Il dévore tout, ne pense qu’à lui… À la maison, j’ai remplacé le frigo par mon mari !

Il mange pour trois, sans jamais penser aux autres Parfois, jai limpression que jai échangé un réfrigérateur contre un mari à la maison.
Jamais je naurais cru que les cadenas sur les frigos existaient ailleurs que dans les blagues quon se raconte à table. Jimaginais que cétait une de ces absurdités dinternet, jusquau jour où jen ai vu un vrai : gros mécanisme de fer, minuscule clé, posé sur létagère dune quincaillerie de la Presquîle. Je me suis arrêté, fasciné, songeant pour la première fois à en acheter un non pas pour protéger ce quil y a contre les voleurs ou nos voisins, mais contre mon propre époux
Je mappelle Gérard, jai trente-cinq ans, et je vis à Lyon avec ma femme et notre fille, Capucine. Je travaille sans relâche dans une petite agence de communication, toujours sur la brèche, à courir dun projet à lautre. Mais malgré la fatigue du boulot, le vrai casse-tête, cest la vie à la maison, et plus précisément ma femme, Bénédicte. Chez elle, tout tourne autour de la nourriture. Elle mange sans cesse, sans modération, sans même réfléchir à ceux qui partagent son foyer.
Combien de fois cela marrive-t-il? Rentrer du bureau avec la certitude quil me reste un bout de comté, du jambon de Parme, ou une crème dessert pour Capucine ? Mais, en ouvrant la porte du frigo, plus rien. Pas une miette. Lors de la nuit, tout disparaît. Restes du dîner, yaourts, les framboises achetées exprès pour ma petite envolés, comme aspirés dans un gouffre invisible.
Un soir, jai acheté des gariguettes pour Capucine. Hors saison, elles coûtent une fortune sur le marché des Halles Paul Bocuse, mais ma fille avait des étoiles dans les yeux, alors jai craqué. Au retour, elle en a goûté quelques-unes en riant, jai gardé le reste bien au frais pour le lendemain. Résultat, au matin, le plat vide. Bénédicte avait tout dévoré, même les plus mûres. Et elle ose me dire en riant : « Bah, ten rachèteras demain ! On nest pas à dix euros près, non ? »
Non, Bénédicte, la question nest pas là. La question, cest de penser un instant à Capucine, ou à moi. Un rien de considération, demander, prévoir, garder de côté. Pour elle, cest simple : tout ce qui est sur la table lui appartient. Comme si jétais juste un serveur chargé de remplir sans cesse son assiette et le frigo.
Depuis lenfance, elle a été élevée par une mère qui remplissait les placards à craquer. Gâtez-la à lexcès, lui resservant sans cesse, comme si on pouvait acheter lamour avec des madeleines et du beurre demi-sel. Daccord, elle a longtemps fait du tennis, mais aujourdhui, ces habitudes collent. Pour ma part, jai toujours appris à savourer raisonnablement. Cest ce que je veux transmettre à Capucine : manger par plaisir, pas pour remplir un vide.
Chez nous, grâce à notre travail, on ne manque de rien. Largent nest pas le problème. Bénédicte est responsable logistique dans une société de transport, on vit bien. Mais je me débats avec le sentiment de nêtre quun fournisseur, jamais un partenaire. Où est léquilibre? Cest une affaire de respect. Savoir à qui était destiné ce qui reste, accepter de ne pas tout prendre, réfléchir à lautre avant de se servir.
La colère gronde chaque fois : le frigo vide, aucun mot dexcuse, juste la routine qui recommence. Je nai pas épousé une enfant à nourrir. Je voulais bâtir une famille où chacun compte. Mais là, je ne suis quun gérant dépicerie, pas un mari.
Jai osé lui en parler. Jai dit: « Tu vis ici comme si tu étais seule, sans penser à partager. Tu veux toujours maccuser si quelque chose manque, alors que tu ne laisses rien. » Elle hausse les épaules: « Tu sais, dans une vraie maison, il y a toujours à manger. Tu nas quà faire mieux les courses! » Vraiment? Bientôt, je vais finir par la remplacer par une machine automatique
De plus en plus, je me demande si le véritable cadenas dont jai besoin, ce nest pas pour le frigo, mais bien pour ma propre vie. Retrouver la clé, pour ne plus être pris pour acquis, pour retrouver mon importance, ma voix. Être écouté, considéré, et pas seulement le pilier dapprovisionnement invisible. Je ne veux plus être un distributeur daliments pour une femme qui ne voit ici quun garde-manger et un canapé.
Ce que je retiens: le respect ne se mesure ni au beurre, ni au pain, ni aux courses hebdomadaires du Monoprix. Ce sont les petites attentions, la considération pour lautre, qui nourrissent vraiment une famille. Je mérite mieux quun rôle de fournisseur silencieux.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

fourteen + 13 =

Il dévore tout, ne pense qu’à lui… À la maison, j’ai remplacé le frigo par mon mari !
Mon ami, 42 ans, s’est enfin marié : il dit qu’elle est une fée du logis et une excellente cuisinière, et que le reste ne l’intéresse pas