Oksana décide de surprendre sa mère et sa petite sœur pour le Nouvel An : entre rapports de fin d’année, rêve mystérieux d’une fillette dans la forêt, rencontre inopinée avec un inconnu charmant dans le train pour la province, soirée festive autour d’un plat de viande à la française… Et si, cette année, la magie des fêtes exauçait tous les vœux, même les plus inattendus ?

Clémentine débarqua chez sa mère à Noël. Elle voulait faire une vraie surprise alors, motus et bouche cousue, personne nétait au courant de son arrivée. Elle gravit les marches, réajusta son écharpe, et tambourina gaiement à la porte. À peine le temps de cligner des yeux, que voilà sa petite sœur Léontine qui lui sautait dans les bras, hilare ! La journée fila à la vitesse dun Paris-Marseille en TGV. Entre deux coups de couteau à salade, la mère de Clémentine mit la main à la pâte pour concocter le plat fétiche de sa fille : le fameux gratin dauphinois façon maman.

Tu sais, je le sentais, quon aurait de la visite aujourdhui! confia sa mère, malicieuse. Mais jétais convaincue que tu ne viendrais pas sans compagnie. Depuis quAntoine ta quittée, tu ne parles à personne ?

Maman, sil te plaît soupira Clémentine.

Cest alors que son téléphone vibra et la fit presque tomber à la renverse.

Mon Dieu, jai une passion contrariée pour cette période de fêtes, songeait Clémentine. Les festins, très bien, mais les bilans comptables qui samènent en même temps, quelle invention sadique… Demain, cest enfin le dernier jour, après quoi je serai libre comme lair pour deux semaines entières. Ce mois-ci ma lessivée !

Ce soir-là, elle était donc cloîtrée devant son ordinateur portable, la lumière bluâtre du salon sur sa peau, sacharnant sur son rapport annuel. Son patron lui avait annoncé tout net: si demain la commission ne trouve rien à redire, elle pourra partir en vacances jusquau 12 janvier rien que ça. Elle se surpassait, le rêve secret de faire la bise à sa mère et Léontine trottinant dans la tête.

Il lui restait encore à dégotter le cadeau idéal pour sa mère Léontine, elle, aurait un nouveau portable, cadeau déjà planqué dans son sac à main depuis début décembre. Le soir même, direct dans le train: billet réservé à la Saint-Martin, prévoyante, comme toujours.

Si le chef refuse le congé, je revends le billet. Mais sait-on jamais, murmura-t-elle en se remémorant le choix dune couchette côté fenêtre dans le compartiment.

Cette nuit-là, Clémentine fit un rêve étrange. Dans une forêt brumeuse, elle tomba sur une fillette de cinq ou six ans, toute seule sur une souche avec un livre dans les mains. Clémentine sapprocha:

Tu tes perdue ? Où sont tes parents?

Non, pas perdue: je ne me suis juste pas encore trouvée. Toi, réveille-toi vite! Ce soir, tu croises ta destinée. Et puis, ton rapport nattend pas, debout!

Ses yeux souvrirent deux-mêmes et elle consulta lheure catastrophe, elle avait failli tout bonnement louper le coche! Ce matin, à neuf heures, le grand oral du rapport, rien que ça.

Ni une ni deux, elle galopa dans lappartement, trente minutes top chrono, et la voilà pinçant les joues en piaffant devant la glace, pour un maquillage express.

Le café? Sur place, cest meilleur. Son manteau enfilé à la volée, en cinq minutes elle filait à larrêt de bus. Heureusement, le bureau nétait quà cinq arrêts, et, miracle de Noël, une place libre dans le bus.

Elle sinstalla, inspecta les passagers, et là hallucination ? elle aperçut devant elle la gamine de son rêve ! Celle-ci lui lança un clin dœil, mais Clémentine se fit bousculer par un jeune homme qui dégingandait dans lallée, traînant son sac à dos comme une ancre.

“Ben voyons, voilà que je me mets à confondre mes songes et la réalité. Jai vraiment besoin de vacances”, pensa-t-elle en senfonçant dans le siège.

Au bureau, tout le monde était déjà là. Entre lagitation générale et la vérification de dernière minute, la tension était palpable. Louée soit la providence, le rapport passa crème, sans remarque, le chef leva le pouce, puis lappela dans son bureau.

Promesse tenue, tu es libre! Et pour loccasion, un petit bonus, tiens : bonnes fêtes, Clémentine !

Merci beaucoup, Monsieur Girard. Joyeux Noël à vous aussi!

Avec la prime, elle se faufila dans les magasins. Une belle étole toute douce pour sa mère, une blouse élégante pour Léontine, quelques douceurs pour la route, avant de soffrir une bouteille de Crémant. À dix-neuf heures trente, haletante, elle grimpa dans le train, trébucha direct sur un sac à dos et sétala de tout son long.

Prête à pleurer de honte, elle sentit soudain des bras costauds la relever avec douceur.

Pardon, je suis vraiment désolé, cest le mien, ce sac ! Le compartiment est trop petit et jétais en retard…

Il avait ce petit grain de voix et un sourire à faire fondre un Croque-Monsieur.

Oh non, cest rien du tout… bredouilla Clémentine, aussi écarlate que du coulis de fraise.

Au final, surprise, ils partageaient le même compartiment ! Elle osa le détailler du coin de lœil. Grand, plutôt bel homme. Les mots de la gamine de son rêve lui revinrent en mémoire : “Ce soir, tu croiseras ta destinée”.

Mon Dieu, se dit-elle, si cest lui, franchement, je signe où tu veux !

Il rangea son sac pour elle, tira poliment la banquette, et se présenta. Il sappelait Martin, en déplacement à Besançon pour une réunion cruciale. Juste le temps dune nuit en train avant de remonter à Paris pour fêter le Réveillon.

Et vous, vous allez où, si ce nest pas indiscret?

Chez ma mère et ma sœur. Petite pause familiale, jai enfin droit à des vacances !

Votre compagnon ne vient pas?

Je nen ai pas, sourit-elle en haussant les épaules. Pas encore trouvé lhomme qui me fasse sérieusement envisager le Nouvel An à deux… et à vie. Et vous?

Je suis aussi esseulé que vous. Je rêve moi aussi de tomber sur LA personne à qui offrir mes réveillons et plus, si affinités.

Jallais crier : “Cest moi ta destinée, la gamine la dit !” mais bon, Clémentine garda ça pour elle, les joues en flammes.

Vous savez, quand vous rougissez, on dirait une petite pomme dapi ! Cest adorable, plaisanta Martin.

Impossible de me défaire de cette manie. Dès quil y a gène, je me transforme en lampion! Je suis confuse…

Allez, ny pensons plus… Et si on prenait le thé? Maman ma fait une tarte aux pommes, elle insiste pour que je partage.

Arriva une dame âgée et son petit-fils de six ans, alors nos deux compagnons filèrent dans le couloir, le temps que leurs voisins sinstallent.

Madame Lefèvre menait son petit Lulu voir sa maman, elle-même coincée pour Noël à cause du boulot dans une clinique de Dijon. Elle avait fait le voyage, cadeau sur les genoux, émue par lidée de ce petit Noël improvisé.

Bientôt, tous se retrouvèrent à grignoter autour du thé, échangeant anecdotes et biscuits maison. Lorsque le train passa sous les lumières dune grande gare décorée de guirlandes, Clémentine et Martin se postèrent côté fenêtre pour admirer le spectacle.

Dis-moi, on échange nos numéros? demanda Martin, timidement.

Volontiers! répondit Clémentine, piquée dun bel enthousiasme.

Tu repars quand à Paris?

Le dix janvier, normalement.

Tu téclipses longtemps, alors…

Cest fou, jai limpression de te connaître depuis toujours. Ce genre de conversations magiques quon ne vit quen train, tu ne trouves pas ?

Exactement ça, admit Clémentine. On croise un compagnon de voyage, on se livre un peu et, hop, chacun file vers sa vie.

Peut-être, oui. Tu viens, on essaie de dormir un peu?

Clémentine acquiesça, le cœur étrangement léger.

Le train arriva à dix heures sonnantes à Besançon. Comme elle voulait la surprise totale, elle profita du trousseau planqué sous le pot de fleurs à côté du paillasson. Martin laccompagna jusquau taxi, puis ils se souhaitèrent de belles fêtes et senlacèrent maladroitement, aussi émus lun que lautre.

Je te souhaite de rencontrer celle ou celui dont tu ne voudras plus te séparer, proclama Martin.

À toi aussi, Martin!

Chacun repartit de son côté, Clémentine sefforçant de chasser ce petit regret doux-amer qui lui disait “Retiens-le !” Mais bon, motus, ce nétait pas son genre de forcer le destin.

Préparée à son rendez-vous familial, elle avança à pas feutrés jusquà la porte, un sourire jusquaux oreilles : surprise garantie.

À peine avait-elle frappé que la porte souvrit en grand : Léontine vola dans ses bras, la maison éclatait de joie!

La journée fila en un clin dœil, entre rires, cuisine et confidences. En découpant la salade, Clémentine humait le gratin doré au four.

Je savais que tu viendrais, osait sa mère dun air entendu. Hier, jai acheté deux douzaines dœufs au cas où tu sois accompagnée. Tu as vraiment personne depuis Antoine?

Non maman, et si on parlait dautre chose?

Cest alors que, pile au moment où elle finissait son auguste vinaigrette, elle vit l’écran de son téléphone s’illuminer.

“Martin” Le cœur de Clémentine fit un bond.

Coucou ! Tu as pu rentrer à temps? demanda-t-elle.

Eh bien, pour tout dire, non Je tappelle car, tu vois, je ne connais absolument personne ici à part toi tu accepterais quun pauvre voyageur solitaire s’invite à votre table?

Clémentine éclata de rire:

Attends, je consulte la cheffe des lieux. Maman, ça tennuierait si un copain se joignait à nous pour le réveillon? Il est de passage par ici, pas de billet retour pour ce soir, cest la galère.

Mais non, ma chérie ! Il vient agrandir la troupe, ça nous changera des ragots entre filles !

Alors note l’adresse et à tout de suite ! lança-t-elle à Martin, un clin dœil complice pour sa mère en prime.

La gamine des bois avait raison : réveillée pile à temps pour son rapport, Clémentine avait, ce soir-là, rencontré sa bonne étoileUne heure plus tard, un coup de sonnette, des pas pressés sur le paillasson, et Martin surgit dans la lumière chaleureuse du salon, bouquet maladroit de clémentines dans les bras. Il bredouilla un “joyeux Noël”, rougissant comme à la gare. Léontine laccueillit tout de go avec un éclat de rire et sa mère, elle, déclara:

Ah, voilà lhomme-mystère! Jespère que tu nes pas allergique au beurre ou aux surprises!

La soirée fila douce et pétillante, pleine de regards timides et de clins dœil au-dessus du gratin. Martin samusa à faire deviner ses plats préférés, Léontine devint son alliée immédiate, et la mère de Clémentine, espiègle, nen perdit pas une miette.

Minuit approchait quand Clémentine proposa:

On sort voir les étoiles?

Tous les quatre sur le perron, soufflés par lair glacé, ils contemplèrent une nuit scintillante, le village plongé dans le silence, les lumières des maisons découpant des losanges de chaleur sur la neige.

Martin se pencha vers elle, son souffle en nuage:

Cest la meilleure veille de Noël de ma vie Merci de mavoir fait une place.

Clémentine sourit. Au loin, léglise sonnait minuit, et, dans un clin dœil à la fillette de son rêve, elle pensa: “Parfois, il suffit de rater son train, ou de trébucher sur un sac, pour enfin se trouver.”

Martin lui glissa la main, doucement. La maison brillait, les rires montaient au ciel noir, et, pour la première fois depuis bien longtemps, Clémentine se sentit exactement à la bonne place, sur le quai où lattendait sa propre destinée.

Juste là, entre une bouchée de gratin, deux bras serrés autour de la taille et une étoile filante, la magie de Noël lui souffla: “Bienvenue chez toi.”

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