Tu sais, jai vingt-neuf ans, et franchement, je commence à me demander si je ne suis pas la femme la plus naïve de France. Jusquà il ny a pas si longtemps, je croyais que tout allait très bien dans ma petite famille. Jétais tellement persuadée davoir fait le bon choix Eh bien, je me suis trompée. Mon mari un vrai égoïste, et en plus, il ma trahie. Jai encore du mal à réaliser quil a pu me faire ça.
Ça fait dix ans quon se connaît, et six ans quon est mariés. Il sappelle François. Il a toujours été du genre attentif, très prévenant aussi. Il subvient à nos besoins, à moi et aux enfants, sans souci. On a deux petits : un garçon et une fille. Cest avec mon aide dailleurs que François a pu lancer sa boîte. Ce business marchait bien, il rapportait pas mal dargent.
De mon côté, jétais vendeuse en boutique à Paris, et depuis quelque temps, jai ouvert mon propre site en ligne de vêtements. Du coup, pendant que la petite, Élodie, est à la maternelle et que le petit Augustin fait la sieste, je bosse et je gagne mes propres sous.
Niveau poids, jai toujours tourné autour de cinquante-quatre kilos. Mais après ma deuxième grossesse, jai pris vingt kilos dun coup. Jespérais que courir partout derrière deux enfants allait me faire perdre tout ça, mais on sen doute, cétait loin dêtre aussi simple. Jai fini par changer mon alimentation, faire un max de sport, boire des litres deau et dire adieu à la baguette mais rien à faire, mon poids na pas bougé et jai commencé à vraiment complexer.
Depuis la naissance dAugustin, je ne me reconnaissais plus dans le miroir. Je narrivais plus à me sentir féminine, ni belle Et François, je le voyais bien, il changeait. Il ne me faisait plus de bisous, plus de câlins, même pas un mot gentil. Lintimité, nen parlons même pas ! Jai même oublié la dernière fois où on a eu une vraie conversation. Tout se limitait à « qui va chercher les enfants », ou « il ne faut pas oublier dacheter du lait ».
Bon, je te laccorde, avant dêtre maman je me sentais beaucoup mieux dans ma peau. Aujourdhui, franchement, je nose même plus me regarder toute nue. Je sais très bien que notre relation en a pris un coup. Du coup, jai voulu changer les choses. Un jour, je me suis dit : Tiens, si je faisais une petite surprise à mon mari ? Je me suis pointée à son bureau avec un bon petit déjeuner. Jarrive devant la porte de son bureau et là, jentends une voix de femme :
« Mon cœur, ne ten fais pas, je passe te voir après le boulot. Jai dit à ma femme que jai du boulot jusquau cou. Elle na même pas idée que tu existes ! »
Jai pas eu le courage dentrer. Demi-tour direct.
Et il ne capte même pas que si jai grossi, cest parce que je suis la mère de ses enfants Lui aussi nest pas franchement mince mais il ne voit que mes défauts.
Du coup, je me demande Est-ce quen plus de tout ça, il me prend pour une idiote ?
Jai jamais eu la force de tout balancer à François, de lui dire que javais tout entendu. Quest-ce que je dois faire ? Demander le divorce ? Mais les enfants alors ? Comment vont-ils vivre sans papa ? Ou bien je fais comme si de rien nétait ? Franchement, je ne sais pas si je tiendrai le coup.
Pour linstant, jai décidé de prendre soin de moi. Je me suis inscrite à une salle de sport à deux pas de chez moi. Avant tout, je vais lui montrer ce quil a perdu, et on verra bien pour la suiteAu début, je me sentais déplacée, étrangère parmi tous ces corps déterminés. Mais la première semaine, jai osé lever la tête, et cest là que je lai vue. Une femme, la cinquantaine entamée, musclée et solaire, qui ma souri avec une telle bienveillance que jai failli pleurer. Elle sappelle Anne, et ma tout de suite mise à laise. À force de café partagés après le sport, on sest raconté nos vies elle aussi avait cru un jour être une « femme naïve ».
Chaque séance ma rendue un peu plus forte. Non, je nai pas fondu dun coup. Mais jai retrouvé de la fierté, et surtout le goût de respirer pour moi, pas pour François, pas pour les enfants pour moi. Jai appris à lever la tête, à sourire à mon reflet, avec indulgence.
Un samedi matin davril, alors que je sortais dun cours de yoga, la lumière parisienne caressait la rue et jai pris mon téléphone. Enfin, jai trouvé le courage. Jai écrit à François. Un message simple, sans haine, sans reproche, juste ce que javais sur le cœur : que tout était fini, mais que jallais bien, que je ne voulais plus quon fasse semblant.
Ce soir-là, jai mis ma plus belle robe jaune (tu sais, celle achetée sur un coup de tête quand je me trouvais trop grosse), jai commandé des pizzas pour les enfants, et on a ri, fort, ensemble. Pour la première fois depuis longtemps, jai compris que jétais mille fois plus vivante que je ne laurais cru.
Peut-être que plus tard, je tomberai amoureuse à nouveau. Peut-être pas. Mais aujourdhui, jai choisi de maimer avec mes rides, mes kilos, mes doutes. Et tu sais quoi ? Je crois que ce nest pas de la naïveté. Cest juste la vraie liberté.





