Aimer en Endurant, Endurer en Aimant — Le mariage d’Ivan et Daria, une union bénie bouleversée par l’orage du jour des noces, des années de bonheur familial avec leurs enfants Sofia et Artiom, puis l’arrivée d’une femme nommée Mila qui revendique l’amour d’Ivan, mettant à l’épreuve fidélité, pardon et destin ; une histoire où les épreuves du cœur, la force du pardon et le courage d’un nouvel amour s’entrelacent dans la vie d’une famille française, du parvis de l’église aux retrouvailles à la campagne, entre tempêtes, réconciliations et secrets des cœurs.

AIMER EN SOUFFRANT, SOUFFRIR EN AIMANT

Le mariage de Luc et Élodie sest déroulé à léglise, sous le regard bienveillant de Dieu.

Le jour de la cérémonie, alors que le cortège nuptial approchait de léglise de Montmartre, une violente tempête dété, tombée du ciel sans prévenir, surgit soudainement. Le vent arracha cruellement le voile dÉlodie, le soulevant dans les airs comme un ballon, le faisant tournoyer, avant de labandonner, épuisé, dans une flaque boueuse. Lassemblée neut que le temps de pousser un cri de stupéfaction. Aussi vite quelle était venue, la tempête sapaisa. Luc se rua pour sauver le voile, mais sans réussite: le morceau de tulle immaculé gisait, détrempé, taché, dans la flaque noire.

Perturbée, Élodie cria à son fiancé :
Luc, ne touche pas à ça. Je ne le remettrai pas!

Les vieilles dames, fidèles habituées du parvis, commencèrent aussitôt à murmurer entre elles que la vie du jeune couple serait faite de tempêtes et dépreuves

On improvisa rapidement: un petit tour à la supérette permit dacheter une fleur blanche artificielle, quon fixa dans les cheveux dÉlodie. Pas le temps de chercher un nouveau voile. On ne va quand même pas arriver en retard à son propre mariage!

Devant lautel de la Basilique, les «nouveaux mariés» se tenaient la main, tenant leurs cierges, prononçant les vœux solennels du mariage religieux. Pour le Seigneur. Mais avant la bénédiction, ils avaient signé les registres à la mairie du 18e, et célébré une belle fête. Pour les gens

Trois ans plus tard, deux enfants étaient venus combler le foyer: une fille, Camille, et un garçon, Antoine. La petite famille coulait des jours heureux dans leur appartement du côté de la rue Lepic, ignorant la peine.

Puis, dix ans plus tard, une jeune femme vient frapper à la porte de Luc et Élodie.

Élodie na jamais cessé daccueillir ses invités, prévus ou non, avec chaleur. On les recevait avec un verre de vin, une belle table, et des conversations réconfortantes. Mais cette fois-ci, la visiteuse est particulière. Elle arrive alors que Luc est absent.

Du regard, Élodie jauge aussitôt linconnue: jeune, belle, avenante, bien mise.
Bonjour, Élodie. Je mappelle Chloé. Je suis la future épouse de votre mari, se présente-t-elle.

Tiens donc, répond Élodie, interloquée. Depuis quand Luc est-il fiancé chez vous?

Depuis longtemps. Mais aujourdhui je nai plus le temps dattendre. Jattends un enfant de lui, répond Chloé sans le moindre embarras.

Ah! La situation classique: épouse, maîtresse, enfant illégitime Mais savez-vous, mademoiselle, que Luc et moi sommes unis à léglise? Nous avons des enfants.

Je sais tout. Mais nous aussi, cest lamour. Pour toujours! Vous pourriez demander la nullité. Il ne vous est pas fidèle. On ma tout expliqué, cest possible, insiste Chloé.

Écoutez bien, mademoiselle! Je vous déconseille vivement de vous mêler de notre couple. Nous réglerons nos affaires entre nous, merci bien, riposte Élodie, de plus en plus agacée. Au revoir!

Chloé hausse les épaules, comme pour dire «Je vous ai avertie», et disparaît rapidement.

Élodie claque la porte dentrée, furieuse.
«Elle sait tout… Petite fouine! Tu nauras pas Luc!»

Elle repense alors à lattitude récente de Luc, son détachement envers les enfants, elle-même. Ces histoires de réunions tardives ou dexcuses professionnelles, de nouveaux loisirs de pêche ou de chasse Rien de tout cela ne lintéressait avant! Une femme sent tout de suite lodeur de la rivalité. Une gêne flotte dans lair, une tension nouvelle

Mais Élodie éloigne ces pensées noires. Peut-être se fait-elle des idées. Peut-être que Luc nest pas coupable.

Le soir, elle invite son mari à dîner, selon lhabitude: dabord bien le nourrir, ensuite discuter des soucis importants. Au moment du dessert, Élodie passe à lattaque.

Luc, est-ce que tu es tombé amoureux? demande-t-elle dune voix tremblante.

Oui, avoue Luc, sur la défensive.

Ta flamme est venue aujourdhui. Cest sérieux? souffle Élodie.

Je suis un lâche! Je ne peux pas vivre sans Chloé! Jétouffe loin delle! Jai essayé dy renoncer: impossible! Élodie, laisse-moi partir! supplie-t-il.

Tu es libre murmure Élodie en comprenant linutilité des arguments ou des larmes. La vie tranchera

Luc loge alors chez Chloé.

Élodie va à léglise Saint-Pierre du quartier, demander conseil au prêtre, qui lécoute avec douceur.
Mon enfant, lamour supporte tout, ne disparait jamais! Ce sont les mots de lÉvangile. Tu as le droit de demander la nullité du mariage, puisque ton époux sest égaré. Tu peux aussi tout pardonner, prier, et attendre Les voies de Dieu dépassent la raison.

Deux mois passent, et Élodie découvre quelle porte un enfant de Luc. Elle voit cela comme un signe: un jour, Luc reviendra, repentant. Portée par cet espoir, elle vit sa grossesse dans la quiétude.

Un petit garçon voit le jour. La mère dÉlodie propose de lappeler Jean, «Jean», qui en russe se dit Ivan, prénom du papa. «Tu verras, ma fille, Luc reviendra. La vie réserve tant de surprises»

Heureusement, la maman dÉlodie laide en tout: couche, éducation, repas, histoires racontées, et bons conseils.

Luc ne délaisse ni Camille ni Antoine. Il leur offre des jouets, les emmène à la mer, envoie à Élodie de largent en enveloppe.

Élodie a cependant formellement interdit aux enfants de parler à leur père de la naissance du petit Jean. Mais, bien sûr, Camille finit par tout révéler à son papa lors dun week-end chez lui. Luc croit dabord quÉlodie a refait sa vie. Son cœur se serre, il est envahi par les souvenirs heureux du passé Il nimagine pas que ce bébé est de lui!

Au même moment, Chloé, sa nouvelle compagne, enceinte à son tour, est hospitalisée. Luc multiplie les allers-retours: fruits, cornichons, craie (Chloé souffre dune carence en calcium et grignote la craie comme des bonbons). Mais rien ne sarrange. Chloé donne naissance à une petite fille sans vie. Puis, une seconde grossesse se termine par une fausse couche.

Lourde de chagrin, Chloé demande du temps. Mais le destin lui réserve dautres épreuves

Luc reste à ses côtés, plein dempathie, se sentant responsable de leurs malheurs. Chacun a ses peines à porter.

À la même époque, Élodie reçoit de plus en plus souvent la visite dun vieil ami de la fac, Valérien. Durant leurs années étudiantes à la Sorbonne, il avait été lun de ses prétendants: sérieux, collant, sans humour, chouchou de sa maman. Il plaisait beaucoup aux autres filles, mais Élodie nenvisageait pas la vie avec lui. Tout changea quand elle rencontra Luc, reléguant Valérien dans loubli.

Un jour, alors quÉlodie traverse Paris en bus, lautomne est gris, la pluie froide. Un homme sassied près delle.

Puis-je?
Oui, bien sûr, marmonne-t-elle sans le regarder, le cœur lourd.

Vous êtes triste, mademoiselle? insiste lhomme.

Élodie ne tourne même pas la tête, soupire, mais nengage pas la discussion.

Élodie, salut! Pourquoi cet air malheureux?
Élodie se retourne enfin, sursaute de joie.
Valérien? Mon Dieu, ça fait cent ans! Où étais-tu? Que deviens-tu?

Et toi, comment vas-tu, Élodie? Toujours heureuse avec lui? glisse Valérien.

Tu viens dîner? Ta femme ne sera pas jalouse si tu tardes? lance Élodie en le tirant par la main hors du bus.

Valérien passe à lépicerie, achète du Bordeaux, des fruits, quelques douceurs pour les enfants.

Au dîner, Élodie se confie, soulage son cœur. Valérien écoute, silencieux, approuve dun signe de tête. Au bout de sa confession, elle lui offre un baiser sur la joue, reconnaissante. Valérien, plein d’espoir, la salue et rentre chez lui.

On apprend quil na jamais épousé personne, na pas eu denfants. Ainsi va la vie.

Il revient régulièrement chez Élodie, apporte des friandises aux enfants, des fleurs à Élodie.

Élodie met tout de suite les choses au clair:
Tu es le bienvenu, mais jattends Luc. Pas décart permis.

Mais cela suffit à Valérien : il préfère cette compagnie à la solitude.
Dans ce cas, je te considérerai comme ma sœur, et les enfants comme mes neveux.

Il sinstalle presque dans leur vie.

Chez Luc et Chloé, la chance finit par tourner. Chloé met au monde une fille, belle et vigoureuse, quon nomme Bénédicte, «Bénie», pour la rapprocher du ciel.

Chloé sinvestit entièrement dans sa maternité, repensant souvent à sa rencontre avec Élodie. «Ce bonheur volé laisse un arrière-goût amer», songe-t-elle. Ce nest quaprès la naissance de Bénédicte quelle mesure la peine quelle a semée dans la vie dÉlodie. Elle donnerait tout pour se jeter à ses pieds et lui demander pardon!

Luc sattache follement à Bénédicte, la couvre de cadeaux, se lève chaque nuit pour la bercer, la baigner. Chloé admire ce papa attentionné.

La rivière du temps coule, jamais ne sarrête

Cinq ans passent.

Les enfants grandissent, les adultes mûrissent.

Un jour, Chloé tombe gravement malade, à peine âgée de trente ans. Luc est anéanti. Il multiplie les rendez-vous médicaux, se ruine en soins et médicaments.

Chloé se prépare à mourir. Elle se rapproche du ciel.

Luc la soutient, tente de la rassurer, la voit faiblir chaque jour.

Lheure fatale approche.

Quand les médecins la renvoient à la maison, la condamnant, Chloé murmure à Luc:
Conduis-moi chez ta première femme. Sil te plaît.

Luc, déconcerté, noppose pas de résistance.

Élodie sait tout, par Camille, qui reste proche de son père. Elle nhésite pas lorsque Luc lappelle.

Luc amène Chloé dans sa maison dautrefois, la porte dans ses bras, linstalle tendrement sur le lit, lentoure doreillers.

Toute la famille sassemble, attendant les explications.

Élodie, bras croisés, invite du regard à poser Chloé sur le lit. Luc la dépose comme un vase fragile.

Laissez-moi seule avec Élodie. Je vous en prie, souffle Chloé.

Tous se retirent.

Élodie sapproche, scrute la malade elle doute quelle ira plus loin puis sassied au bord du lit.

Pardonne-moi, Élodie! Jai été punie Je voudrais te demander Bénédicte. Prends-la près de vous! Je nai personne dautre que Luc, et, à présent toi. Promets-moi de grandir Bénédicte avec Luc.

Les larmes coulent à flots sur les joues de Chloé.

Élodie lui prend doucement la main.

Chloé! Ce nest pas le Ciel qui nous punit. Nous seuls le faisons. Jai déjà pardonné depuis longtemps. Pour Bénédicte, ne tinquiète pas, elle ne sera jamais abandonnée. Et vous resterez ici, tous les deux, le temps quil faudra. Luc a besoin de toi, et toi de lui. Tu verras, tu guériras! Rien nest impossible à Dieu, il faut y croire. Repose-toi sur nous, nous sommes là, murmure Élodie, encourageant Chloé au courage.

Chez Élodie, il y a de la place pour tout le monde, comme dans une chaumière enchantée.

Tous se dévouent autour de Chloé. Valérien, en particulier, veille sur elle, la soutient, lui parle, la distrait, glisse des mots doux et réconfortants, salvateurs. À force de côtoyer la fragilité de Chloé, il se découvre amoureux delle et adore Bénédicte, quil surnomme «la petite marguerite». Elle le lui rend bien par ses sourires lumineux.

Chloé, habitée du désir de vivre, saccroche. Élodie a su lui insuffler lespoir, la foi, une raison de se battre.

Après six mois de soins, de doutes, defforts, Chloé sort dans le jardin, goûte le parfum de lair, le soleil sur ses joues maigres, murmure de petits mots, sourit La vie réchauffe enfin son corps meurtri. On la dit ressuscitée.

Chloé pense à Valérien. Elle na pas cessé daimer Luc, mais il est désormais lépoux dune autre. Il fallait tirer une leçon de la vie: «On ne touche pas à ce qui ne nous appartient pas.» Valérien, lui, est bon, attentionné, il a accueilli sa fille comme la sienne et la aimée assez pour deux. Chloé sait quil suffira dun peu de patience: si elle guérit, leur bonheur est possible.

La guérison progresse: Chloé retrouve jour après jour ses forces.

Puis, autour dun déjeuner familial, Chloé déclare :

Chère Élodie, cher Luc Avec Bénédicte et Valérien, nous allons partir. Merci pour laccueil, la générosité, lamour inattendu. Je navais jamais rencontré de personnes pareilles!

Luc et Élodie échangent un regard complice: ils savent, ils ont compris.

Bien avant ce départ, Luc avait eu une conversation difficile avec Élodie.
Élodie, peu importe ce que lavenir réserve avec Chloé, je veux être auprès de toi. Ton cœur est trop grand! Me reprendras-tu? Nous avons trois enfants à élever ensemble Je me mettrai à genoux sil le faut! Je te demande pardon.

Que crois-tu donc, mon Luc? Bien sûr que je te reprends ! Je devrais même te demander pardon: je nai pas su être lépouse quil fallait si tu as cherché ailleurs. La vie est la meilleure des leçons! On apprend malgré soi, répondit Élodie, en serrant dans ses bras son «mari prodigue».

Et Bénédicte, Luc? Cest ta fille. Elle taime, sinquiète Élodie.

Bénédicte restera toujours ma fille, répondit Luc. Elle ne souffrira pas de mes fautes. La porte lui sera toujours ouverte, ici cest chez elle.

Le jour du départ, Valérien, Chloé et Bénédicte rassemblent leurs affaires.

Chloé, au seuil de la porte, sapproche de Luc.
Aime Élodie, plus que ta propre vie. Ne la blesse jamais. Je ne toublierai pas, Luc.

Sois heureuse, Chloé, répond Luc dans un souffle.

La vie suit ainsi son cours, à la française, fragile, mais belle, faite de cicatrices et de réconciliations, dacceptation et de persévérance, qui sait aimer en pardonnant, et souffrir en aimant.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

fourteen + two =

Aimer en Endurant, Endurer en Aimant — Le mariage d’Ivan et Daria, une union bénie bouleversée par l’orage du jour des noces, des années de bonheur familial avec leurs enfants Sofia et Artiom, puis l’arrivée d’une femme nommée Mila qui revendique l’amour d’Ivan, mettant à l’épreuve fidélité, pardon et destin ; une histoire où les épreuves du cœur, la force du pardon et le courage d’un nouvel amour s’entrelacent dans la vie d’une famille française, du parvis de l’église aux retrouvailles à la campagne, entre tempêtes, réconciliations et secrets des cœurs.
Ma belle-sœur s’est installée chez moi sans y être invitée, alors j’ai mis ses affaires dans le hall.