La douleur s’évanouit avec l’amour : Quand un être cher devient étranger.

Cher journal,

La douleur séchappe avec lamour, et celui qui était proche devient étranger. Mon mari sest laissé séduire par une autre femme. Jai été anéantie, mon cœur a fondu en larmes. Nous avions partagé trente ans de vie à Paris, tissés lun à lautre comme deux lianes, du moins je le pensais. Notre intimité était à la fois spirituelle et charnelle, comme des jumeaux siamois. Puis, soudain, lun deux a brandi le couteau et sest découpé, emportant avec lui un morceau du second, pour senfuir où bon lui semblait. Le second, blessé et affaibli, reflétait ce que je ressentais.

Jai supplié, confronté, interrogé, cherché la moindre preuve. Et jai fini par lenfoncer contre le mur. Il a avoué, soulagé, et le mensonge épuisant a perdu son sens. Jai alors dû prendre la décision : divorcer ou poursuivre ainsi. Jai creusé mon âme jusquau fond.

Il nétait pas pressé de partir. Notre vie était réglée : la maison à Montmartre, les biens, les petitsenfants, les enfants Recommencer à cinquantecinq ans aurait été une folie. Mais si jinsiste, il na dautre choix que de séloigner. Jai attrapé ma tête entre mes mains, jai mis au grand jour la vérité, et tout sest aggravé. Il fallait choisir entre la rupture ou lhumiliation, sans plus de mensonges. On aurait pu dire : « il file chez sa maîtresse, ne compte plus sur le souper! ».

Je nai jamais voulu le divorce. Je laimais encore, je lui ai toujours été fidèle. Un ami sage ma donné un conseil destiné aux forts: ne rien y voir, renforcer les liens damitié, résoudre les tâches quotidiennes comme avant, vivre sa propre existence, travailler, retrouver les amis, aller aux thermes, danser comme autrefois, et rester de bons voisins.

Nous vivions autrefois dans un HLM, les voisins partageaient des pièces, parfois des relations chaleureuses. Mais on ne questionne pas les voisins sur leurs alléesetvenues. Ainsi, vivons sans trop de humiliation si la séparation est impossible. Jai suivi ce conseil. Il ne restait plus quà parler normalement avec lui, ne pas le questionner, préparer le lit dans le bureau comme il le souhaitait, prendre le petitdéjeuner ensemble, gérer les comptes en euros, même aller au théâtre et rendre visite. Une relation paisible, presque ordinaire.

Je nai pas fermé les yeux la nuit, redoutant quil parte ou quun enfant naisse ailleurs. Je ne pouvais rien changer, alors jai continué à ignorer, à ne rien demander, à rester bienveillante. Six mois se sont écoulés, douloureux pour moi, mais je ne pouvais envisager la séparation. Jai feint lamitié et la parenté, espérant que la méthode fonctionne, sans aucune garantie.

Peu à peu, il est resté davantage à la maison le soir, puis a cessé de sortir. Un soir, il sest promené en chaussons, me donnant un baiser avant de partir, puis a tenté de menlacer comme avant. Jai reculé, comme si un voisin vous étreignait sans invitation, même si vous avez longtemps partagé des bons moments. Ce geste me semblait fou.

Jai senti une odeur inconnue, une joue non rasée, un oreille qui nappartenait plus à mon mari. Je me suis libérée, dans tous les sens du terme, libérée de cet amour. Devant moi se tenait un homme dâge mûr, un parent lointain, sans autre sentiment que le souvenir dune affection passée et la douleur dune vieille cicatrice, comme après une opération.

La séparation sest accomplie. Mon époux est resté, son intérêt a regagné une forme dattention. La méthode a marché! Mais il ne provoque plus démotions. Il est devenu un voisin, un parent, un vieil ami. Rien de plus, mais cela suffit à vivre et à parler, sans dépasser cette limite.

Ainsi, nous cohabitons comme deux bons voisins, anciens connaissances. Parfois il fait des scènes, déploie ses bras dune façon presque romantique, mais cela me dérange. Je lévite, secoue la tête avec reproche, et dirige la conversation ailleurs. Ce nest pas de la vengeance, cest la perte de la proximité, la transformation en relations amicales.

De lextérieur, tout paraît parfait, les gens enviant notre «famille» heureuse. Il est difficile de réprimer les émotions, denfermer lamour et la jalousie dans un sac, de les nouer plus fort Mais le sac finit par se déchirer, il ne reste que les «relations», parfois très bonnes, comme le souvenir de ce que cet autre homme a signifié pour nous, et de la proximité que nous avions partagée.

Je referme ce journal, le cœur un peu plus léger, sachant que jai trouvé un compromis à la française, entre dignité et quotidien.

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Un chien épuisé s’échappe de la forêt avec un sac à dos sur le dos. Le contenu a bouleversé la police