CHOISIS : TON CHIEN OU MOI ! JEN AI ASSEZ DE SENTIR LA BÊTE ! a lancé Paul. Elle a choisi son mari, a emmené le chien en forêt… Et le soir-même, il lui a annoncé quil partait pour une autre.
Camille adorait son mari, Paul, au point den perdre la tête. Ils vivaient ensemble depuis cinq ans à Lyon. Pas denfant encore, mais il y avait Ulysse un vieux berger allemand que Camille avait recueilli alors quil nétait quun chiot, bien avant de rencontrer Paul.
Ulysse, cétait un membre à part entière de la famille. Intelligent, loyal, il semblait comprendre tout ce quon lui disait. Mais les années avaient marqué le chien : ses pattes étaient douloureuses, il sentait mauvais, sa fourrure tombait partout.
Paul a longtemps supporté. Mais le jour où Ulysse, nayant pas pu attendre la promenade, a souillé le parquet tout neuf du couloir, la patience de Paul a explosé.
Assez ! sest-il écrié, en pointant le chien du doigt devant la flaque. On nhabite plus quavec des chiens ! Ça pue, il y a des poils dans la bouffe et maintenant ça ! Camille, tu choisis : moi ou cette ruine !
Paul… mais il a douze ans, je ne peux pas labandonner… sanglotait Camille, serrant Ulysse contre elle.
À la SPA ! En forêt ! Fais-le piquer si tu veux ! Peu mimporte ! trancha Paul. Ce soir, si je le vois encore ici, je pars. Je veux une maison propre, pas ramasser les saletés de ton cabot !
Camille était faible. Elle avait une peur panique de la solitude. Elle craignait de perdre Paul, qui assurait leur confort, avec qui elle planifiait un voyage, la maison…
Elle a choisi son mari.
Elle a emmené Ulysse loin de la ville.
Le chien a peiné à grimper dans la voiture, gémissant sous la douleur, mais il lui a léché la main. Il croyait quils partaient se balader.
Camille a pleuré tout le trajet.
Arrivée à la lisière dune forêt à une vingtaine de kilomètres de Lyon, elle a attaché Ulysse à un arbre, pour quil ne la suive pas.
Pardonne-moi, Ulysse… Je ten supplie, pardonne-moi… murmurait-elle sans avoir la force de croiser les yeux doux du chien, assombris par lâge.
Ulysse ne sest pas débattu. Il sest simplement assis et la regardée partir. Il avait compris.
Camille lui a laissé une gamelle de croquettes. Elle a démarré et, dans le rétroviseur, elle a vu Ulysse, oubliant la douleur, bondir en tirant sur la laisse, aboyer, rauque, désespéré.
Ses aboiements ont résonné toute la route du retour.
Camille est rentrée brisée, les yeux bouffis de larmes.
Paul était là. Il faisait sa valise.
Quest-ce que tu fais ? demanda-t-elle, hébétée. Jai fait ce que tu voulais, Ulysse nest plus là, je lai laissé…
Paul la regarda froidement, un sourire au coin des lèvres.
Bravo, rapide. Mais tu sais… je pars quand même.
Quoi ? Où ça ?
Chez Hélène. Tu la connais, du service compta. On se voit depuis six mois. Elle attend un enfant.
Camille seffondra sur une chaise. Tout vacillait.
Mais… tu avais posé un ultimatum… Le chien ou toi… Pourquoi ?
Je voulais voir jusquoù tu irais, répondit Paul, cynique. Voir si tu avais du caractère. Mais tu as sacrifié ton ami pour moi. Ça me fait peur, tu sais. Si tu peux abandonner le chien qui ta aimée dix ans, tu me jetterais sans état dâme si jétais malade.
Il ferma sa valise.
Adieu, Camille. Et au fait… Ulysse était le seul vrai homme ici. Toi, tu nes quune traîtresse.
Quand la porte claqua, Camille seffondra en larmes.
Elle comprit ce quelle avait fait. Pour un homme qui ne laimait pas, elle avait trahi lâme qui la chérissait comme personne.
Elle attrapa ses clés et fonça vers la forêt.
Il faisait nuit, la pluie tombait fort.
Arrivée à larbre, la laisse était coupée. La gamelle renversée. Ulysse avait disparu.
Ulysse ! Ulysse ! Mon chien ! criait-elle, courant à travers les branchages, le visage griffé par les ronces.
Elle la cherché trois jours. A placardé des affiches, contacté les refuges. Pas dormi, à peine mangé.
Le quatrième jour, le téléphone sonna.
Vous cherchez un berger allemand ? On en a trouvé un sur lautoroute. Renversé par un camion.
Camille alla reconnaître le corps.
Cétait lui.
Ulysse avait sans doute brisé la laisse pour partir à sa recherche. Malgré la douleur, malgré la peur, il courait vers sa maison. Vers celle qui lavait laissé. Il est mort au bord de la route, sans jamais la revoir.
Camille a enterré Ulysse.
Deux ans ont passé.
Elle vit seule. Elle na jamais pu refaire confiance, ni aux autres, ni à elle-même.
Paul, lui, est heureux, une nouvelle femme, un enfant. Il a rayé Camille de sa mémoire pour lui, tout cela nétait quun moyen facile de partir et de lui faire porter le poids de la faute.
Camille, elle, est bénévole dans un refuge pour vieux chiens. Elle nettoie, soigne, console. Elle tente de racheter ses erreurs.
Chaque nuit, le même rêve : elle se tient sous larbre, Ulysse la fixe. Elle lappelle, il ne vient pas. Il regarde, sans colère, avec une tristesse sans fond.
Dans ce regard se trouve sa sentence.
Morale : La trahison ne sefface pas. Nabandonnez jamais vos amis fidèles pour ceux qui vous condamnent à choisir. Un véritable amour ne menace ni nimpose. Si on vous y contraint, cest que la trahison a déjà été faite et céder, cest sinfliger à soi-même la pire des blessures.







