Mon fils a ramené une fille dans notre appartement, et je ne sais plus comment lui demander de partir.
Il nest possible de confier ce genre de pensées quen restant anonyme. Je déborde damertume ; je nen peux plus. Peut-être vais-je être jugée, mais je pense que beaucoup de mères ayant vu grandir brusquement leurs enfants comprendront ce que je ressens.
On donne naissance à un enfant, on lélève, on divorce du père parce quon ne le supporte plus, on se promène avec lenfant, on fait tout pour quil ne souffre pas de labsence dun parent, on cumule deux emplois, on cuisine comme si cétait notre troisième, on sarrange pour les derniers téléphones, on paye lécole, et puis :
Maman, Camille va venir habiter avec nous.
Avec qui ? Dans notre appartement de 44,2 mètres carrés à Lyon ? La fille va dormir dans la chambre de mon fils ? Elle va aussi partager nos repas ? Faire tourner les lessives ? Ou bien, on va se retrouver deux maîtresses de maison ici ?
Mon fils était tellement heureux en mannonçant la nouvelle, il pensait que jallais sourire, sauter de joie, peut-être même courir vider le placard pour Camille !
Cest une gentille fille, ce nest pas le problème, mais je ne veux pas que quelquun dautre sinstalle dans notre appartement. Adulte ? Eh bien, quils empruntent pour acheter un petit studio ou quils louent quelque chose ! Pourquoi vouloir économiser sur un loyer si cest pour rendre sa mère folle ? Ça ne vaut pas mes nerfs !
Mais je lai laissée entrer, cette Camille. Après tout, mon fils a aussi des droits sur cet appartement pour y inviter qui il veut. Je mens un peu, car javais promis décrire la vérité. Plusieurs amies mont réprimandée : « Tu ne penses même pas au bonheur de ton fils ? Quelle mère es-tu donc ? »
Désormais, rentrer chez moi me fatigue. Dès le pas de la porte. Les chaussures dans lentrée, la plaque de cuisson sale ce qui veut dire que Camille a cuisiné. Et si elle gaspille les courses que jai faites ? Non, jestime trop largent pour cela. Et puis, quand on se rend compte en cuisinant quil ny a plus de farine ? Sans oublier les files dattente à la salle de bain.
Javoue : je souhaite que Camille quitte notre appartement. Je nai pas besoin dune autre ménagère à la maison.
Puis une idée étrange ma traversée : et si je ramenais, moi aussi, un homme ? Pourquoi ai-je pris tant dannées à moccuper de mon fils sans jamais laisser deviner que javais une vie amoureuse ? Après tout, jai aussi droit à ma part dintimité. Et lui, il faudrait quil vienne avec ses affaires et découvre la joie de partager 44,2 mètres carrés, tous ensemble !
Cest le genre de lettre étrange que je venais de recevoir. Et moi, en tant que mère dun jeune garçon, jai du mal à mimaginer à la place de lauteur de cette lettre ; alors jattends impatiemment de lire les avis des lectrices et lecteurs.
Quen pensez-vous, chers lecteurs ? Vos enfants sont-ils déjà assez grands pour que vous ayez connu ce genre de situation ? Vous entendez-vous avec les partenaires de vos enfants ? Une mère a-t-elle le droit de demander à Camille de partir ?
Dans lintimité de nos foyers, ces questions touchent à léquilibre entre amour familial et respect de soi. Peut-être que la vie en communauté exige de chacun une dose de patience et de compromis, mais il ne faut jamais soublier dans le processus. Après tout, la sérénité de la maison commence souvent par celle du cœur de la mère.







