Il avait refusé dépouser la jeune femme enceinte. Sa mère lavait soutenu, mais son père sétait levé pour défendre le futur petit-enfant.
Papa, jai quelque chose à tannoncer. La voisine, Éloïse elle est enceinte. Lenfant est de moi confia Paul en entrant chez eux.
Marcel, le père, se figea un instant, puis répondit posément :
Alors, épouse-la.
Tu plaisantes ? Je suis bien trop jeune pour me marier. Ce nest vraiment pas le moment de fonder une famille, et pour tout dire, on nétait pas vraiment ensemble
Vraiment ? son père lâcha un rire amer. Pour courir après la jeune fille, là tu faisais lhomme, mais pour assumer tes responsabilités, tu redeviens un gamin. Très bien. Il appela alors sa femme dans un ton sec : Camille ! Viens ici !
Camille entra dans la cuisine, essuyant ses mains sur son tablier.
Quy a-t-il ?
Écoute bien. Notre fils a mis la fille de la voisine, Éloïse, enceinte, et maintenant il refuse de se marier. Et voilà il sest éclipsé.
Camille ne montra aucune surprise. Son visage devint grave :
Il a raison. Pourquoi ramener la première venue à la maison ? Ces filles daujourdhui sont rusées elles cherchent un garçon un peu mieux installé, tombent enceintes et ensuite cest « épouse-moi ». Et finalement, on découvre que lenfant nest même pas le sien. Il doit effectuer un test de paternité. Et, de toute façon, il ne faut pas forcer Paul, il est encore jeune. Cest un homme, ce nest jamais simple de résister. Mais ce nest pas à nous dassumer les enfants des autres.
Marcel poussa un long soupir et murmura :
Et si lenfant est bien de lui ?
Et alors ? Sommes-nous obligés dendosser la responsabilité ? Quil fasse le test, on verra ensuite.
Camille tourna la tête et retourna vaquer à ses occupations, laissant Marcel en tête-à-tête avec son fils.
Tu sais, jai aussi été jeune, Paul commença-t-il. Jen aimais une, jai épousé une autre. Pas par amour, mais par devoir. Être homme, ce nest pas seulement la passion, ce sont les choix et leurs conséquences. Ta mère était enceinte. Je ne savais pas si je pourrais vraiment vivre avec elle, mais je savais une chose lenfant nétait pas fautif. Cétait mon sang, ma conscience. Et tu sais, Paul, malgré tout, je nai jamais regretté davoir assumé.
Trois mois passèrent. Le test de paternité fut sans équivoque : à 99,9 %, Paul était le père de lenfant dÉloïse.
Et alors ? lança Camille sèchement, lorsque Marcel posa le papier devant elle. Oui, cest son enfant. Mais cela ne veut pas dire quÉloïse viendra habiter ici. Elle ne mettra jamais les pieds dans cette maison. Je lai bien dit !
Paul resta assis, évitant le regard de son père. La décision se lisait sur son visage : il prenait le parti de sa mère. Silencieux, les poings serrés, il najouta rien.
Marcel se leva lentement de table :
Maintenant que vous avez choisi, il est temps découter ma décision.
Sa voix était basse mais ferme :
Tant que je vivrai, mon petit-fils ne manquera de rien. Jachèterai un terrain, jy bâtirai une maison, et lui mon petit-fils recevra tout ce que jaurai réussi à acquérir. Quant à vous deux, vous pouvez oublier mon aide. Je refuse de cautionner cette honte. Paul, à partir de ce jour, tu nes plus mon fils. Tout ce qui mappartient reviendra au petit garçon. Pas un euro pour vous.
Camille éclata :
Tu es fou ? Tu veux déshériter ton propre fils ?!
Marcel ne répondit pas. Il tourna les talons et quitta la pièce en ignorant les cris et les invectives. Paul demeura là, entouré du silence, incapable de croire ce que son père venait de déclarer. Mais il savait une chose : lorsque Marcel parlait ainsi, cest quil irait jusquau bout.






