années. Ma mère. Cette femme qui travaillait deux boulots et n’a jamais raté un seul de mes spectacles ou tournois à l’école. Qui a gardé tous mes dessins d’enfant. Qui s’est mise en retrait pendant toute une vie. Elle s’est sentie obligée de prétexter des courses pour mériter la visite de son fils. Je l’ai serrée si fort qu’elle a ri : — Doucement, tu vas finir par me casser ! On n’est finalement pas allés au supermarché. On s’est assis à la petite table de la cuisine, avec ces serviettes tournesol posées là depuis les années 90. On a parlé du nouveau chien des voisins. De papa. De comme il nous manque. Je suis resté plus longtemps que prévu. On a bu du vieux café lyophilisé. Et j’ai écouté — vraiment écouté — comme elle l’a tant fait pour moi. Quand je suis parti, elle m’a raccompagné jusqu’à la porte et m’a tenu la main un peu plus longtemps que d’habitude. — Tu viens d’illuminer toute ma semaine, mon soleil, a-t-elle murmuré. Sur la route du retour, une seule pensée me hantait : Combien de fois est-elle restée devant la fenêtre, espérant voir ma voiture arriver dans l’allée ? Combien de fois s’est-elle dit : « Il viendra quand il aura le temps », et la maison lui répondait par le silence ? J’ai compris qu’au fil de la vie d’adulte — entre le travail, les obligations et le vacarme du quotidien — j’ai fini par traiter ma mère comme une case de mon agenda. Mais pour elle je n’ai jamais été une case. J’étais son monde. Et tout ce qu’elle souhaitait — c’était une heure avec son fils dans la maison où elle l’a vu grandir. Internet.