Journal intime, 17 avril, Paris
Le jour où je suis allée divorcer habillée en mariée.
Lorsque mon mari ma annoncé quil voulait divorcer, jai ouvert mon armoire et sorti ma robe de mariée.
« Quest-ce que tu fais ? » ma-t-il demandé, lair effaré.
« Je vais la mettre pour aller au tribunal, » ai-je répondu, en secouant la robe pour en faire tomber la poussière.
« Tu es folle, tu ne peux pas aller divorcer habillée en mariée ! »
« Bien sûr que si. Et toi, tu mettras ton costume de marié. Si cest avec lui que tu mas promis lamour éternel, cest avec lui aussi que tu rompras cette promesse. »
Je voyais bien quil cherchait une réplique, mais aucun argument valable ne lui venait. Vingt minutes plus tard, il fouillait, grognon, au fond du placard à la recherche de son costume.
Quand nous sommes arrivés au tribunal de Paris, les agents de sécurité sont restés sans voix. Une femme a lancé un « Félicitations ! », vite remise à sa place par une autre : « Imbécile, ils divorcent ! »
Le juge a failli tomber de sa chaise en nous voyant passer la porte : moi, en longue robe blanche, tulle et voile inclus ; lui, en smoking impeccable, nœud papillon et chaussures cirées.
« Madame, » a demandé le juge, tentant de ne pas éclater de rire, « puis-je savoir pourquoi vous êtes venue habillée ainsi ? »
« Parce que, votre honneur, » ai-je expliqué, la tête haute, « cet homme ma fait le serment jusquà ce que la mort nous sépare dans cette tenue. Puisque la mort ne nous a pas séparés mais quil veut annuler notre contrat, quil le fasse en me regardant comme le jour où il ma menti. »
Mon mari ma jeté un regard brillant de larmes.
« Je ne tai jamais menti. Ce jour-là, je taimais vraiment. »
« Et aujourdhui ? » ai-je demandé, la voix tremblante.
Le juge sest raclé la gorge.
« Voilà ce quon va faire. Je vous accorde une pause de trente minutes. Allez prendre lair, discutez. Si dans une demi-heure vous revenez toujours habillés ainsi et toujours décidés à divorcer, je poursuivrai. Mais jai la sensation quun couple qui va jusque-là a sans doute encore des choses à se dire. »
Nous sommes sortis dans le couloir. Il a ajusté mon voile, légèrement de travers.
« Tu es magnifique, » ma-t-il murmuré. « Comme le jour de notre mariage. »
« Et toi, tu es pas mal non plus, » ai-je concédé, « même si tu peux être idiot parfois. »
Nous restions là, prêts à divorcer, habillés comme à notre noce, perdus dans ce tribunal parisien, sans trop savoir où aller.
« Et si » a-t-il suggéré timidement, « au lieu de divorcer, on allait manger une part de gâteau de mariage, pour se souvenir de pourquoi on sest dit oui ? »
Est-ce que cest ça, lamour véritable ? Shabiller comme pour sépouser même au moment de se quitter Ou alors, sommes-nous simplement deux dramaturges incapables de faire les choses à moitié ?







