Si je suis une mauvaise maîtresse de maison, allez donc à l’hôtel ! – ai-je lancé à ma belle-mère. M…

Si je suis une mauvaise maîtresse de maison, eh bien, allez vivre à lhôtel ! ai-je lancé à ma belle-mère. Mon épouse a vite regretté davoir invité ses parents pour les fêtes.

Enfin arrivés ! Mes chéris, je suis si heureuse de vous voir ! Et voilà mon amie nous avons décidé de venir ensemble, pour changer dair quelques jours.

Ma femme et moi, on sest jeté un regard. Évidemment, cétait le « meilleur » moment pour lui dire quon nattendait quelle et encore, on avait pu la prendre parce que si elle avait appelé dix minutes plus tard, mon épouse naurait pas pu se libérer du travail.

Mais avec léducation quon a reçue, impossible de faire une scène devant une inconnue. On a forcé un sourire, salué « lamie » et on leur a installé tout le monde dans ma voiture.

Sur le chemin, ma belle-mère na pas arrêté de parler. Sa copine, silence total, le regard vissé sur la fenêtre. Un instant, jai pensé : « Bon, avec un peu de chance, elle ne posera pas de soucis. » Espoir naïf.

Les ennuis ont commencé dès le seuil de lappartement, quand notre petit chien est venu les accueillir.

Oh là là ! a hurlé la copine, à me casser les oreilles.

Le chien, effrayé, sest mis à aboyer ; instinctivement, je recule, me cogne contre lencadrement, et je vois soudain flou. Mon épouse, agacé, lance une remarque : de ne pas crier comme ça, ici cest un immeuble, il y a des voisins et, surtout, on aime garder notre ouïe intacte.

Je nai jamais vu de petits chiens comme ça ! répond-elle en haussant les épaules.

Mon épouse répète, plus calmement, quelle peut « sétonner » mais quil vaut mieux le faire discrètement, puis tout le monde entre.

Je dresse la table avec ce que javais préparé.

Oh, je ne mange jamais de poisson fait la grimace linvitée, alors que je sers les amuse-bouches.

Pas de problème, il y a de la salade, des pommes de terre, de la charcuterie et dautres choses.

Vraiment, rien ne me tente soupire-t-elle, façon tragédienne.

Ma femme et moi, on se dévisage, on regarde la belle-mère qui ne voit pas de problème. On aurait dit que cétait tout à fait normal de se comporter ainsi chez quelquun.

Je débarrasse la table, sans rien dire. Pas dénergie pour lancer les hostilités dès la première heure.

Vient lheure du couchage.

On vit dans un petit appartement, mais on avait prévu fauteuil convertible et deux matelas gonflables au cas où, si jamais. Le plan était simple : belle-maman sur le fauteuil, sa copine sur le matelas, dans la cuisine.

Lamie jette un regard au matelas comme si cétait une punition.

Vous trouvez ça confortable ?

Mon épouse sourit, un peu crispé :

On a dormi dessus nous aussi, on nest pas morts.

Jacquiesce. En vérité, on rongeait tous les deux notre frein.

Tout ça pour rien, finalement.

Les jours suivants furent une interminable suite de « rien ne va ».

Un repas trop salé, lautre sans goût, ce plat inadéquat pour des invités Belle-maman acquiesçait et ajoutait ses propres remarques « amicales », plus piquantes que des orties.

Une fois les visiteurs partis, jai constaté la disparition dun jeu de draps tout neuf et de plusieurs serviettes. Du frigo, envolés les meilleurs produits charcuterie, pâtisseries, fruits. Mais le pire, cétait la conversation après.

Ma belle-mère appelle pour se plaindre quon nétait pas assez hospitaliers, quon navait « rien prévu de culturel ».

Elle, chez qui, quand on va « en visite », je fais les tâches pénibles, et mon épouse devient un manutentionnaire, « parce que cest comme ça ».

Et pour finir, la phrase qui a mis le feu aux poudres :

Tu es vraiment mauvaise maîtresse de maison. Mon amie na rien aimé Moi jai vu de tout, mais là

Mon épouse sénerve enfin :

Primo, personne na invité cette « amie ». Deuxio, personne nest obligé de supporter des caprices chez soi.

Je sors ce que je retiens depuis des jours :

Si je suis si mauvais hôte la prochaine fois, vivez donc à lhôtel ! Toi, et ta « copine ». Là-bas, vous pourrez faire vos exigences.

Au bout du fil, des protestations scandalisées : « Dormir sur un matelas, pire que la gare ! Vous aviez du confortable pour vous, rien pour nous ! »

Le coup de fil s’est achevé dans les cris et un silence prolongé.

Franchement ? Mon épouse semblait soulagée.

Et moi, bien plus encore.

Des semaines sont passées, puis un jour, ma belle-mère mappelle au pire moment.

Je décroche, me disant que cest peut-être grave.

Nous prenons la route avec mon amie annonce-t-elle, tout naturellement. Puisque vous nêtes pas là, on pourrait rester deux semaines dans votre appartement. Où est la clé de secours ?

Je suis resté un instant stupéfait. Puis un sentiment de calme ma envahi. Froid, mais net.

Oui, il y a une clé ai-je répondu. Notez ladresse.

Vas-y.

Ladresse de lhôtel le plus proche. A la réception, vous recevrez la clé soit pour une chambre avec matelas, soit avec lit « royal ». Selon ce que vous paierez.

Silence à lautre bout, puis menaces, insultes, « plus jamais je ne vous inviterai ».

Jai simplement raccroché et coupé mon portable.

Je nai jamais su comment elles se sont débrouillées. Et honnêtement, ça ne mintéressait pas.

Jai été soulagé pour de bon : elle na jamais rappelé.

Et si un jour elle retentait de venir avec « lamie », je sais davance quoi répondre.

Ce que je retiens ? Lhospitalité a ses limites. Offrir sa maison nest pas une obligation surtout pas avec des gens qui arrivent sans invitation, avec leurs exigences et aucune gratitude. Désormais, lhôtel est la meilleure réponse à lingratitude.

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