Jean-Pierre s’éveilla en sursaut, surpris par quelque chose de chaud et d’humide qui venait frôler sa joue

Jean-Baptiste Moreau émerge de son sommeil, éveillé par une sensation chaude et humide qui effleure sa joue.

Ouvrant lentement les yeux, il aperçoit le museau dun chien, aux yeux doux et au nez humide, sapprochant prudemment de son visage, comme sil voulait s’assurer que lhomme respirait toujours.

Doù sors-tu, toi ? murmure le vieil homme, une vague de chaleur envahissant son corps fatigué, réconforté par la présence vivante à ses côtés.

Cette étrange histoire ne tarde pas à parcourir tout le petit village niché au cœur du Massif Central. Ici, les chiens errants cohabitent sans grande cérémonie avec les humains. On ne les gâte guère ; tout au plus une croûte de pain ou quelques restes jetés devant la porte.

Jean-Baptiste, homme de la terre et du bon sens dantan, sest toujours montré convaincu quun animal na sa place dans une maison que sil y travaille : la vache donne du lait, les poules pondent les œufs, le chien le chien, lui, gaspille la gamelle et encombre la cour.

Le destin, pourtant, lui réserve une leçon qui va bouleverser à jamais sa façon de voir les bêtes à quatre pattes.

Ce matin dautomne, le septuagénaire séveille saisi dun sentiment inhabituel. Depuis lAVC qui la frappé trois ans plus tôt, il sort rarement de chez lui les jambes sont lourdes, les forces le fuient. Mais aujourdhui, une envie irrésistible lentraîne vers la forêt, là où, enfant, il ramassait les champignons avec son père.

« Encore une dernière fois, peut-être », se dit-il, extirpant du grenier son vieux panier tressé.

Sa voisine, croisée devant le portail, sinquiète :

Mais Jean-Baptiste, vous allez où comme ça ?

Aux girolles, Madeleine ! Je ne vais pas me laisser grignoter par lennui chez moi.

Le chemin menant au bois lui est familier jusquà la moindre ornière. Malgré ses jambes qui peinent, son cœur chante comme dans ses jeunes années. La forêt laccueille dans un silence frais ; les champignons semblent pousser tout droit dans le panier.

Heure après heure, la récolte grandit. Jean-Baptiste sélance dune clairière à lautre, oubliant son âge et sa maladie. Jusquau moment où, penché vers un cèpe dodu, la terre tourne sous ses pieds, la vue se brouille, noir total.

Il essaie de sagripper à un tronc, mais les forces lui manquent. Il glisse lentement dans lherbe mouillée de rosée, le dos appuyé contre un bouleau.

« Je vais souffler un peu », se persuade-t-il, mais ses jambes sont lourdes comme du plomb, ses mains tremblent.

Le temps sétire, atrocement lent. Il tente de se relever, en vain. Le soleil descend vers les montagnes, la fraîcheur gagne du terrain.

« Est-ce ici que tout finit ? » songe-t-il, terrifié, les paupières closes pour chasser les idées noires.

En pleine nuit, il revient à lui, enveloppé dune étrange chaleur. Un animal sest couché tout contre lui. Dans lobscurité, il a peur serait-ce un loup ? Mais la bête ne grogne pas, elle souffle doucement, paisible.

À laube, il distingue enfin un chien. Lanimal se dresse, inspecte le vieil homme, puis fonce déterminé en direction du village.

Là-bas, la journée commence déjà sur la place de la mairie, où quelques hommes discutent autour dun café noir.

Soudain, une chienne ébouriffée débarque au galop, jappant à pleins poumons et tournant sur elle-même.

Mais cest quoi tout ce raffut ? grommelle Monsieur le Maire, fronçant les sourcils.

Bah, cest quune bâtarde, ignore-la, souffle Guillaume, lagriculteur du coin.

Mais Paul Dubois, le garagiste, observe de plus près. La chienne naboie pas simplement, il a limpression quelle essaie de communiquer, jetant des regards insistants vers la forêt.

On dirait quelle nous appelle, fait-il remarquer.

Texagères, Paul ! Elle ne va pas nous parler non plus.

Pourtant, un doute le ronge. Lanimal insiste, fait quelques pas vers le bois, revient, suppliante du regard.

Si jamais il est vraiment arrivé quelque chose Je vais vérifier, décide-t-il à voix haute.

La chienne, ravie de voir enfin un humain la suivre, sélance en direction de la forêt, vérifiant régulièrement quil la suit.

Il faut une bonne demi-heure pour traverser champs et sous-bois. Paul commence à trouver la promenade absurde quand la chienne stoppe nette devant un grand bouleau et pousse un gémissement triste.

Jean-Baptiste ! Vous êtes vivant ? sexclame Paul en reconnaissant la silhouette adossée à larbre.

Le vieil homme entrouvre les yeux et esquisse un sourire épuisé :

Je croyais bien navoir plus aucune chance quon me trouve !

Rapatrier Jean-Baptiste au village nest pas compliqué : Paul appelle ses collègues à laide, et bientôt un brancard et un infirmier arrivent sur les lieux.

Tout le chemin du retour, la chienne trotte à côté de la civière, soucieuse du sort de « son » vieil homme. Au moment où il est chargé dans lambulance municipale, elle inspecte lhabitacle comme pour sassurer quil sera bien traité.

Voilà votre sauveuse, déclare Paul, impressionné. Sans elle, Dieu sait comment cela aurait fini.

À partir de ce jour, la vie de Jean-Baptiste change du tout au tout. La chienne rousse, quil baptise Capucine, sinstalle chez lui et devient la reine de la maison. Désormais, ils passent ensemble leurs soirées : le vieil homme dans son fauteuil usé, un livre à la main, Capucine couchée à ses pieds sur un tapis.

Quand les voisins sétonnent de cette métamorphose, Jean-Baptiste secoue la tête :

Cette chienne ma sauvé la vie. On noublie pas de telles choses, vous savez.

Et vraiment, qui pourrait oublier un ange aux pattes velues apparu au plus sombre des instants ?

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Jean-Pierre s’éveilla en sursaut, surpris par quelque chose de chaud et d’humide qui venait frôler sa joue
Je t’aimerai pour toujours.