« Rien ne roule vraiment pour moi… » répondit Hélène. « Mon beau-père me gronde tout le temps. » — Alors, comment tu t’appelles, ma jolie petite ? — demanda l’inconnu en s’accroupissant près de la fillette. — Hélène ! — répondit-elle. — Et toi ? — Je m’appelle Charles, ta maman et moi allons vivre ensemble. Désormais, toi, ta maman et moi, nous formons une nouvelle famille ! Peu après, la maman d’Hélène et elle-même emménagèrent chez Charles. Le beau-père possédait un grand appartement parisien de trois pièces, où Hélène eut sa propre chambre. Charles était gentil, il lui achetait sans cesse des friandises et des jouets, alors que son père ne l’appelait que pour se disputer avec sa mère. Sa mère lui annonça alors que son père avait refait sa vie et déménagé. Hélène se sentit blessée, car elle aimait son papa. Sa maman criait parfois sur elle, la frappait même légèrement, mais son père n’avait jamais levé la main sur elle. Hélène se souvenait très bien qu’au moment du divorce, sa mère hurlait sur son père, allant jusqu’à vouloir le frapper. Une phrase l’avait particulièrement marquée : — Ne crois pas que c’est toi qui m’as le premier trompée, tu portes des cornes depuis longtemps, comme un cerf ! Ensuite, sa mère avait fait leurs bagages et elles étaient allées vivre chez sa grand-mère. Hélène ne comprenait pas comment son père pouvait avoir des cornes, puisqu’il était chauve et n’avait même plus de cheveux ! Ses parents s’étaient définitivement séparés. Tout allait bien avec Charles jusqu’à ce qu’Hélène entre en CP. La fillette n’aimait pas l’école ; elle était turbulente à la récréation et ses parents étaient régulièrement convoqués. Parfois, c’était Charles qui s’y rendait à la place de sa mère. Charles prenait très au sérieux l’éducation de sa belle-fille et l’aidait souvent à faire ses devoirs. — Tu n’es rien pour moi, tu n’as pas à me donner d’ordres ! — disait parfois Hélène, répétant une phrase entendue chez sa grand-mère. — En réalité, c’est moi qui suis ton père, puisque c’est moi qui te nourris et t’habille, — répliquait Charles. Lorsque Hélène eut dix ans, son père revint habiter à Paris. Elle comprenait désormais le sens de l’expression « porter des cornes ». « Sans doute que sa nouvelle femme l’a aussi trompé, c’est pour ça qu’il l’a quittée », disait sa mère. Quand son père demanda l’autorisation de revoir sa fille, la mère accepta. Hélène et son père se retrouvèrent avec bonheur. — Comment vas-tu ? — demanda son père. — Pas très bien, — répondit Hélène, — Mon beau-père me gronde sans arrêt. — Il n’est rien pour toi, il n’a aucun droit de crier ! — s’emporta le père. — Même Mamie dit ça, mais ça ne le dérange pas. — Hélène exagérait, car Charles ne lui avait jamais vraiment crié dessus. Elle voulait juste que son père s’inquiète pour elle. — Ne t’en fais pas, je vais régler ça, — promit son père. Lorsqu’ils se promenaient au parc Monceau, ils apprirent que sur toutes les dizaines de toboggans installés, les enfants pouvaient seulement les utiliser seuls sur huit, les autres avec un adulte, mais son père refusa la glissade. Hélène lui confia alors que son anniversaire approchait et qu’elle rêvait d’un nouveau smartphone. Lorsque sa mère vint la chercher, elle précisa que Charles ne criait jamais sur la petite, ce que son père refusa de croire. — Mon père est un vrai radin ! — avoua Hélène à Charles. — Au parc, il ne m’a rien acheté, juste une glace. On s’est juste promenés, c’est tout. Charles, tu es mieux que mon père. — Réparons l’erreur de ton père et passons le week-end dans un centre de loisirs ! Mais cette sortie fut compromise par une urgence au travail pour Charles, qui fit la sourde oreille à la demande de nouveau smartphone. — Papa, Charles m’a menti ! — pleura Hélène auprès de son père. — Il a promis une sortie, puis a dit que je n’avais rien mérité, ni sortie, ni smartphone. Même si ce n’était pas vrai, cela eut un effet magique sur son papa, qui lui offrit finalement un smartphone. La dernière fois, il n’avait pas cédé, mais devant une telle situation, il se sentit obligé de réaliser le rêve de sa fille. Malheureusement, il acheta un modèle bas de gamme, le budget ne permettant pas mieux. — Tu n’aurais pas pu attendre ton anniversaire ? — demanda Charles. — Je rêve d’un chien ! — répondit Hélène. — Ah non, un chien, il faut le sortir, et toi tu ne le feras jamais ! — répondit le beau-père. Hélène fit une crise, appela aussitôt son père et se plaignit : — Papa, s’il te plaît, prends-moi chez toi ! Charles me dispute et me donne des leçons ! — sanglotait-elle. Après ça, tout le monde se mit à discuter, les adultes réglant leurs histoires. Hélène fut envoyée chez sa grand-mère, sa mère la rejoignit avec leurs affaires, annonçant sa séparation d’avec Charles. Son père retrouva sa femme, ayant appris qu’elle était enceinte. Hélène n’aurait donc ni nouveau smartphone ni chien, et sa grand-mère ne lui laisserait sûrement même pas avoir un chat !

« Rien ne va comme sur des roulettes », répondit Éloïse. « Mon beau-père ne cesse de me réprimander. »

Alors, quel est ton prénom, petite beauté ? demanda linconnu en saccroupissant à côté de la fillette.
Éloïse ! rétorqua la jeune fille. Et toi ?
Je mappelle Charles, ta maman et moi allons vivre ensemble. Désormais, nous sommes une famille : toi, ta mère et moi !

Peu après, la mère dÉloïse sinstalla chez Charles avec sa fille.
Le beau-père disposait dun bel appartement parisien pourvu de trois pièces, où Éloïse eut sa propre chambre. Charles, bienveillant, achetait continuellement des friandises et des jouets à la petite, alors que son père nappelait que pour quereller sa mère.

Un jour, sa mère lui expliqua que son père sétait constitué une nouvelle famille et avait déménagé. Cette révélation blessa profondément Éloïse, qui aimait tant son père. Sa mère avait beau parfois crier ou lui donner une petite tape, son père, lui, ne lui avait jamais rien fait de la sorte. Éloïse se souvenait parfaitement du temps où ses parents divorçaient : sa mère criait sur son père, elle avait même failli lui porter la main. Les paroles prononcées résonnaient encore dans la tête de la petite :
Ne crois pas que tu mas trompée le premier, tu portes des cornes depuis longtemps, comme un cerf !

Après ce jour, sa mère avait emballé leurs effets et elles étaient parties sinstaller chez sa grand-mère, à Lyon. Éloïse navait jamais compris ce que voulaient dire ces « cornes », surtout que son père était chauve, sans même un cheveu ! Ce fut ainsi que ses parents se séparèrent pour de bon.

Chez Charles, la vie était pacifique jusquà ce quÉloïse entre en CP. Lécole ne lui plaisait guère ; elle était turbulente dans la cour, ce qui fit que ses parents furent souvent convoqués, et parfois Charles venait à la place de sa mère. Le beau-père prenait léducation dÉloïse à cœur et laidait fréquemment à faire ses devoirs.
Tu nes rien pour moi, donc tu nas pas à me donner des ordres ! répétait Éloïse, citant sa grand-mère.
En réalité, cest moi ton père, cest moi qui te nourris et thabille, rétorquait toujours Charles.

Lannée de ses dix ans, son père revint à Lyon. Éloïse savait alors très bien ce que voulait dire « porter des cornes ». Sa mère commenta : « Tu vois, sa nouvelle femme la sûrement trompé aussi, cest pour ça quil est parti ». Lorsque son père demanda à la voir, sa mère accepta. Les retrouvailles comblaient Éloïse de bonheur.
Comment vas-tu, ma puce ? demanda son père.
Pas très bien, répondit-elle. Charles est toujours en train de me gronder.
Ce nest pas à lui de te crier dessus ! semporta son père.
Même mamie dit quil na pas le droit, mais ça ne le gêne pas, insista Éloïse, exagérant, car Charles ne lavait jamais grondée. Elle voulait simplement éveiller linquiétude de son père.
Je men occuperai, promit-il.

En se promenant dans les jardins publics, ils apprirent quil y avait huit toboggans réservés aux enfants, les autres nécessitaient la présence dadultes, mais son père refusa de laccompagner. Alors Éloïse lui confia qu’elle rêvait d’un nouveau téléphone mobile pour son anniversaire. Sa mère, venue la chercher, répéta que Charles ne criait jamais sur la petite, mais son père ne lécouta pas.

Mon père est un vrai radin ! lança Éloïse à Charles. Il ne ma rien acheté au parc, seulement une glace. Voilà tout. Tu es bien mieux que lui.
Réparons cette injustice : ce week-end, nous irons dans un centre de loisirs.

Mais le projet fut compromis auparavant, car Charles fut rattrapé par une urgence au travail. Il ignora aussi les allusions au téléphone convoité.

Papa, Charles ma menti ! sanglota Éloïse au téléphone. Il avait promis une sortie au parc dattractions, puis il ma dit que je n’avais rien mérité. Ni la balade, ni le smartphone.

Même si ce nétait pas vrai, ces mots eurent un effet magique sur son père qui lui acheta un téléphone. Il navait pas pu accéder à la dernière génération, alors il prit un modèle à prix raisonnable, nayant pas assez deuros pour mieux.

Tu n’aurais pas pu attendre ton anniversaire ? demanda Charles.
Je veux un chien ! sexclama-t-elle.
Oh non, un chien, il faut le promener, alors que toi, tu nas jamais envie de sortir ! objecta le beau-père.

Après cela, Éloïse entra dans une crise : elle appela son père en pleurs.
Papa, je ten prie, viens me chercher ! Charles me sermonne sans arrêt !

Très vite, les disputes éclatèrent entre les adultes. Éloïse fut envoyée chez sa grand-mère à Lyon, sa mère la rejoignit ensuite avec ses valises, annonçant quelle quittait Charles.
Son père repartit avec sa nouvelle épouse, qui se révéla enceinte. Éloïse savait alors quelle naurait ni nouveau téléphone, ni chien. Sa grand-mère nétait pas près daccepter même un simple chat !

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« Rien ne roule vraiment pour moi… » répondit Hélène. « Mon beau-père me gronde tout le temps. » — Alors, comment tu t’appelles, ma jolie petite ? — demanda l’inconnu en s’accroupissant près de la fillette. — Hélène ! — répondit-elle. — Et toi ? — Je m’appelle Charles, ta maman et moi allons vivre ensemble. Désormais, toi, ta maman et moi, nous formons une nouvelle famille ! Peu après, la maman d’Hélène et elle-même emménagèrent chez Charles. Le beau-père possédait un grand appartement parisien de trois pièces, où Hélène eut sa propre chambre. Charles était gentil, il lui achetait sans cesse des friandises et des jouets, alors que son père ne l’appelait que pour se disputer avec sa mère. Sa mère lui annonça alors que son père avait refait sa vie et déménagé. Hélène se sentit blessée, car elle aimait son papa. Sa maman criait parfois sur elle, la frappait même légèrement, mais son père n’avait jamais levé la main sur elle. Hélène se souvenait très bien qu’au moment du divorce, sa mère hurlait sur son père, allant jusqu’à vouloir le frapper. Une phrase l’avait particulièrement marquée : — Ne crois pas que c’est toi qui m’as le premier trompée, tu portes des cornes depuis longtemps, comme un cerf ! Ensuite, sa mère avait fait leurs bagages et elles étaient allées vivre chez sa grand-mère. Hélène ne comprenait pas comment son père pouvait avoir des cornes, puisqu’il était chauve et n’avait même plus de cheveux ! Ses parents s’étaient définitivement séparés. Tout allait bien avec Charles jusqu’à ce qu’Hélène entre en CP. La fillette n’aimait pas l’école ; elle était turbulente à la récréation et ses parents étaient régulièrement convoqués. Parfois, c’était Charles qui s’y rendait à la place de sa mère. Charles prenait très au sérieux l’éducation de sa belle-fille et l’aidait souvent à faire ses devoirs. — Tu n’es rien pour moi, tu n’as pas à me donner d’ordres ! — disait parfois Hélène, répétant une phrase entendue chez sa grand-mère. — En réalité, c’est moi qui suis ton père, puisque c’est moi qui te nourris et t’habille, — répliquait Charles. Lorsque Hélène eut dix ans, son père revint habiter à Paris. Elle comprenait désormais le sens de l’expression « porter des cornes ». « Sans doute que sa nouvelle femme l’a aussi trompé, c’est pour ça qu’il l’a quittée », disait sa mère. Quand son père demanda l’autorisation de revoir sa fille, la mère accepta. Hélène et son père se retrouvèrent avec bonheur. — Comment vas-tu ? — demanda son père. — Pas très bien, — répondit Hélène, — Mon beau-père me gronde sans arrêt. — Il n’est rien pour toi, il n’a aucun droit de crier ! — s’emporta le père. — Même Mamie dit ça, mais ça ne le dérange pas. — Hélène exagérait, car Charles ne lui avait jamais vraiment crié dessus. Elle voulait juste que son père s’inquiète pour elle. — Ne t’en fais pas, je vais régler ça, — promit son père. Lorsqu’ils se promenaient au parc Monceau, ils apprirent que sur toutes les dizaines de toboggans installés, les enfants pouvaient seulement les utiliser seuls sur huit, les autres avec un adulte, mais son père refusa la glissade. Hélène lui confia alors que son anniversaire approchait et qu’elle rêvait d’un nouveau smartphone. Lorsque sa mère vint la chercher, elle précisa que Charles ne criait jamais sur la petite, ce que son père refusa de croire. — Mon père est un vrai radin ! — avoua Hélène à Charles. — Au parc, il ne m’a rien acheté, juste une glace. On s’est juste promenés, c’est tout. Charles, tu es mieux que mon père. — Réparons l’erreur de ton père et passons le week-end dans un centre de loisirs ! Mais cette sortie fut compromise par une urgence au travail pour Charles, qui fit la sourde oreille à la demande de nouveau smartphone. — Papa, Charles m’a menti ! — pleura Hélène auprès de son père. — Il a promis une sortie, puis a dit que je n’avais rien mérité, ni sortie, ni smartphone. Même si ce n’était pas vrai, cela eut un effet magique sur son papa, qui lui offrit finalement un smartphone. La dernière fois, il n’avait pas cédé, mais devant une telle situation, il se sentit obligé de réaliser le rêve de sa fille. Malheureusement, il acheta un modèle bas de gamme, le budget ne permettant pas mieux. — Tu n’aurais pas pu attendre ton anniversaire ? — demanda Charles. — Je rêve d’un chien ! — répondit Hélène. — Ah non, un chien, il faut le sortir, et toi tu ne le feras jamais ! — répondit le beau-père. Hélène fit une crise, appela aussitôt son père et se plaignit : — Papa, s’il te plaît, prends-moi chez toi ! Charles me dispute et me donne des leçons ! — sanglotait-elle. Après ça, tout le monde se mit à discuter, les adultes réglant leurs histoires. Hélène fut envoyée chez sa grand-mère, sa mère la rejoignit avec leurs affaires, annonçant sa séparation d’avec Charles. Son père retrouva sa femme, ayant appris qu’elle était enceinte. Hélène n’aurait donc ni nouveau smartphone ni chien, et sa grand-mère ne lui laisserait sûrement même pas avoir un chat !
La Petite-Fille. Dès sa naissance, la petite Olympe n’a jamais été désirée par sa mère, Jeanne, qui la considérait à peine comme un meuble. Sa mère passait son temps à se disputer avec le père d’Olympe et, quand il est retourné vivre auprès de sa femme légitime, Jeanne a perdu tout contrôle. — Il est parti, hein ?! Alors il n’a jamais eu l’intention de quitter sa lavandière ! Il m’a brisée, ce salaud ! Il m’a menti ! Et maintenant, il me laisse seule avec son mioche ? Je la balance par la fenêtre ou je la laisse à la gare avec les clochards ! — hurlait-elle au téléphone. Olympe, terrifiée par le désamour de sa mère, se bouchait les oreilles et pleurait doucement. De son côté, Romain, son père, répondait froidement : — Je m’en fiche totalement de ce que tu fais de ta fille. J’en doute même qu’elle soit de moi. Adieu. Jeanne, hors de ses gonds, fourra quelques affaires de la petite dans un sac, y jeta les papiers puis, emportant la fillette de cinq ans, héla un taxi. Elle ordonna au chauffeur de les conduire chez la mère de Romain, Madame Ninon, qui vivait à la campagne. Le chauffeur, père d’une petite-fille du même âge qu’Olympe, se sentit révolté par l’indifférence sèche de Jeanne, insensible aux suppliques timides de sa fille. — Maman, je veux aller aux toilettes, — gémit Olympe. Jeanne aboya si violemment que le conducteur dut se retenir de la gifler. Chez lui, sa belle-fille choyait leur petite-fille, pas question d’élever la voix ! — Tu attendras ! T’iras chez ta précieuse grand-mère ! Le taxi finit par les déposer devant le portail de Ninon. D’un pas rageur, Jeanne emmena Olympe à travers le jardin. — Tenez ! Voilà votre trésor ! Faites-en ce que bon vous semble ! Moi, j’en veux pas ! — lança-t-elle, puis elle tourna les talons sans un regard. Ninon, bouleversée, accueillit sa petite-fille en pleurs. Olympe courut, hurlant après maman, mais Jeanne s’en alla sans jamais se retourner. Madame Ninon, le cœur serré, consola Olympe. — Viens, ma chérie. Je ne te ferai jamais de mal, tu veux des crêpes ? J’ai un peu de crème fraîche… Romain n’avait même pas jugé utile de parler de son enfant à sa mère. Mais Ninon eut la certitude qu’Olympe était sa petite-fille, tant elle ressemblait à son fils. Elle la serra dans ses bras et lui promit : — Je vais t’élever, Olympe. Je vais tout faire pour toi, tant que j’en aurai la force. Ainsi, elle l’a élevée avec amour. Elle l’a accompagnée jusqu’à l’école, puis les années se sont envolées. Olympe devint une jeune femme belle, douce, intelligente, rêvant d’intégrer la fac de médecine, mais n’ayant d’accès qu’au lycée professionnel. Souvent, le soir, Olympe confiait sa tristesse à Ninon : son père ne voulait pas la reconnaître, préférant son autre famille, méprisant Olympe lors de ses rares visites… — Toi-même tu n’es qu’un vaurien, — finit par jeter Ninon à Romain — c’est à peine si tu viens me voir à la retraite, juste pour me soutirer de l’argent. Tu n’es plus le bienvenu ici ! — Attends de mourir, tu verras bien si je viendrai t’enterrer ! — cria Romain en quittant la maison, entraînant son fils légitime. — Le Bon Dieu jugera, Olympe. Allez viens, buvons une tisane et au lit, demain tu as ton diplôme… Après le bac, vint le temps de quitter le village pour étudier en ville. Ninon accompagna Olympe à l’internat, lui recommandant courage et travail — elle sentait ses forces décliner et voulait mettre ses affaires en ordre, alors elle partit régler chez le notaire ce qu’il convenait. Olympe revenait chaque week-end, soucieuse de la santé de Ninon, bravement plongée dans ses études, rêvant de devenir médecin pour offrir à sa grand-mère une belle vieillesse. Puis la vie changea : Olympe tomba amoureuse de Sacha, brillant élève, et finit par l’épouser. À la modeste réception, Ninon, émue, était la seule de la famille de la mariée : — Tu es pour moi plus qu’une grand-mère. Tu es maman et papa à la fois. Merci pour tout. Je t’aime, Mamie ! Sacha invita Ninon à prendre la place d’honneur. Toute la soirée, on leva son verre à la santé de la grand-mère qui avait su élever une si belle personne. Hélas, Ninon s’éteignit peu après avoir accompli son devoir, laissant Olympe et Sacha se relayer pour s’occuper d’elle tout en étudiant. Ninon avait eu le temps de prévenir Olympe : — Quand je ne serai plus là, ils viendront t’arracher la maison — mon fils et sa femme. Mais tu es la seule héritière : tout est chez le notaire. Et Ninon mourut paisiblement, sans souffrance. Quarante jours plus tard, comme elle l’avait prédit, Romain débarqua avec sa famille, exigeant le départ d’Olympe : — La maison n’est plus à toi ! Tu n’étais là que parce que ma mère était vivante. File ! Olympe, déconcertée, fit face à leur agressivité. Sacha s’interposa fièrement, rappelant que le testament était en règles. Blessé, Romain jura d’aller en justice prouver qu’Olympe n’était pas sa fille. Le demi-frère, déjà en train de lorgner la maison pour vendre la voiture de ses rêves, cracha aussi son venin. Après leur départ, Olympe s’effondra, désespérée. Mais Sacha, déterminé, insista pour vendre la maison et partir s’installer en ville, conformément au souhait de Ninon. Les nouveaux acquéreurs, charmés par la demeure et le verger, ne négocièrent même pas. Olympe et Sacha achetèrent un petit appartement à Lyon, déjà comblés à l’idée d’accueillir bientôt un bébé, leur enfant, tant désiré. Chaque soir, Olympe pensait à Ninon, sa vraie famille, lui murmurant dans l’ombre : « Merci à toi, ma douce mamie, tu m’as donné la vie… »