Cher journal,
Jai donné naissance à ma première fille alors que je nétais encore quune jeune fille de dix-huit ans. Après cet accouchement qui sest déroulé avec une telle facilité, jai compris que donner la vie nétait pas aussi effrayant que tant le disent. À cette époque, la gestation pour autrui commençait à prendre de lampleur en France, et jai commencé à y réfléchir sérieusement
Ma famille na jamais roulé sur lor. Mes parents avaient du mal à subvenir à nos besoins, à moi et à mes trois sœurs. Je me suis mariée à dix-sept ans, mais avec mon mari et notre petite Éloïse, nous peinions à joindre les deux bouts. Pas déconomies, pas notre propre logement: il fallait composer avec le peu que nous avions. Cest là qua germé dans mon esprit lidée de devenir mère porteuse, persuadée que ce serait la solution à nos ennuis dargent. Mon mari, toutefois, sopposait fermement à mon projet, malgré mes nombreuses tentatives pour len convaincre.
Peu après, jai eu une seconde fille, Camille. La vie est alors devenue encore plus compliquée et, incapable de supporter nos difficultés, mon mari a fini par quitter la maison. Je suis restée seule avec mes deux filles en bas âge. Heureusement, ma mère et mes sœurs mont beaucoup épaulée: quand je travaillais, elles gardaient mes petites. Mais malgré tout, largent ne suffisait pas.
Finalement, jai décidé de concrétiser ce projet qui me trottait dans la tête depuis des années. Jai pris le train pour Paris, où je me suis inscrite auprès dune agence spécialisée dans la GPA. Plusieurs tentatives de transfert dembryon ont échoué. Lorsquenfin une grossesse a débuté, elle sest malheureusement terminée par une fausse couche.
Dépité, jai laissé tomber. Pourtant, six mois plus tard, alors que je surfais sur Internet, je suis tombée sur une annonce dune autre agence proposant dexcellentes conditions. Jai appelé, me disant que ça valait peut-être la peine dessayer une dernière fois. Advienne que pourra.
Cette fois, tout sest passé comme dans un rêve. Pendant presque un an, mes filles et moi avons vécu dans un superbe appartement dans un immeuble neuf à Lyon. Les futurs parents ont été dune grande générosité: ils nous choyaient avec de la bonne nourriture, des jouets pour Éloïse et Camille, ils payaient pour nos sorties au cinéma ou à laquarium. Et au bout de neuf mois, jai mis au monde un petit garçon magnifique et en parfaite santé.
Nous sommes ensuite revenues dans notre ville natale, et la rémunération pour cette gestation pour autrui ma permis dacheter un appartement de deux pièces dans le quartier. Il nous restait même de quoi vivre sans compter pendant une bonne année.
Deux ans plus tard, jai accepté une seconde mission comme mère porteuse, cette fois pour une famille venue de Pékin.
Aujourdhui, mes filles et moi vivons dans une belle maison spacieuse à Toulouse. Éloïse et Camille ont tout ce dont elles rêvent. Beaucoup peuvent me juger, mais moi, je ne regrette rien. Offrir à mes enfants la chance de grandir sereinement, entourées de tout ce dont elles ont besoin, même en empruntant ce chemin singulier, me semble juste. Jassume pleinement mes choix, riche de cette vie que jai su bâtir pour nous.






