Ma femme emmenait le chien chez le vétérinaire, déjà convaincue d’avoir commis une erreur fatale – et, désormais, notre foyer comptait deux êtres malchanceux au lieu d’un seul… Tout s’est éclairci dès l’arrivée du chaton à la maison. Enfin, “l’arrivée”… on l’a trouvé dans une benne. Jeté là par quelqu’un. Ma femme était sortie sortir les poubelles et est revenue avec un nouveau membre de la famille : Névique, ce chaton qu’on a appelé ainsi pour “malchance”. Première action : plonger ses pattes avant dans le potage brûlant, puis, en hurlant de douleur, finir les pattes arrière dans la crème fraîche. Et ensuite, tout s’est enchaîné… Névique cumulait les mésaventures : entorses aux quatre pattes en sautant du lit, vases et bols tombés sur la tête après avoir tout renversé, souris déguisées en camarades de jeu, et même électrocutions… Mais il a survécu, à la stupéfaction générale. Ma femme l’a même emmené chez des guérisseuses, qui riaient tout en encaissant, mais ont fini par refuser de le voir après qu’il a détruit leur vaisselle. Au bout du rouleau, elle a suivi le conseil d’une amie : offrir à Névique un compagnon. À la joie générale (et pour une coquette somme), on a accueilli Rex, un “terreur” chihuahua, à l’aboiement ressemblant plus à une toux. Le lendemain, Rex se fait pincer dans une tapette à souris – direction le véto, ma femme s’interrogeant sur ses choix… Maintenant, ils étaient deux à attirer les catastrophes ! Névique a pris Rex sous son aile : ils se faisaient attaquer par des guêpes, poursuivis par des oies et picorés par des poules… Jusqu’au fameux matin où, à force de barrer la porte au maître qui partait travailler, ils lui ont sauvé la vie : un camion de lait a explosé sa voiture, garée devant la maison. Depuis, le maître ne sort plus sans demander d’abord à son duo “Alors, dehors, c’est sûr ?” Et les deux complices continuent à attirer les ennuis, mais on ne compte plus les pertes : on les porte dans nos bras, on les embrasse, on les essuie après chaque bêtise. Rex a un collier flambant neuf, Névique une collection d’arbres à chat : bien sûr, il préfère dormir aux pieds des maîtres, pour mieux en tomber la nuit et réveiller Rex, qui surgit pour le défendre, prêt à tout. Toute la maison finit par s’endormir, le duo bien calé entre nous, et c’est reparti pour un nouveau jour d’aventures… Et au fond, si vous ne voyez toujours pas où je veux en venir, passez votre chemin : tout ça n’est qu’une question d’amour – car Rex et Névique sont aimés, malchance ou pas. Et ça, c’est la vraie chance !

La femme emmenait sa chienne chez le vétérinaire, et déjà une petite voix en elle murmurait quelle avait peut-être fait une erreur irréversible. Désormais, il y avait à la maison non plus un, mais deux êtres frappés par la déveine…

Tout cela devint évident dès que le chaton arriva chez eux. Enfin, arriva… on lavait trouvé abandonné près des poubelles, minuscule boule de poils jetée là par quelquun dinsensible.

En descendant sortir les ordures, la femme était revenue avec un nouveau membre pour la famille. On lappela Flavien un clin dœil à malchanceux.

Dès ses premiers pas dans la maison, Flavien se coinça les pattes dans une casserole de soupe chaude. Et alors que la femme tentait de saisir le chaton hurlant de douleur sur la table, il glissa et posa ses pattes arrières dans un bol de crème fraîche. Ce fut le début dune longue série de mésaventures…

Flavien se retrouvait sans cesse dans des situations improbables : il parvint à se fouler toutes les pattes simplement en sautant du lit. Renversant verres, bols, et vases, il réussissait chaque fois à se prendre lobjet en pleine tête en sautant juste au mauvais moment.

Si un peu de sel traînait sur la table, chacun couvrait aussitôt la salière de la main, car on savait que Flavien allait bondir dessus et plonger pile dans le sel !

Trois fois, il se fit électrocuter. Dordinaire, aucun autre chat naurait survécu. Mais, miraculeusement, son Ange gardien veillait, et le vétérinaire parvint chaque fois à le sauver…

À plusieurs reprises, Flavien voulut plonger dans le seau deau destiné au ménage. On finit par ne jamais laisser de seau sans surveillance.

Il avait aussi une façon toute particulière de sauter : il ratait systématiquement sa cible, se cognant dans tous les recoins angles, miroirs, accoudoirs…

Vous voyez le genre.

La femme lemmena consulter des guérisseuses, qui riaient, prenaient largent puis chassaient la mauvaise fortune en faisant tourner un œuf sur lui. Mais après que Flavien eut mis en pièces la vaisselle de chaque sorcière, plus personne ne voulut le recevoir.

Épuisée par toutes ces péripéties, la femme demanda conseil à une amie, qui lui souffla dadopter un compagnon pour Flavien peut-être un chien.

Lidée enflamma son enthousiasme. Pour la plus grande joie de sa fille et delle-même, elle dépensa une somme coquette en euros et ramena un étrange animal : une minuscule chienne de race chihuahua.

Pourquoi étrange ? Avez-vous déjà vu ce genre de créature, vaguement apparentée à un chien ? Et avez-vous entendu ce mélange daboiement et de toussotement ?

Si oui, vous me comprenez.

Le lendemain, tout séclaircit. Il faut dire quils habitaient une jolie maison ancienne et que les souris ne manquaient pas…

Flavien navait pas peur des souris, bien au contraire ! Il adorait les observer et, parfois, jouer à chat avec elles, doù linstallation prématurée de tapettes à souris.

Un jour, ce fut la pauvre chihuahua prénommée Ursule qui se retrouva prise dans une de ces tapettes.

La femme dut courir chez le vétérinaire pour une chienne geignarde, réfléchissant que décidément, ce n’était peut-être pas une bonne idée. Désormais, deux mal-lotis partageaient leur toit…

Flavien prit Ursule sous son aile. Ensemble, ils sortaient explorer le jardin, et il suffisait dun clin dœil pour les voir glisser sous les griffes dune fourmi, se faire piquer par guêpes ou abeilles, se faire pincer par les oies ou picorer par les poules. Les tracas ne manquaient jamais.

Un beau matin, pourtant, tout changea

Le mari de la femme garait sa voiture devant la maison. Il fermait la barrière, prenait son café, puis partait travailler.

Mais ce jour-là, Flavien renversa la tasse de café, fit tomber au sol le croissant, puis, au lieu de se cacher sous la table, alla se poster devant la porte, tel un rempart infranchissable.

Le mari tenta de le déplacer, mais ne récolta quun coup de patte griffue et un dos arqué.

Ah! Sale bête! cria-t-il. Non content de renverser café et croissant, tu grattes maintenant? Ouste, fiche-moi le camp !

Il donna un léger coup de pied pour léloigner, et cest alors…

Que du dessous du canapé bondit la chienne effarée, toussant comme un vieux fumeur, et se plaça bravement devant Flavien, prête à défendre son ami félin !

Petite Ursule, tremblant sur ses pattes frêles, fit face, les dents serrées et les yeux pleins de détermination.

Tout son corps disait : Tu devras me passer sur le corps ! Je ne bougerai pas ! Je préfère mourir que de labandonner !

Laffaire devenait sérieuse.

Vous êtes fous ! lança le mari exaspéré. Jsuis déjà en retard !

Il fila réveiller sa femme.

Debout, il faut que jaille travailler ! Les deux couillons ne me laissent pas passer !

Quoi ? Qui ? sétonna-t-elle, à moitié endormie.

Ils allèrent ensemble voir les deux acolytes toujours barrés devant la porte, quand soudain, un violent fracas retentit dehors.

En ouvrant la barrière, ils découvrirent le désastre : un gros camion-laitier, dont les freins avaient lâché, venait demboutir leur voiture, la réduisant en une masse de ferraille broyée.

La nouvelle tasse de café glissa des mains du mari… Le conducteur, frappé par une crise cardiaque, fut emmené par les secours. Pareil accident, ça narrive pas tous les jours…

*****

Depuis, Flavien et Ursule laissaient passer le maître, mais celui-ci, avant de sortir, sarrêtait à chaque fois devant le duo, lançant :

Alors, cest bon les amis ? Aucun danger dehors ?

Ursule montrait les crocs sérieusement et hochait la tête…

Pensez-vous quils sont devenus chanceux pour autant? Eh bien non.

Leurs aventures folles se poursuivent inlassablement. Mais désormais, personne ne se lamente, ne compte les pertes ou ne gémit sur leur malchance.

On les cajole, on les embrasse, on les nettoie après la crème ou la soupe. Ursule a eu droit à un joli collier chic, Flavien à des griffoirs dans chaque pièce et un petit lit douillet rien que pour lui.

Mais il préfère dormir aux pieds des maîtres, doù il tombe régulièrement, déclenchant des miaulements nocturnes…

Son amie Ursule, qui elle dort dans ce fameux panier, accourt au moindre cri, toussant de tout son souffle, prête à défendre son chat chéri.

Au bout dun moment, la famille complète retrouve le chemin du sommeil. Flavien et Ursule sont installés entre les deux époux et tout le monde peut finir la nuit tranquillement…

Mais si tout cela vous laisse perplexe, passez votre chemin !

Car, comme toujours, il nest question ici que de lessentiel : lamour. Croyez-moi, on naime pas Flavien et Ursule parce quils auraient porté chance ou malheur, mais simplement parce quils existent.

Et cest là, le plus grand des bonheurs.

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Ma femme emmenait le chien chez le vétérinaire, déjà convaincue d’avoir commis une erreur fatale – et, désormais, notre foyer comptait deux êtres malchanceux au lieu d’un seul… Tout s’est éclairci dès l’arrivée du chaton à la maison. Enfin, “l’arrivée”… on l’a trouvé dans une benne. Jeté là par quelqu’un. Ma femme était sortie sortir les poubelles et est revenue avec un nouveau membre de la famille : Névique, ce chaton qu’on a appelé ainsi pour “malchance”. Première action : plonger ses pattes avant dans le potage brûlant, puis, en hurlant de douleur, finir les pattes arrière dans la crème fraîche. Et ensuite, tout s’est enchaîné… Névique cumulait les mésaventures : entorses aux quatre pattes en sautant du lit, vases et bols tombés sur la tête après avoir tout renversé, souris déguisées en camarades de jeu, et même électrocutions… Mais il a survécu, à la stupéfaction générale. Ma femme l’a même emmené chez des guérisseuses, qui riaient tout en encaissant, mais ont fini par refuser de le voir après qu’il a détruit leur vaisselle. Au bout du rouleau, elle a suivi le conseil d’une amie : offrir à Névique un compagnon. À la joie générale (et pour une coquette somme), on a accueilli Rex, un “terreur” chihuahua, à l’aboiement ressemblant plus à une toux. Le lendemain, Rex se fait pincer dans une tapette à souris – direction le véto, ma femme s’interrogeant sur ses choix… Maintenant, ils étaient deux à attirer les catastrophes ! Névique a pris Rex sous son aile : ils se faisaient attaquer par des guêpes, poursuivis par des oies et picorés par des poules… Jusqu’au fameux matin où, à force de barrer la porte au maître qui partait travailler, ils lui ont sauvé la vie : un camion de lait a explosé sa voiture, garée devant la maison. Depuis, le maître ne sort plus sans demander d’abord à son duo “Alors, dehors, c’est sûr ?” Et les deux complices continuent à attirer les ennuis, mais on ne compte plus les pertes : on les porte dans nos bras, on les embrasse, on les essuie après chaque bêtise. Rex a un collier flambant neuf, Névique une collection d’arbres à chat : bien sûr, il préfère dormir aux pieds des maîtres, pour mieux en tomber la nuit et réveiller Rex, qui surgit pour le défendre, prêt à tout. Toute la maison finit par s’endormir, le duo bien calé entre nous, et c’est reparti pour un nouveau jour d’aventures… Et au fond, si vous ne voyez toujours pas où je veux en venir, passez votre chemin : tout ça n’est qu’une question d’amour – car Rex et Névique sont aimés, malchance ou pas. Et ça, c’est la vraie chance !
« Surtout, ne viens pas à mon mariage. Il n’y aura là que des gens fortunés », a dit la fille à son père.