Elle a accouché en silence et voulait confier son bébé : chronique d’une sage-femme confrontée à l’histoire émouvante de Lilou, une étudiante française, abandonnée par le père, qui hésite entre adoption et instinct maternel, jusqu’à un dénouement inattendu grâce au soutien hospitalier et familial

Journal intime Service de maternité, Paris

Je suis sage-femme depuis de nombreuses années, et tout au long de ma carrière, jai vécu des moments touchants, mais aussi des heures plus sombres. En général, nous, le personnel soignant, évitons de nous mêler des affaires personnelles des patientes, mais récemment, il ma fallu intervenir pour soutenir une jeune étudiante, Camille, qui venait tout juste de donner naissance à une adorable petite fille quelle comptait aussitôt confier à ladoption.

Camille navait jamais vu de médecin pendant toute sa grossesse, neuf mois durant. Elle est arrivée à lhôpital sans sêtre confiée à personne, ni même à moi, quand je lai interrogée sur les raisons de ses choix. Avant son accouchement, je nai pas eu loccasion dinsister.

Le travail de Camille était exemplaire, presque silencieux, bien loin du tumulte des femmes ayant suivi les cours de préparation à la naissance. Elle soufflait doucement, suivait chacune de mes instructions à la lettre : tout se déroulait merveilleusement bien. Au moment où jai pris la petite dans mes bras, elle a poussé un cri vigoureux, saluant le monde comme une nouvelle venue. Camille, les larmes aux yeux, regardait sa fille pleurer, bouleversée. Je lui ai annoncé que la petite était en parfaite santé nous pouvions être fières davoir accueilli une si belle enfant.

Mais très vite, sur le service, Camille ma avoué quelle voulait la confier à ladoption et ma demandé dinformer les services sociaux. Nous avons tenté de lencourager, de la rassurer, lui expliquer quelle agissait trop vite, mais la jeune fille refusait de placer sa fille contre elle, demandant simplement quon la laisse tranquille.

La petite, contrairement à tant dautres, refusait le biberon artificiel, mais ouvrait la bouche, flairant le lait maternel, cherchant désespérément la chaleur quelle ne trouvait pas…

Les journées passaient et la fillette commençait à perdre du poids. Lors de ma garde suivante, je nai pas pu mempêcher de la ramener à sa mère, malgré la désapprobation de mes collègues. Jai expliqué à Camille, les mots presque fermes, que son refus mettait la santé de sa fille en danger et je lui ai quasiment supplié de la nourrir. Quand la jeune mère a finalement accepté de la placer au sein, la petite sest jetée sur le lait avec un appétit incroyable. Prétextant une urgence, je les ai laissées seules.

En revenant un peu plus tard, je les ai trouvées toutes deux endormies, Camille serrant sa fille contre elle dans une étreinte douce. Plus tard, Camille est sortie dans le couloir, sa fille lovée dans ses bras, et sest assise près de mon bureau pour me parler.

Petit à petit, elle ma révélé la vérité. Le père de sa fille, Paul, est un entrepreneur reconnu à Paris, marié depuis plusieurs années. Sans surprise, il na pas accueilli la grossesse avec joie. Il avait insisté pour une interruption volontaire, mais Camille avait refusé. Lorsquil a appris sa décision, il en a parlé à sa femme, qui, pleine de colère, a fait pression sur Camille pour quelle se débarrasse de lenfant, recourant à des menaces mais aussi à des propositions dargent. Paul a alors disparu de la capitale, et son épouse poursuivait ses manœuvres pour contraindre Camille à abandonner la petite.

Finalement, Camille ma regardée sans masque et ma confié : « Je veux la garder Mais je ne sais pas comment je vais men sortir avec elle à la cité universitaire, sans le sou… »

Touchée par sa détresse, je lai félicitée et tenté de la rassurer. Notre chef de service, très bien introduit à Paris, a su rapidement entrer en contact avec Paul et organiser une rencontre. Contre toute attente, il ne sest pas dérobé et sest présenté quelques heures plus tard. Au cours dune longue conversation, ils ont évoqué la vie à venir de Camille et de sa fille. À notre grand étonnement, Paul sest montré digne : il a pris ses responsabilités.

Après la sortie de la maternité, Camille a trouvé un petit appartement dont le loyer fut payé en avance pour une année, grâce à Paul. Il lui a également remis une belle somme en euros, suffisante pour démarrer sa vie avec sa fille. Il a promis de veiller sur elle dans le futur, comme un père devrait le faire. Peut-être que, face à la petite, il sest laissé rattraper par sa conscience.

Je nai pas la moindre idée du chemin que prendra Camille avec sa fille; je nourris simplement lespoir quun jour, elles formeront ensemble une vraie famille, entourées damour, dans la douceur de la vie parisienne.

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Elle a accouché en silence et voulait confier son bébé : chronique d’une sage-femme confrontée à l’histoire émouvante de Lilou, une étudiante française, abandonnée par le père, qui hésite entre adoption et instinct maternel, jusqu’à un dénouement inattendu grâce au soutien hospitalier et familial
— On vivra dans un placard, — murmura ma femme en parlant de notre enfant. Mais elle ignorait à quel point tout allait basculer…