Presque toute la nuit sans sommeil : un coup de son mari la réveille en train de ronfler

Presque toute la nuit sans sommeil : le coup de son mari la tirée du ronflement.
Élodie na pas fermé lœil de la nuit. Vers deux heures du matin, son mari Frédéric lui a donné un coup sec dans les côtes et a crié : « Arrête de ronfler, cest insupportable ! » Pourtant, elle ne ronflait que lorsquelle dormait sur le dos ; au début, Frédéric la retournait doucement sur le côté. Aujourdhui, il la bouscule ou la repousse avec agacement, sendort aussitôt et Élodie, elle, reste devant laube, les paupières lourdes de somnifères sans plus retrouver le sommeil.
Cela fait déjà vingt-sept ans quelle partage sa vie avec Frédéric. Il y a deux ans, ils auraient fêté leurs noces dargent. Mais il ny eut point de célébration. À vrai dire, Frédéric avait complètement oublié la date ; trop absorbé par sa nouvelle Peugeot. Lancienne 206, il lavait refilée à leur fils.
Toute la famille économisait pour offrir un petit studio à leur fils, Théo, qui avait une petite amie. Mais Frédéric et Théo ont décrété quil valait mieux acheter une nouvelle voiture elles deviennent si chères ! La chambre de Théo accueillerait le couple damoureux, nul besoin dun appartement. Personne ne demanda lavis dÉlodie, alors que cétait surtout son argent qui remplissait la cagnotte, elle gagnant davantage que son époux.
Après lachat de la voiture, Élodie a commencé à mettre des euros de côté sur son propre compte. Son mari sest dabord offusqué. Elle lui expliqua quelle ne faisait plus confiance, de peur quil nachète encore une troisième voiture. « Mets donc tes économies sur ton compte, où est le problème ? » lança-t-elle.
« Tu sais bien que je ne gagne pas grand-chose, je peux à peine économiser » soupira-t-il.
Élodie, diplômée de la Sorbonne, était arrivée à Paris avec son amie Clémence, venues du Perche pour passer le concours de lIUFM. Elle et Clémence furent admises sans difficultés, et réussirent leurs études. Clémence ne resta à lécole quun an avant de suivre une formation de coiffeuse avec un maître renommé à Lyon et douvrir son propre salon.
Élodie, elle, resta plus longtemps à lécole. Lors de sa première année, elle fit la connaissance de Frédéric. Elle menait une sortie avec des élèves dans un lycée technique, où Frédéric, jeune chef datelier, imposant et drôle, captiva son attention.
« Je naurais jamais cru quon pouvait parler avec autant de passion dun métier aussi simple », lui glissa-t-elle après la visite. Frédéric fut tout aussi conquis. Ils commencèrent à se voir, puis six mois plus tard, fêtèrent un petit mariage où seuls les parents dÉlodie vinrent.
Les jeunes mariés sinstallèrent chez la mère de Frédéric, dans son appartement de trois pièces à Montreuil. Frédéric, fils unique, avait perdu son père très jeune. Bientôt, la belle-mère sestimant devoir terminée, partit sur la Côte dAzur, y rencontra un veuf qui la demanda en mariage. Lappartement resta à la famille depuis. La belle-mère, toute heureuse à Nice, légua lappartement à Frédéric.
La mère dÉlodie, dès lenfance, lui avait répété quune femme devait tenir sa maison parfaitement, mais que lhomme ne devait jamais remarquer les efforts fournis. Les hommes naiment pas voir les femmes passer leur samedi à astiquer : tout doit être fait avant leur retour.
Élodie se levait à cinq heures, préparait le petit-déjeuner et le dîner. Elle déjeunait à la cantine. En rentrant avant Frédéric, elle had le temps de laver lappartement et de repasser le linge. Le soir, elle préparait ses cours et corrigeait des copies.
À vingt-quatre ans, elle a eu son fils, Théo. Enfin, elle a goûté au soulagement de ne plus courir au travail, et soccupait de la maison quand Théo dormait. Cétait un enfant calme, mais largent manquait. Le salaire de Frédéric était maigre, la CAF loin dêtre généreuse.
Un jour, Clémence vient leur rendre visite, les bras chargés de cadeaux pour Théo. Élodie lui demande une avance jusquà la paie de Frédéric.
Clémence accepte, puis lui propose : « Écoute, ton fils a dix mois ; viens ce soir au salon, jai une excellente manucure, Amélie, qui pourra te former. Je ne compterai pas la location du bureau. Frédéric pourra garder Théo quelques heures le soir. Lance-toi ! On peut bien gagner avec la manucure, les femmes prendront toujours soin de leurs ongles. »
Élodie apprend vite, puis se perfectionne en pédicure. Elle loue un local près de chez elle, grâce à un prêt de Clémence pour séquiper. Chaque soir, elle travaille de 17 à 22 heures, tandis que Frédéric garde Théo. Rapidement, sa clientèle grossit : beaucoup de femmes actives préfèrent le soir. Elle ne retourna jamais enseigner.
La vie devint soudain plus douce. Frédéric resta à son atelier. Ils achetèrent une Renault, refirent lappartement, prirent des vacances à Biarritz. Élodie ne partait que rarement, lété étant synonyme daffluence, surtout en pédicure. Frédéric admirait la réussite de sa femme.
« Tu es mon pain quotidien », répétait-il tendrement. Après six ans, une petite fille, Sidonie, vint au monde. Élodie ne voulait pas tout arrêter, de peur de perdre sa clientèle. Elle embaucha une nounou, et travailla désormais de midi à 20h. Un an plus tard, Théo entra à lécole, juste à côté, et rapidement apprit à rentrer seul.
Après la naissance de Sidonie, les années seffilèrent : les enfants grandissaient, les soucis aussi. Élodie ne cessait de courir. Elle ne rendait visite à sa mère que pour les enterrements ou parfois, trois jours en cachette.
Aujourdhui, Théo a vingt-quatre ans, Sidonie dix-huit. Théo a terminé la fac de droit, mais na pas trouvé de poste sérieux, gagne trois fois rien. Sidonie étudie à lIUT.
Il y a un an, Théo a ramené à la maison une petite amie, Camille. Elle est de Limoges, troisième année déconomie. Depuis, elle vit chez eux, enfermée dans sa chambre à clé, se montrant peu.
Un matin, Élodie a senti que la famille nen était plus une. On ne parlait plus, on vivait ensemble comme des étrangers en colocation. Frédéric se montrait plus irritable, déversant ses humeurs. Élodie évitait désormais questions et compassion, pour ne pas provoquer de colère.
Son fils si tendre était derrière sa porte fermée avec Camille. Elle ny allait pas, même plus pour ranger. Quant à Sidonie, impossible de lobliger à tenir sa chambre. Sidonie mordait par des : « Laisse-moi, tu me saoules ! »
Élodie craquait et faisait le grand ménage elle-même. Sidonie laissait ses vêtements sales traîner, en vrac dans la salle de bain, même pas fichue douvrir le panier à linge.
Hier, pressée, Élodie demanda à Camille de remplir le lave-vaisselle et de passer la serpillière dans la cuisine.
« Je ne suis pas ta bonne », lança Camille avant de claquer la porte au nez.
Après la nuit agitée, Élodie, à cinq heures, avait déjà préparé le petit-déjeuner, épluché les pommes de terre pour un gratin dauphinois du soir. Elle remuait la casserole avec lamertume au cœur. Où avait-elle glissé, se demandait-elle, pour devenir la fée du logis invisible, pour mari et enfants ? À quel moment avait-on arrêté de la voir comme épouse et mère ?
La famille se leva, prit le petit-déjeuner gruau et omelette sans merci. Frédéric partit le premier, puis Sidonie, laissant son chemisier sur la chaise : « Il me le faut ce soir, lave-le vite ! »
Camille se faisait belle dans sa chambre, et Théo aborda sa mère : « Sil te plaît, laisse Camille tranquille. Hier, elle a pleuré à cause de toi. Si tu continues, je ne te considérerai plus comme ma mère, tu es prévenue. »
Chacun séparpilla. Élodie, qui devait ouvrir son salon à dix heures, saisit son téléphone et annula tous ses rendez-vous. Elle alla ranger ses instruments, régla la location du local puis rentra, fit une valise avec le peu quelle possédait, rassembla ses papiers.
Sur le frigo, elle laissa un mot : « Mes chers, jai compris que vous naviez plus besoin de moi, ni comme épouse, ni comme mère. Je refuse dêtre votre femme de ménage. Je suis certaine que vous serez mieux sans moi. »
Elle appela un taxi, fila à la gare. Sa mère, surprise de la voir débarquer à Chartres, la pressa contre elle :
Élodie, comment as-tu su que jétais malade ? Je voulais tappeler, mais javais peur de te déranger, tu es toujours débordée
Maman, je vais rester avec toi. Je dois me retrouver, je me suis perdue. Je me sens comme une vieille jument usée, sanglota Élodie.
Elle avait quelque part espéré que Frédéric supplierait son retour, que les enfants demanderaient pardon Mais Frédéric ne téléphona pas. Sidonie appela pour râler : « Comment as-tu pu partir sans laver mon chemisier ? Et puis, franchement, on est mieux sans toi, au moins cest plus cool. »
Depuis cinq mois, Élodie vit chez sa mère, sa unique enfant. Sa mère, fragile, tombe souvent malade. Élodie a loué un petit studio en ville, sadonne à la manucure, travaille moins, gagne moins mais dépense bien moins aussi. Clémence lappelle, la soutient, apporte des nouvelles.
Frédéric, peu de temps après le départ, a emménagé chez une collègue avec laquelle il entretenait une liaison depuis des années.
Sidonie a invité un copain à vivre avec elle à la maison : « Pourquoi Théo a le droit, et pas moi ? »
Le père donne une petite pension, insuffisante, alors elle vient lui réclamer plus, trop fière pour demander à Élodie, puisqu’elle avait dit quon se débrouillerait mieux sans elle.
Entre les jeunes, disputes, personne ne cuisine ni ne range.
Élodie sen fait, mais se console en pensant quils sont grands et nont plus besoin delle; ils nappellent jamais.
Son mari la déçue, elle était si prise dans son travail quelle na rien vu venir.
Elle a déposé une demande de divorce et de partage des biens. À quarante-neuf ans, elle se retrouve devant des rêves brisés, sans famille, après y avoir consacré vingt-sept ans.
Le plus cruel : savoir quelle n’a à sen prendre quà elle-même.
Une femme ne doit jamais se reposer entièrement sur sa famille.
La famille ne mesure jamais tout ce qu’elle donne, mais s’essuie les pieds sur elle comme sur un tapis.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

3 × three =

Presque toute la nuit sans sommeil : un coup de son mari la réveille en train de ronfler
Elle a vécu pour lui. Quelle erreur !