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0135
— Allez, Rouquin, on y va… — grogna Valère en ajustant une laisse de fortune faite d’une vieille corde. Il ferma sa parka jusqu’au menton et frissonna. Ce mois de février était particulièrement cruel : neige mêlée de pluie, vent glacé qui transperçait tout. Rouquin, bâtard au pelage roux passé et à l’œil gauche voilé, était entré dans sa vie un an plus tôt. Valère rentrait alors d’une nuit de boulot à l’usine lorsqu’il l’avait trouvé près des poubelles : le chien, affamé, tabassé, l’œil abîmé. Une voix agressive l’interrompit, lui crispant les nerfs. Valère reconnut Serge, dit « l’Œil-de-Travers », petite frappe du coin d’une vingtaine d’années, entouré de trois ados — sa « bande ». — On promène, — répondit Valère sans lever les yeux. — Hé, papi, tu paies la taxe pour balader ce clebs ? — ricana un gamin. — Regarde-moi cette horreur avec son œil en vrac ! Un caillou vola. Il heurta Rouquin au flanc. Le chien gémit, se serra contre sa jambe. — Fous-moi la paix, — lâcha Valère d’une voix où perçait l’acier. — Ouh là, voilà que le vieux nous la joue costaud ! — Serge s’approcha. — T’as oublié que c’est mon quartier ici ? Pas de clébard sans mon aval. Valère se tendit. L’armée lui avait appris à régler vite et sec les problèmes, mais ça faisait trente ans. Aujourd’hui, il était juste un retraité fatigué qui voulait la paix. — Viens, Rouquin, — fit-il en rebroussant chemin. — Voilà, c’est ça ! — beugla Serge dans son dos. — Prochaine fois, ton abomination y passe ! Toute la nuit, Valère tourna cette scène en boucle dans sa tête. Le lendemain, la pluie verglaçante redoubla. Il repoussa la balade tant qu’il put, mais Rouquin attendait devant la porte, le regard fidèle. — Bon, d’accord, mais on ne traîne pas. Ils contournèrent prudemment les spots des caïds du quartier. Pas de trace de la bande, planquée sans doute vu le sale temps. Mais soudain, près de la vieille chaufferie abandonnée, Rouquin s’arrêta net, dressa l’oreille, renifla. — Qu’y a-t-il, mon vieux ? Le chien gémit, tira sur la corde. Des bruits étranges — pleurs, gémissements — venaient des décombres. — Ohé ! Qui est là ? — lança Valère. Silence, juste le vent qui s’engouffrait. Rouquin insista, tendu d’inquiétude. — Qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce qu’il y a ? Soudain, il l’entendit distinctement : — À l’aide ! Son cœur bondit. Il détacha la laisse et suivit le chien. Derrière un tas de briques, gisait un garçon d’une douzaine d’années, visage tuméfié, lèvre ouverte, vêtements en lambeaux. — Mon Dieu ! — Valère se pencha. — Que t’est-il arrivé ? — Monsieur Valère ? — murmura le garçon, entrouvrant les yeux. Il reconnut André, le fils de la voisine du cinquième. — André, qui t’a fait ça ? — Serge et sa bande, — balbutia l’enfant. — Ils voulaient de l’argent à maman. J’ai dit que j’en parlerais à la police… Ils m’ont attrapé… — Depuis quand es-tu là ? — Ce matin… J’ai si froid… Valère retira sa parka, enveloppa le gamin. Rouquin se coula contre lui pour le réchauffer. — Tu peux te lever ? — J’ai mal à la jambe… Je crois qu’elle est cassée… Valère palpa prudemment : fracture. Il ne savait pas ce qu’il en était des organes internes. — Tu as un téléphone ? — Pris… Valère sortit sa vieille « brique » Nokia. Les secours promettaient de venir en demi-heure. — Tiens bon, petit. Les médecins vont arriver. — Et si Serge apprend que je suis vivant ? — la voix d’André tremblait. — Il a juré de me finir… — Il n’y touchera plus, — dit Valère d’un ton qu’il voulait inébranlable. L’enfant le fixa : — Mais hier, c’est vous qui vous êtes enfui devant eux… — Ce n’est pas pareil. Hier, c’était juste Rouquin et moi. Là… Il s’interrompit. Que dire ? Qu’il y a trente ans il avait juré de protéger les faibles ? Qu’en Afghanistan on lui avait appris qu’on n’abandonne jamais un enfant en détresse ? Le SAMU arriva plus vite que prévu. André fut emmené à l’hôpital. Valère resta debout devant la chaufferie, Rouquin à ses pieds, songeant à la suite. Le soir, la mère d’André, Madame Michel, vint en larmes lui dire merci : — Valère, les médecins disent que sans vous, il n’aurait pas survécu une heure de plus… — Ce n’est pas moi, c’est Rouquin qui l’a trouvé, — rectifia-t-il. — Et maintenant ? Serge recommencera… Le policier dit qu’un seul témoignage d’enfant, ça ne suffit pas… — Tout ira bien, — promit Valère. Mais, au fond, il n’en savait rien. La nuit suivante, il ne dormit guère, ruminant : comment protéger André, et tous les gamins écrasés par cette bande ? Au matin, il sut. Il revêtit sa vieille tenue d’apparat militaire, médailles sur la poitrine. Dans le miroir : un soldat, fatigué certes, mais debout. — Viens, Rouquin. On a du boulot. La bande de Serge zonait, comme d’habitude, devant l’épicerie. Ils ricanèrent en le voyant arriver : — Eh ! Le papy s’est mis sur son trente-et-un ! Serge se leva, narquois : — Qu’est-ce que tu viens faire déguisé ? — Servir la France. Protéger les gamins contre des types comme toi. Serge éclata de rire : — Tu rêves, le vieux ! C’est mon territoire, ici ! — André Michel, ça te dit quelque chose ? Le sourire de Serge s’évanouit. — Pourquoi je retiendrais un tocard ? — Parce que c’est le dernier gosse que tes sales pattes toucheront ici. — Tu me menaces, vieillard ? — Je préviens. Serge s’avança, couteau à la main. — Tu ferais mieux de dégager si tu tiens à ta peau ! Valère ne bougea pas d’un millimètre. L’entraînement militaire ne s’oublie pas. — Ici, c’est la loi qui prime. — Quelle loi ? Tu crois que tu fais peur à quelqu’un ? — Ma loi, dictée par ma conscience. C’est alors que Rouquin, jusqu’alors silencieux, se dressa, grognant férocement, poil hérissé. — Ton clébard, — commença Serge. — Mon chien a fait la guerre — Afghanistan, déminage, flair imparable pour les salopards… C’était faux, bien sûr, mais Valère y mit une telle conviction que tout le monde le crut. Même Rouquin releva la tête, prêt à en découdre. — Il a coffré vingt terroristes vivants. Alors un junkie de plus ou de moins… Serge recula. Dans son dos, la bande pâlit. — Ecoute-moi bien. Dès aujourd’hui, ce quartier est sous surveillance. Tous les soirs, j’arpenterai les rues, et mon chien flairera les loubards. Il n’ajouta rien. La menace était claire. — Tu veux jouer au héros, le retraité ? Je peux passer un coup de fil, moi… — Appelle, — répondit Valère. — Mais sache que mes contacts en taule valent bien les tiens. Et j’en ai vu défiler, des bandits… Encore une fable, mais Serge en resta coi. — On m’appelle Valère l’Afghan, retiens bien. Les enfants, c’est terminé. Il tourna les talons, Rouquin trottant fièrement à ses côtés. Un silence de mort s’abattit. Trois jours passèrent. Serge et ses acolytes ne traînaient plus dans le quartier. Valère, lui, se mit à faire sa ronde chaque soir, Rouquin marchant gravement à ses côtés. André sortit vite de l’hôpital. Boîtant encore, il vint voir Valère : — Monsieur Valère, je peux aider pour les rondes ? — Demande d’abord à ta mère, d’accord ? Madame Michel accepta, soulagée de voir son fils trouver un vrai modèle. Chaque soir, on les vit : le vieux militaire en uniforme, l’ancien gamin timide, le chien roux au regard sage. Rouquin attira la sympathie. Même les mamans autorisaient leurs enfants à le caresser, pourtant il restait un chien de rue, avec une sorte de noblesse inédite. Valère, lui, racontait des histoires d’armée, d’amitié véritable, les enfants buvaient ses paroles. Un soir, alors qu’ils terminaient leur tour, André demanda : — Monsieur Valère, cela vous arrive-t-il d’avoir peur ? — Bien sûr, — répondit-il sincèrement. — J’ai souvent peur… Peur de ne pas réussir, de ne pas être assez fort… André caressa Rouquin : — Plus tard, je vous aiderai. Moi aussi, j’aurai un chien intelligent. — Tu l’auras, promit Valère en souriant. Rouquin battait de la queue. Désormais, dans tout le quartier, on disait : « C’est le chien de Valère l’Afghan, il sait reconnaître les héros des crapules. » Et Rouquin remplissait fièrement sa mission : il n’était plus un simple bâtard — il était devenu un protecteur.
Bon, Cannelle, on y va alors ai-je grommelé en ajustant la vieille corde qui me servait de laisse.
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05
Le Bonheur Éprouvé
Antoinette, quon appelait affectueusement Élodie, a perdu ses parents très tôt. Son père était parti
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042
La seule chose qui compte : Quand la fièvre de Léra grimpe à 40,5°C, que les convulsions la tordent et que l’air manque, Ira lutte pour la ramener à la vie, tandis que, de l’autre côté de la ville, Maxim, croyant avoir tout perdu, traverse la panique, les souvenirs et l’amour, jusqu’aux portes de l’hôpital où chaque seconde décide du sort de leur fille
Le plus important La fièvre de Capucine est montée avec une rapidité terrifiante. Le thermomètre affichait
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03
Katya, une jeune-fille d’un autre temps, rêvait de mariage au milieu de filles modernes : pourquoi se compliquer la vie avec un mari, quand une belle saucisse pourrait suffire ?
Élodie est une jeune femme un peu rétro qui rêve ardemment de se marier. Aujourdhui, les filles modernes
La sœur de mon mari a décidé que seuls nous devions gâter ses enfants — et exclusivement nous
La sœur de mon mari avait décidé que seuls nous avions lobligation de gâter ses enfants et personne dautre.
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01.3k.
La carte bleue, l’épouse naïve et la vengeance discrète : quand Katia découvre que son mari célèbre au « Rivage Diamant » avec SA carte bloquée, le banquet tourne au règlement de comptes à la française.
La carte bancaire, Jacques me la demandée un mercredi matin, au petit-déjeuner. Sa voix était sérieuse
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La Famille Inassouvie
Alors, chers invités, vous avez assez mangé ? Vous avez assez bu ? Jai tout fait pour vous ?
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034
Ma belle-fille de cœur – Quand mon fils m’a annoncé : « Maman, j’épouse Émilie. Nous attendons un bébé dans trois mois », j’ai su que leur histoire ne serait pas simple. Entre une jeune mariée pas encore majeure, un fils qui devait partir à l’armée, des mariages précipités, des années de doutes, de trahisons, de divorces, une petite-fille prénommée Basile, des nouvelles épouses et d’interminables questions de belle-mère, voici quinze ans de ma vie entre la tendre Émilie et l’ambitieuse Jeanne… Et si l’on ne sait la vraie valeur des êtres qu’une fois qu’on les a perdus ?
12 février Maman, je vais épouser Élodie. Dans trois mois, nous serons parents, ma annoncé mon fils
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02
LE GOÛT DE LA VIE…
Le goût de la vie Une vieille dame dune fourchette de quatrevingts ans, aux cheveux dun bleu surréaliste
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La Petite-Fille Tant Attendue
28mai2025 Ce soir, le cœur lourd, je me suis assise à mon petit bureau de la cuisine, la lampe au-dessus