« La mère de ma femme est fortunée, jamais nous naurons besoin de travailler ! » sexclamait mon ami, un sourire victorieux aux lèvres.
Mon ancien camarade, Guillaume, rêvait dune vie douce, entretenue par la richesse dautrui. Il déployait tous ses charmes pour séduire une jeune femme issue des beaux quartiers de Lyon. Cela sautait aux yeux quil ne laimait pas vraiment ; à mon sens, rien de bon ne pouvait sortir dun tel mariage arrangé. Mais Guillaume était convaincu quépouser une héritière serait le sésame pour un bonheur facile, sans souci, sans effort. On pourrait presque sy laisser prendre, sil nétait pas évident que la jeune femme elle-même ne savait rien du monde du travail. Toute cette aisance venait de sa mère, Madame Lefèvre, propriétaire de plusieurs grandes boutiques en plein cœur de Lyon.
Un soir, je tentai de ramener mon ami à la raison, le regard grave :
Tu nimagines pas quils vont nourrir un flemmard toute leur vie. Il ny a pas de honte à être autonome, à gagner sa croûte.
Oh, franchement, lâche-moi avec ça. Un bébé va arriver, ils ont une confiance totale en moi ! Guillaume, ravi, me coupa la parole.
Je ne pouvais pas comprendre ce raisonnement. Tromper sa compagne de cette façon, vivre aux crochets de sa belle-famille, me révoltait. A mes yeux, un homme devait gagner sa vie, subvenir aux besoins des siens, par dignité.
Le temps passa. Par curiosité, je minformai sur la nouvelle vie de Guillaume. Ni lui ni son épouse, Amélie, ne travaillaient ; ils passaient le temps à jouer sur lordinateur, à regarder des émissions ou à faire la grasse matinée, alors que la mère dAmélie subvient à tous leurs besoins. Peut-être étais-je un peu jaloux, après tout Guillaume avait obtenu ce quil cherchait tant.
La mère dAmélie a de largent, on est tranquilles, travailler na plus de sens pour nous ! se vantait-il avec insouciance, savourant sa vie douillette.
Mais tout a une fin. Lentreprise familiale de Madame Lefèvre connut des difficultés, les revenus chutèrent de façon spectaculaire. Un matin, elles leur proposa de laider dans une de ses boutiques.
Un mois sans nouvelles, et puis le téléphone sonna. La voix de Guillaume, éteinte, presque tremblante, me demanda de lui prêter cinq mille euros pour deux semaines.
Je cherche du boulot, je vais passer un entretien. Dès la première avance, je te rembourse… On na plus rien, cest la galère, murmura-t-il, abattu.
Son existence sans nuages sécroula ainsi. Dès lors, Amélie et lui prirent un emploi, à la boutique de la belle-mère. Guillaume ma rendu ce quil me devait. Sa famille na jamais retrouvé sa splendeur dantan.
Voilà ce quil en est des familles riches. On ne doit compter que sur soi-même pour avancer. Cest alors, et seulement alors, quon peut se sentir en sécurité, et vraiment heureux.







