Je mappelle Clémence. Je nai plus la force de supporter livrognerie incessante de mon mari. Une fois de plus, jai rassemblé toutes les affaires de Loïc et je lai mis dehors. Quil aille chez sa mère et lui cause des soucis à elle.
Jai vécu avec Loïc pendant deux ans, et durant cette période, je lai déjà chassé de notre appartement à plusieurs reprises. Chez sa mère, il se comportait bien, ne buvait pas, et semblait irréprochable. Puis, il revenait en me suppliant de lui pardonner et de le laisser revenir auprès de moi et de notre fils.
Ma belle-mère rejetait toute la faute sur moi, maccusant de ne pas savoir my prendre avec mon mari :
Cest toi la femme ! Cest à toi de trouver comment ty prendre avec ton mari !
Mais je vois les choses autrement. Loïc doit aussi faire des efforts ! Après tout, elle-même na pas réussi à le gérer seule. Pour ma part, jai mon propre appartement hérité de ma tante, un bon travail, et même une voiture. Loïc gagne beaucoup moins que moi. Mais lorsquil est sobre, il est si charmant, doux et gentil Je laime beaucoup.
Loïc, cependant, a un gros défaut : il aime boire. Quand il a trop bu, il se croit tout-puissant, se persuade que tout le monde lui veut du mal, et sen prend à tout ce qui lentoure. Il devient lennemi du mobilier de notre appartement, des arbres et des bancs du boulevard.
À cause de son comportement, il sest retrouvé plusieurs fois au commissariat. Il a reçu des contraventions, et même si son patron lui a passé un savon, il na pas été licencié. Après ce genre dincident, Loïc se tenait à carreau : calme, silencieux, il réparait les meubles, jetait ceux qui étaient trop abîmés, puis en achetait de nouveaux.
Mais moi, jétais épuisée par ses excès. Un jour, à bout de patience, jai ramassé ses affaires et lui ai demandé de partir. Alors, Loïc a balancé son sac par la fenêtre. Le sac est tombé sur un voisin qui passait par là. Heureusement, le voisin na pas été gravement blessé, mais il était furieux. Loïc est descendu dans la rue et une bagarre a éclaté. La police est intervenue et les a embarqués tous les deux. Loïc sest dabord retrouvé à lhôpital, puis en prison. Un an ferme.
Je vivais tranquillement, mais tous les weekends, ma belle-mère débarquait chez moi. Elle me houspillait, criant si fort quon lentendait dans toute la cage descalier. Je ne la laissais pas entrer dans lappartement. Elle maccusait davoir envoyé Loïc en prison, de profiter de la vie pendant que son pauvre fils croupissait derrière les barreaux, et jurait de me le faire payer, de se venger pour son fils !
Cela a duré jusquau jour où Loïc et moi avons officiellement divorcé. Même alors, ma belle-mère na pas lâché laffaire. Elle essayait dattendrir mon cœur, en vain. Ensuite, elle sest mise à rédiger des plaintes à toutes les administrations, maccusant davoir évincé son fils pour fréquenter d’autres hommes.
Cétait absurde, mais cela a sérieusement entaché ma réputation. Jai remarqué que les voisins commençaient à me regarder de travers. Évidemment, ça me déplaît énormément.
Puis, jai reçu une promotion et on ma proposé un poste intéressant à Lyon. Je nai pas hésité : après un mois et demi, jai déménagé. Jai été soulagée et heureuse daccepter cette nouvelle opportunité.
Depuis, plus de vingt ans se sont écoulés. Je nai jamais regretté davoir quitté Paris. Dans cette nouvelle ville, jai rencontré un homme formidable et jai eu deux autres enfants. Quant à mon premier mariage, à Loïc et à ma belle-mère, je les évoque aujourdhui avec effroi Heureusement, tout cela appartient désormais au passé.






