Sergio emmène sa femme et sa fille dans un village isolé pour s’évader avec sa maîtresse au bord de la mer. À son retour, il réalise que la famille est ce qu’il a de plus précieux.

Serge avait emmené sa femme, Marie, et leur petite fille Apolline dans un hameau perdu de la Creuse, puis avait filé à la Côte dAzur avec sa maîtresse, Manon. En rentrant, il a réalisé que ce qui comptait vraiment, cétait sa famille.

Serge ne savait plus où donner de la tête. Sa vie pouvait basculer, et il nen voulait pas du tout. Et puis, Lydie, sa mère, était prête à tout foutre en lair. Elle avait eu raison quand elle disait que Marie nétait pas faite pour lui, mais il avait insisté, sans même savoir pourquoi. Étaitce par défi à sa mère autoritaire ou étaitce parce quil laimait encore? Très probablement, cétait surtout à cause de la mère.

Quand il avait dix ans, son père Pierre avait quitté le foyer. Pas pour une maîtresse, simplement parce quil ne supportait plus le caractère de sa femme, Véronique, jalouse et autoritaire. Il avait longtemps toléré, puis, un jour, il a tout fait dans son sac et sest barré. Pierre voulait voir son fils, mais Véronique lavait endoctriné contre son père, et Serge se contentait daccepter les quelques cadeaux quil recevait.

En grandissant, Serge a fini par comprendre son père. Dès son entrée à luniversité, il a quitté la maison de sa mère (dautant plus quil y avait de la place : Pierre avait acheté un appartement que Véronique louait). Sa mère hurlait, claquait des pieds, mais Serge a tenu bon et est parti. Pierre a renoué le contact et la soutenu financièrement, si bien que Serge nétait plus dépendant de sa mère.

En dernière année de fac, il a rencontré Océane. Il avait parié à ses potes de sortir avec la première fille qui franchirait la porte de lamphithéâtre. Et cétait elle. Océane ne faisait jamais les soirées étudiantes, elle restait toujours à lécart.

«Un vrai coquillage quon ne croquera pas», a rigolé son ami Jean.
«On verra bien», a répliqué Serge en souriant.

Il a dû batailler longtemps pour gagner la confiance dOcéane. Il était sur le point dabandonner, mais lenvie de gagner le jeu le poussait à persévérer. Il naimait pas perdre.

Trois mois plus tard, ils se promenaient main dans la main au parc, parlant davenir. Serge nécoutait que très peu Océane ; il ne voulait plus que rien dautre que la mettre au lit. Ce jour-là, il pensait que tout allait se dérouler à merveille.

Soudain, sa mère a surgi, comme un éclair, au milieu du parc. En voyant son fils avec Océane, elle sest arrêtée, a scruté la tenue de la jeune femme et a tout de suite compris quelle nétait pas du coin et que son portefeuille ne sentait pas le parfum de largent.

«Serge, comment peuxtu marcher à côté delle ?!», a crié la mère à tout le parc. «Regardetoi, regardela.»

«Maman, arrête ton concert,» a rétorqué Serge, exaspéré.
«Quel concert?!Et doù sort cette fille?!Tu ne comprends pas que ce qui compte, cest largent et un appartement en ville!», a continué la mère.
«Maman, taistoi,» a grogné Serge, mais elle nen a rien entendu.

Océane a arraché la main de Serge et sest enfuie.

«Maman, arrête!Tu vas faire fuir Océane!», a supplié Serge.
«Oh, ça ne fait rien!Tu en auras dautres,» a ricanné la mère. «Et tu me remercieras plus tard davoir été si facile à larguer.»

«Je ne dirai rien,» a muselé Serge. «Sache que je vais lépouser bientôt, et tu ne pourras rien my empêcher.»

Il a deviné où Océane était allée: près du bord de la Loire, sous les saules, un petit coin secret où elle aimait se réfugier. Il ly a retrouvée.

«Pars,» a murmuré Océane en essuyant ses larmes.
«Je ne pars pas,» a insisté Serge, sasseyant à côté delle. «Ma chérie, écoute, tout ce quelle a dit nest que balivernes. Jai déjà parlé de ma mère.»

«Pourquoi me traitetelle ainsi?Je viens du village, jai tout travaillé pour mon diplôme,» a sangloté Océane. Serge la consola du mieux quil put. Le soir même, ils rentrèrent chez eux, mais le matin il ne la pas laissée partir comme prévu. Il se souvenait des promesses de mariage et du sourire moqueur de sa mère.

Depuis, ils vivent ensemble, préparant la soutenance du diplôme. Les amis se moquent de Serge, lui disant quil a «déjà gagné», tandis que les connaissances dOcéane le préviennent de son vrai visage. Elle, elle, ne les écoute pas et laime dun amour sincère, fermant les yeux sur son passé.

Quant à Serge? Il sest installé confortablement. La maison sent toujours bon la cuisine, les soirées arrosées de rires. Il ne sort plus aux soirées, car son père lui a promis un bon poste sil réussit ses examens. Pour fêter la fin des études, le père lui offre une voiture. Serge ne le sait pas encore, il est assis sur le canapé, pensant à comment annoncer à Océane quils se séparent. Dun côté, il a de la peine, de lautre, une nouvelle vie lattend, avec une carrière et un éventail de prétendantes. Mais sil rompt, sa mère le jugera à nouveau.

Il chante à la marmite, Océane fredonnant joyeusement, sans se douter de la nouvelle quelle sapprête à recevoir. La porte sonne. Personne nattendait de visite. La mère, absente depuis longtemps, avait juré de ne plus franchir le seuil tant que son «balai» vivrait chez elle la remarque la plus tendre à légard dOcéane.

Serge, avec réticence, ouvre la porte. Quelle surprise! Son père, Pierre, se tient là, sans appel téléphonique préalable.

«Alors, mon fils, tu minvites à entrer?»
«Papa, désolé, je ne my attendais pas.»
«Questce qui sent si bon ici?»

En entrant, il voit Océane. Serge ne lavait jamais présenté à son père.

«Voici mon père, Pierre!Et voici Océane.»
Océane, souriante, répond: «Serge, tu devais me prévenir quon aurait des invités!»
«Elle ne savait pas, cest une surprise.» sexcuse Serge.

Le père sinstalle dans le salon, Océane reste en cuisine, la préparation du dîner avance. Lannonce quelle veut faire à Serge se fera plus tard, en têteàtête, peutêtre.

Le père, simple comme bonbon, apprend quOcéane vient dun petit village de la Creuse et demande comment vont les pêches. Océane raconte des heures de paysages : rivières, champs, forêts pleines de champignons et de baies. Seulement, le village se vide, seuls quelques vieux restent, comme sa grandmère qui la élevée depuis dix ans après la mort de ses parents dans un accident de voiture.

«Ta grandmère ta bien élevée, ma petite!» lance Pierre, affecté.
«Merci, papi,» bafouille Océane, rouge de honte.

«Quand partirezvous au village?»
«Dabord, il faut que je règle le travail.»
«Pas besoin de se compliquer!On taidera.»
«Merci, mais je veux men occuper moimême. Jai déjà quelques pistes.»
«Alors prends le train, puis le bus, cest le plus pratique.»
«Et la voiture?»
«On na pas encore de voiture,» répond Pierre en sortant les clés. «Je peux monter avec vous?»

Sans autre choix, Serge, son père et Pierre partent une semaine plus tard à la rencontre de la grandmère dOcéane. Le village est réellement isolé, le réseau ne capte que sur la colline. Serge sennuie, il pousse les autres à retourner en ville, mais personne ne le suit.

Le soir, assis dans le jardin, Océane admire la nature tandis que Serge rêve de la ville. Elle répète à haute voix que bientôt il sera papa, et il veut crier que ce nest pas le moment. Avant quil ne puisse protester, la voix du père retentit :

«Je deviendrai grandpère!Bravo, Serge!Il faut se marier rapidement, ma petite, tu vas te reposer, tu auras le temps de travailler.»

La grandmère ne peut pas venir au mariage, même si on promettait de la ramener en voiture. La mère de Serge envoie un SMS froid : «Je ne te félicite pas, je ne te souhaite pas de bonheur.»

Le mariage se déroule bien, puis Serge commence son nouveau travail, Océane reste à la maison. Il se retrouve entouré de belles jeunes femmes, mais le patron du bureau est lami de son père, et il ne peut pas se permettre de «flirter» au travail.

Ils ont eu une petite fille, Katia. Au début, Serge ny accordait guère dimportance, mais il a fini par adorer lentendre dire «papa», la serrer dans ses bras et la soulever haut.

Six mois plus tard, lami de son père prend sa retraite et une certaine Lydie (la nouvelle assistante de son père) arrive. Tous les hommes la regardaient, mais son choix sest porté sur Serge. Il na pas pu résister et a commencé une liaison.

Océane a remarqué le changement de comportement de son mari, mais elle ne voulait même pas y penser. Peu à peu, il sest détaché de Katia. Pendant ce temps, Lydie ne cessait de parler :

«Mon cher, tu ne vas pas te marier avec elle?»
«Je ne peux pas, mon père me détestera.»
«Tu es un grand garçon, le père na rien à voir.»
«Je guérirai rapidement au travail.»
«Tu es malin, trouve un autre boulot, on peut même déménager.»

Serge a refusé. Lydie ne la plus laissé finir, pressentant que la conversation naboutirait à rien.

Un soir, il ne rentre pas à la maison, il part directement chez Lydie. Il envoie un message à sa femme pour dire quil reste au bureau. Le lendemain, Lydie lui propose de se reposer. Il doit choisir où aller et comment lexpliquer à sa femme.

En rentrant, il trouve Océane en panique.

«Ma mère est gravement malade, il faut aller au village. Peuxtu prendre quelques jours de congé et my emmener avec Katia?»

Il accepte sans hésiter ; la connexion y sera quasi inexistante, et il pourra se détendre avec Lydie sur un rivage dAtlantique.

Après avoir réglé ses dossiers, acheté médicaments et provisions, ils partent. Serge ne compte pas rester, il reviendra rapidement. Deux jours plus tard, il quitte le village, prend ses deux semaines de vacances, et senvole avec Lydie.

Il ne repasse pas chez lui, mais se rend chez la maîtresse. Ils parlent du séjour, des achats à faire, mais son esprit dérive.

«Je vais passer la nuit chez moi,» lance Serge.
«Pourquoi?Ta femme nest pas là.»
«Jai laissé des papiers là, je ne veux pas les perdre.» (il ment légèrement).

Cette nuit, il dort mal, obsédé par sa femme et sa fille. Il se reproche de penser à autre chose, mais il ne peut rien y faire. Au travail, tout part en vrille.

«Serge, questce qui se passe?» demande le directeur.
«Ma bellemaman est malade, je lai conduite au village.» répond Serge.
«Alors tes vacances commenceront plus tôt. Finis ce que tu as à faire et rejoins ta famille.»

Quand Lydie lappelle pour confirmer le voyage, il est à la stationservice.

«Oubliemoi. Prends le train seule. Les billets sont dans ta boîte mail, lhôtel est payé. On ne se reverra plus.»

Il prend la route vers sa femme et sa fille. Avec lui, son père, un bon ami qui est aussi médecin, et même le chien du voisin.

À leur arrivée, Katia et Océane sont dans la cour. Océane pleure, sa grandmère refuse daller à lhôpital. Le mari, le beaupère et létranger arrivent à leur grande surprise. La grandmère reprend du poil de la brique, vit dix ans de plus, rencontre un veuf du village et aide à créer une ferme. Le hameau nest plus isolé, les gens reviennent. Serge et Océane passent leurs vacances làbas avec les enfants. Parce quau fond, le vrai repos ne se trouve pas au bord de la mer, mais auprès de ceux quon aime.

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