Désolée de ne pas avoir été à la hauteur de vos attentes ! Tout s’est déroulé comme dans un vaudeville ou une série mélodramatique : le soir, Paul était sur l’ordinateur pendant que sa femme, Yaël, s’affairait dans la maison ; l’alarme de la voiture s’est déclenchée et Paul a filé dehors tel qu’il était (heureusement, c’était l’été !). Et voilà que Yaël, en dépoussiérant la table, déplace distraitement la souris d’ordinateur, rallumant ainsi l’écran en veille. Jamais il ne fut dans les habitudes de Yaël d’épier le téléphone de Paul, de fouiller ses poches ou de jeter un œil par-dessus son épaule — elle trouvait cela déplacé. Mais là, tout s’est fait accidentellement, sans aucune préméditation. D’un regard distrait à l’écran, Yaël aperçoit une conversation, un dialogue sur un site internet. Gênée, elle détourne les yeux, mais a le temps de lire le mot « chérie ». Honteuse de son indiscrétion et pensant qu’il s’agissait simplement d’un « ma chérie a dit que … » ou même d’un « c’est mon fromage préféré ! », elle jette cependant un nouveau coup d’œil. « Oui, ma chérie, — écrivait Paul, n’ayant pas peur d’utiliser sa photo sur un site de rencontres — bien sûr, on se voit demain, comme prévu ! Je repense à notre dernier rendez-vous chaque heure. Tu es un vrai feu d’artifice ! » – « Et toi, mon nounours adoré, — répondait une belle rousse toute mince — j’ai encore mal partout ! » La conversation devenait ensuite nerveuse, lorsqu’il a quitté précipitamment la maison : « Nounours, tu es là ? Je m’ennuie déjà ! Où es-tu passé ? » Toujours la serpillière à la main, Yaël s’est effondrée sur le canapé. Eh oui, c’est donc ça ! Paul avait bien prévenu que demain il avait une « réunion essentielle » au travail à laquelle il était impossible de se soustraire. Yaël lui avait donc soigneusement repassé son pantalon, choisi une cravate et parfaitement repassé sa chemise. Maintenant, tout était clair sur la nature réelle de « l’événement » pour lequel elle préparait Paul… …De retour, Paul raconta, indigné, qu’un ballon avait heurté sa voiture, lancé par de jeunes voyous. Il gesticulait, criait, tandis que Yaël l’écoutait distraitement, acquiesçant machinalement, bien loin en pensées et en sentiments. Heureusement, il n’était pas d’humeur « romantique » ce soir-là et ils se couchèrent sans un mot de plus. « J’y réfléchirai demain », décida-t-elle, comme Scarlett O’Hara. Pourtant, elle retourna la situation toute la nuit, sans retrouver le sommeil. Au matin, Paul partit travailler, et Yaël s’attaqua à un grand ménage : sa mère devait ramener Théo, leur fils, qui passait la semaine à la campagne. Elle lavait furieusement sols et faïence, mais ne parvenait pas à chasser ce refrain obsédant : « que faire ??? ». Tout n’était pas encore tout à fait clair ni assimilé, mais des flashs de souvenirs, de propos de Paul et de gestes qui prenaient soudain un tout autre sens lui revenaient douloureusement. Son univers familier s’écroulait, il fallait gérer les décombres. Une seule certitude : elle ne pardonnerait jamais Paul. Même s’il demandait pardon, même s’il affirmait que c’était un accident, même s’il promettait que cela ne se reproduirait pas. La douleur s’atténuerait sans doute, mais la trahison, elle, ne s’effacerait jamais. Elle savait aussi que Théo n’avait que deux ans et demi. Pas de place en crèche avant l’automne ; impossible de reprendre le travail pour l’instant. Dépendre de parents âgés ? Se battre pour une pension alimentaire ? Fallait-il divorcer immédiatement, sur un coup de tête, sans avoir pris de recul ? Aurait-elle la force d’affronter tout cela ? Se laisserait-elle amadouer par les arguments de Paul : « réfléchis », « ne te précipite pas », « essaie de comprendre, pardonne » et le regretterait-elle ? Non. Le divorce était inévitable. Mais pas tout de suite. Yaël fit le dos rond. Elle continua à s’occuper de la maison, de l’enfant, à repasser les chemises de Paul, à choisir ses cravates. Elle riait même à ses blagues, ces rares moments où il se souvenait qu’elle existait comme une personne, pas seulement comme une femme à tout faire. Seul irrépressible sentiment : le dégoût. Elle éludait autant que possible ses « devoirs conjugaux », et Paul semblait le vivre comme un soulagement. D’ailleurs, dernièrement il semblait revivre : il sifflotait, offrait parfois des fleurs, et elle feignait de croire à ses histoires de déplacements professionnels. En octobre, une place se libéra en crèche. Yaël retrouva illico un emploi et demanda le divorce dans la foulée. Dire que Paul tomba des nues serait un euphémisme : il croyait totalement que Yaël n’avait rien vu. Découvrant la vérité, il fit un scandale, l’accusant de tous les maux. « Femme vénale ! Petite manipulatrice ! Tu t’es servie de moi, tu as attendu que j’élève l’enfant pour me larguer ? Je croyais que tu valais mieux que ça ! Finalement, tu es comme toutes les autres ! » Leurs amis prirent le parti de Paul et tournèrent le dos à Yaël – pas de place parmi les « gens biens » pour une calculatrice comme elle. Même sa mère la jugea durement : « Tu aurais dû divorcer tout de suite, pas attendre en silence, avec cette rancune sourde… Je ne pensais pas que ma fille serait aussi mesquine et intéressée. » « Désolée de ne pas avoir correspondu à vos attentes », répétait Yaël à tout le monde sans jamais changer de décision.

Pardonnez-moi de ne pas avoir été à la hauteur de vos attentes !
Tout est arrivé comme dans une mauvaise blague ou une série sentimentale : un soir, je travaillais sur l’ordinateur, tandis que ma femme, Élodie, saffairait dans la maison. Soudain, lalarme de la voiture sest déclenchée. Je me suis précipité dans la cour, tel que jétais (heureusement, cétait lété !). Pendant ce temps, ma femme, passant un chiffon sur la table, a déplacé la souris de lordinateur alors lécran, éteint depuis quelques instants, sest rallumé.
Ce nétait pas le genre dÉlodie de fouiller dans mon téléphone, dans mes poches, ou de venir jeter un œil à ce que je faisais sur lordinateur elle trouvait cela irrespectueux, et tout sest vraiment passé par hasard, et sans la moindre intention de sa part.
Dun regard distrait, elle a vu une fenêtre de discussion souvrir, un dialogue sur un site Internet. Gênée, elle a voulu détourner le regard, mais le mot « chérie » lui a sauté aux yeux. Honteuse et se disant qu’après tout, cela pouvait juste être « ma chère femme a dit que » ou même « ah, mon fromage préféré ! », Élodie a tout de même reposé les yeux sur lécran une seconde.
« Oui, ma chérie, écrivais-je, sans vergogne sous ma propre photo sur un site de rencontres, bien sûr que nous nous voyons demain, comme prévu. Je repense à notre dernier rendez-vous chaque heure. Tu es franchement crépitante ! »
« Et toi, tu es une vraie bête, mon petit ourson, » tapait la rousse maigrelette en retour. « Jai encore mal partout ! »
Et puis, après, lorsque jai bondi dehors, le ton devenait nerveux : « Mon ourson, tu es là ? Tu ne me réponds plus Tu me manques »
Élodie, le chiffon toujours en main, sest laissée tomber sur le canapé. Voilà, tout sexpliquait. Je lui avais dit que demain avait lieu un événement impromptu au boulot, auquel il était impossible de se soustraire, présence obligatoire cest dailleurs pour cela quÉlodie venait de repasser avec soin mon pantalon, choisissait la cravate assortie au costume, ferrait la chemise, lentement, avec minutie pour éviter le moindre pli disgracieux sur les manches. Maintenant, elle comprenait parfaitement à « quelle » soirée je me préparais
Je suis rentré, furieux, rapportant dune voix indignée que des adolescents avaient envoyé un ballon contre la voiture. Jai gesticulé, pesté contre eux, et Élodie faisait mine de compatir, même si, en vérité, elle semblait nêtre déjà plus là ni par la tête, ni par le cœur.
Heureusement, je navais pas envie ce soir-là de jouer au mari attentionné, et nous nous sommes couchés sans encombre. « Jy réfléchirai demain, » sest-elle promis, à la manière de Scarlett OHara, mais toute la nuit, elle na fait que se retourner, incapable de trouver le sommeil.
Tôt au matin, je partais pour le travail. Élodie se lança alors dans le ménage à fond : sa mère devait lui ramener le petit Stanislas qui avait passé la semaine chez sa grand-mère, à la campagne près de Tours. Elle frottait frénétiquement carrelages et sanitaires, mais la question revenait sans cesse dans sa tête : « Que faire ??? »
Elle navait pas encore pleinement réalisé, pas osé croire à ce quelle avait découvert, mais son esprit commençait à recoller les morceaux, à assembler les propos, les gestes, les signes qui, à présent, prenaient un sens nouveau. Son monde bien ordonné venait de seffondrer : il fallait racler les débris.
Une chose était certaine pour Élodie : JAMAIS elle ne me pardonnerait. Même si je lui présentais mes excuses. Même si je prétendais que cétait une erreur. Même si je lui jurais que cela ne se reproduirait plus. Avec le temps, peut-être que sa douleur deviendrait moins vive, mais le fait même de la trahison resterait une cicatrice indélébile.
Mais elle savait aussi que Stanislas navait que deux ans et demi et quaucune place en crèche n’était promise avant lautomne : il était donc impossible pour elle de reprendre le travail dans limmédiat. Devenir un poids pour ses parents vieillissants ? Se lancer dans une guerre dattaques pour les pensions alimentaires ?
Sengager dans un divorce houleux, sous le coup de lémotion, sans même avoir digéré le choc ? En aurait-elle la force, le courage ? Aurait-elle pu se laisser convaincre par mon discours sur « le temps de réfléchir », « ne pas aller trop vite », « essayer de comprendre, pardonner », et en venir un jour à regretter sa faiblesse ? Non, décidément non. Le divorce serait inévitable. Mais pas tout de suite.
Alors Élodie a décidé de se murer dans le silence. Elle continuait à soccuper de la maison et de Stanislas, elle repassait encore mes chemises, préparait les tenues, souriait à mes plaisanteries lorsquil lui arrivait de me traiter en humaine plutôt quen femme de ménage.
La seule chose quelle ne parvenait plus à surmonter, cétait ce sentiment de dégoût : elle trouvait mille excuses pour éviter toute intimité, mais moi, en face, cela me convenait très bien et je paraissais soulagé. À vrai dire, ces derniers temps, je paraissais étrangement épanoui : je chantonnais, je souriais, même jai apporté des fleurs à Élodie sans raison particulière, et elle feignait de croire à mes histoires de déplacements professionnels ou de séminaires.
En octobre, une place sest finalement libérée à la crèche. Dès sa première semaine, Élodie a repris un emploi chez un notaire et, dans la foulée, elle a déposé une demande de divorce. Dire que jai été abasourdi serait un euphémisme ; jétais convaincu quÉlodie navait rien vu, rien compris.
Quand elle ma révélé la vérité, je nai pu mempêcher dexploser, laccusant de tous les torts.
« Jolie comédie, hein ! Tu as profité de ma situation, tu as attendu que le gamin grandisse, et maintenant, tu ten vas, cest ça ? Je croyais avoir épousé une femme différente, mais tu es pareille à toutes les autres, une vraie manipulatrice ! »
Nos amis communs mont soutenu et se sont détournés dÉlodie une femme calculatrice comme elle n’avait plus sa place parmi nous, disaient-ils. Même sa propre mère lui reprochait : « Comment as-tu pu ? Si tu voulais divorcer, fais-le immédiatement, mais là tu as patienté, tu as joué la comédie Je ne t’imaginais pas capable d’une telle froideur. »
« Pardonnez-moi de navoir pas été à la hauteur de vos espérances », répondait sans détour Élodie, à tous, sans jamais revenir sur sa décision.

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Désolée de ne pas avoir été à la hauteur de vos attentes ! Tout s’est déroulé comme dans un vaudeville ou une série mélodramatique : le soir, Paul était sur l’ordinateur pendant que sa femme, Yaël, s’affairait dans la maison ; l’alarme de la voiture s’est déclenchée et Paul a filé dehors tel qu’il était (heureusement, c’était l’été !). Et voilà que Yaël, en dépoussiérant la table, déplace distraitement la souris d’ordinateur, rallumant ainsi l’écran en veille. Jamais il ne fut dans les habitudes de Yaël d’épier le téléphone de Paul, de fouiller ses poches ou de jeter un œil par-dessus son épaule — elle trouvait cela déplacé. Mais là, tout s’est fait accidentellement, sans aucune préméditation. D’un regard distrait à l’écran, Yaël aperçoit une conversation, un dialogue sur un site internet. Gênée, elle détourne les yeux, mais a le temps de lire le mot « chérie ». Honteuse de son indiscrétion et pensant qu’il s’agissait simplement d’un « ma chérie a dit que … » ou même d’un « c’est mon fromage préféré ! », elle jette cependant un nouveau coup d’œil. « Oui, ma chérie, — écrivait Paul, n’ayant pas peur d’utiliser sa photo sur un site de rencontres — bien sûr, on se voit demain, comme prévu ! Je repense à notre dernier rendez-vous chaque heure. Tu es un vrai feu d’artifice ! » – « Et toi, mon nounours adoré, — répondait une belle rousse toute mince — j’ai encore mal partout ! » La conversation devenait ensuite nerveuse, lorsqu’il a quitté précipitamment la maison : « Nounours, tu es là ? Je m’ennuie déjà ! Où es-tu passé ? » Toujours la serpillière à la main, Yaël s’est effondrée sur le canapé. Eh oui, c’est donc ça ! Paul avait bien prévenu que demain il avait une « réunion essentielle » au travail à laquelle il était impossible de se soustraire. Yaël lui avait donc soigneusement repassé son pantalon, choisi une cravate et parfaitement repassé sa chemise. Maintenant, tout était clair sur la nature réelle de « l’événement » pour lequel elle préparait Paul… …De retour, Paul raconta, indigné, qu’un ballon avait heurté sa voiture, lancé par de jeunes voyous. Il gesticulait, criait, tandis que Yaël l’écoutait distraitement, acquiesçant machinalement, bien loin en pensées et en sentiments. Heureusement, il n’était pas d’humeur « romantique » ce soir-là et ils se couchèrent sans un mot de plus. « J’y réfléchirai demain », décida-t-elle, comme Scarlett O’Hara. Pourtant, elle retourna la situation toute la nuit, sans retrouver le sommeil. Au matin, Paul partit travailler, et Yaël s’attaqua à un grand ménage : sa mère devait ramener Théo, leur fils, qui passait la semaine à la campagne. Elle lavait furieusement sols et faïence, mais ne parvenait pas à chasser ce refrain obsédant : « que faire ??? ». Tout n’était pas encore tout à fait clair ni assimilé, mais des flashs de souvenirs, de propos de Paul et de gestes qui prenaient soudain un tout autre sens lui revenaient douloureusement. Son univers familier s’écroulait, il fallait gérer les décombres. Une seule certitude : elle ne pardonnerait jamais Paul. Même s’il demandait pardon, même s’il affirmait que c’était un accident, même s’il promettait que cela ne se reproduirait pas. La douleur s’atténuerait sans doute, mais la trahison, elle, ne s’effacerait jamais. Elle savait aussi que Théo n’avait que deux ans et demi. Pas de place en crèche avant l’automne ; impossible de reprendre le travail pour l’instant. Dépendre de parents âgés ? Se battre pour une pension alimentaire ? Fallait-il divorcer immédiatement, sur un coup de tête, sans avoir pris de recul ? Aurait-elle la force d’affronter tout cela ? Se laisserait-elle amadouer par les arguments de Paul : « réfléchis », « ne te précipite pas », « essaie de comprendre, pardonne » et le regretterait-elle ? Non. Le divorce était inévitable. Mais pas tout de suite. Yaël fit le dos rond. Elle continua à s’occuper de la maison, de l’enfant, à repasser les chemises de Paul, à choisir ses cravates. Elle riait même à ses blagues, ces rares moments où il se souvenait qu’elle existait comme une personne, pas seulement comme une femme à tout faire. Seul irrépressible sentiment : le dégoût. Elle éludait autant que possible ses « devoirs conjugaux », et Paul semblait le vivre comme un soulagement. D’ailleurs, dernièrement il semblait revivre : il sifflotait, offrait parfois des fleurs, et elle feignait de croire à ses histoires de déplacements professionnels. En octobre, une place se libéra en crèche. Yaël retrouva illico un emploi et demanda le divorce dans la foulée. Dire que Paul tomba des nues serait un euphémisme : il croyait totalement que Yaël n’avait rien vu. Découvrant la vérité, il fit un scandale, l’accusant de tous les maux. « Femme vénale ! Petite manipulatrice ! Tu t’es servie de moi, tu as attendu que j’élève l’enfant pour me larguer ? Je croyais que tu valais mieux que ça ! Finalement, tu es comme toutes les autres ! » Leurs amis prirent le parti de Paul et tournèrent le dos à Yaël – pas de place parmi les « gens biens » pour une calculatrice comme elle. Même sa mère la jugea durement : « Tu aurais dû divorcer tout de suite, pas attendre en silence, avec cette rancune sourde… Je ne pensais pas que ma fille serait aussi mesquine et intéressée. » « Désolée de ne pas avoir correspondu à vos attentes », répétait Yaël à tout le monde sans jamais changer de décision.
Mon ex-femme voulait me poursuivre pour obtenir la moitié de la maison, mais elle ne s’attendait pas à ce que j’aie tout prévu à l’avance