J’ai ouvert l’ordinateur portable de mon mari et je suis tombée sur une conversation avec ma sœur

Jai ouvert lordinateur portable de mon mari et je suis tombée sur une conversation avec ma sœur.
Léa, ça suffit! Je tai bien dit que javais oublié! sest écrasé Pierre sur la table, les tasses en porcelaine ont tinté. Oublié, tu comprends? Pas exprès!

Oublié! À chaque fois! a tremblé la voix de ma sœur, Béatrice, les yeux rouges de larmes, debout au milieu de la cuisine. Cest la troisième fois ce moisci! Lexamen de Léo est demain, il avait besoin du livre! Tu avais promis daller au magasin!

Et pourquoi pas toi? Tes mains sontelles en mousse?

Jai travaillé jusquà huit heures! Toi, tu es parti plus tôt, tu aurais pu passer!

Pierre sest levé dun bond, a renversé la chaise.
Tu sais quoi, jen ai marre de tes reproches! Toujours à me faire porter le chapeau! Il a saisi sa veste sur le portemanteau. Jai besoin dune promenade, sinon je deviens fou!

Il a claqué la porte. Béatrice sest affalée dans une chaise, le visage enfoui dans ses paumes. Les larmes létouffaient, mais pleurer devant Léo, cétait impossible. Léo était dans sa chambre, feignant détudier, mais il devait bien avoir entendu toute la dispute.

Elle sest essuyée les yeux, sest levée. Il fallait se calmer. Ce nétait pas la première fois quils se chamaillaient. Mais depuis peu, Pierre était irritable, distant. Il rentrait tard, répondait aux questions par un «oui», le téléphone collé à loreille.

Béatrice a traversé le couloir, sest assise sur le lit. Le silence pesait comme une couverture mouillée. Dehors, la pluie doctobre tombait en fines rides. Elle a jeté un œil sur la table de chevet où reposait lordinateur de Pierre. Il lavait oublié en partant se balader. Dordinaire il lemportait partout, mais aujourdhui, pressé, il la laissé là.

Elle a tendu la main, puis sest ravisée. Espionner son mari? Cest bas. Mais la main a semblé se diriger delle-même vers lordinateur. Elle a soulevé lécran. Le fond décran était une photo de famille: elle, Pierre et le petit Léo au chalet chez les grandsparents, souriants, enlacés. Trois ans déjà, peutêtre.

Elle a glissé le doigt sur le pavé tactile. Le mot de passe: la date de naissance de Léo. Elle la tapé. Le bureau sest affiché, dossiers, icônes, rien de suspect.

Le navigateur sest ouvert, lhistorique montrait des sites dactualités et un forum dautomobilistes. Pierre adore les voitures, cest normal. La messagerie a affiché les courriels: boulot, pubs, newsletters.

Juste au moment où elle allait fermer, une icône de messagerie a clignoté en bas. Elle a pointé le curseur, cliqué.

Une fenêtre de chat sest ouverte. Le premier contact était Béatrice.

Le cœur a chaviré. Béatrice? Pourquoi Pierre échangetaitil avec sa sœur? Ils navaient jamais eu de relation intime. Béatrice habitait à Lyon, on ne se voyait quune fois par an, aux fêtes.

«Pierre, merci infiniment! Tu ne sais pas combien cest important pour moi!»
«De rien, Béa. Content daider. Mais ne le dis pas à Léa maintenant, daccord?»
«Promis! Elle ne comprendrait pas. Tu sais comment elle est»
«Je sais. Cest pourquoi je tai dabord parlé.»

Elle a lu les lignes, le sang se glaçait. De quoi parlaitils? Questce qui se cachait?

La conversation avait commencé il y a un mois et demi. Premier message de Béatrice:

«Pierre, désolée de técrire si soudainement. Jai besoin de ton aide. On peut sappeler?»

«Salut, Béa. Bien sûr, je rappellerai dans vingt minutes.»

Depuis, les échanges étaient quotidiens. Pierre sinquiétait de ses soucis, elle se plaignait de son travail, de sa solitude. Puis, soudain:

«Je viens samedi. Tu me retrouves?»

«Oui, où et à quelle heure?»

«À la gare, trois heures de laprèsmidi. Merci, tu es un vrai ami.»

Elle a relevé la date: cétait le samedi passé. Elle se souvenait que Pierre était parti tôt, disant quil allait chez un ami à la campagne. Il était revenu tard le soir. Donc il nétait pas chez un ami. Il avait rencontré Béatrice. Pourquoi?

Les mains tremblaient. Elle a continué la lecture. Après la rencontre, Béatrice écrivait:

«Pierre, je te suis tellement reconnaissante! Tu mas sauvée!»

«Pas besoin de me remercier, limportant cest que ça marche.»

«Ça marchera, tu crois en moi, ça me donne du courage.»

Plus tard, hier soir,

«Je reviens bientôt. Tu me manques. On se voit?»

«Daccord, mais fais attention. Léa commence à sentir quelque chose, je crois.»

«Ne tinquiète pas, je comprends tout. À bientôt.»

Elle a claqué lordinateur. Le regard perdu dans le mur, le chaos dans la tête. Infidélités? Un amant avec sa sœur?

Non, cétait du délire! Béatrice nétait pas une traîtresse! Elles avaient grandi ensemble, jouées aux poupées, partagé leurs secrets.

Désolé, Léa, je nai pas fait exprès, se souvenaitelle de Béatrice, les épaules haussées. Cest arrivé comme ça.

À seize ans, elle avait pardonné. Mais maintenant

Elle se rappelait le mariage. Béatrice, demoiselle dhonneur, en robe rose, tournoyant autour de Pierre, riant, effleurant son bras.

«Léa, tu es si heureuse! Pierre est une perle!»

À lépoque, elle navait rien pensé.

Les visites de Béatrice étaient rares: anniversaire de Léo, Nouvel An, toujours des cadeaux, des bavardages dans la cuisine pendant que Léa cuisinait. Ça semblait ordinaire. Mais si

Elle a couru dans la pièce, cherchant la raison. Il fallait se calmer, réfléchir. Peutêtre que Béatrice avait vraiment besoin daide, et elle avait demandé à Pierre dassister? Pourquoi le cacher?

Des pas ont retenti dans le hall. Pierre rentrait. Léa sest allongée sur le lit, a fait semblant de dormir. Elle a entendu le cliquetis du portable, le passage de la cuisine à la salle de bain, puis le silence du couloir.

Léa, tu dors? a murmuré Pierre.

Elle na pas répondu. Il sest allongé à côté delle, son souffle sest fait régulier, il sest endormi.

Au matin, Léa sest réveillée avec un mal de tête. Pierre était déjà en cuisine, versant du café.

Désolé pour hier, atil dit. Jai vraiment oublié le livre pour Léo. Après le travail, je le ramènerai.

Daccord, a murmuré Léa, les yeux baissés.

Tu es fâchée contre moi?

Non. Juste je ne me sens pas bien.

Tu ne veux pas prendre un congé?

On verra.

Il a posé un baiser rapide sur sa joue, puis est parti au travail. Léo a attrapé son sac et est sorti. Léa est restée seule, lordinateur de Pierre sous les yeux. Elle a relu les messages, cherchant un indice, mais plus elle lisait, plus elle était perdue.

Elle a appelé Béatrice.

Allô, Léa? la voix était nasale, à moitié endormie. Questce qui se passe si tôt?

Rien. Juste ça fait longtemps. Comment vastu?

Ça va, je bosse trop, je suis crevée.

Dis, tu pensais venir chez nous?

Pas vraiment, pourquoi?

Juste on ne sest pas vus depuis longtemps.

Je suis débordée, peutêtre pour le NouvelAn.

Ils ont parlé de bricàbrac, puis ont raccroché. Béatrice avait menti, disant ne pas venir alors que les messages disaient le contraire.

Le reste de la journée, Léa était nerveuse, incapable de se concentrer. Le soir, elle est rentrée plus tôt que dhabitude, a préparé le dîner, attendait Pierre, répétant mentalement ce quelle dirait.

Pierre est arrivé à huit heures, tout sourire.

Salut la famille! atil crié en entrant. Jai acheté le livre pour Léo!

Léo a bondi, a attrapé le bouquin.

Papa, merci!

De rien. Le dîner est prêt? Jai faim comme un loup!

Ils ont mangé en silence. Léa le regardait, incompréhensible.

Quand Léo est allé dans sa chambre, Léa a soufflé:

Pierre, il faut quon parle.

Il a levé les yeux.

De quoi?

De tes messages avec Béatrice.

Le visage de Pierre a pâli, les yeux se sont élargis.

Quels messages?

Ne fais pas semblant. Jai vu. Sur ton ordinateur.

Tu tu as fouillé dans mon portable?! sa voix sest élevée.

Oui, jai trouvé des choses très intéressantes! Tu rencontres ma sœur! En cachette!

Léa, ce nest pas ce que tu crois

Alors explique! Pourquoi vous vous voyez? Pourquoi le cacher?

Pierre a passé la main sur son visage, sest assis.

Béatrice ma demandé de laider. Elle a perdu son emploi, tout était fini. Elle avait honte de te le dire, elle savait que tu te mettrais la pression. Elle voulait que je laide à trouver un travail ici, à Paris, avant de ten parler.

Léa était muette, digérant linformation.

Elle veut sinstaller ici?

Oui. Jai contacté un cabinet de recrutement, jai cherché des offres pour elle.

Elle a regardé le téléphone que Pierre lui a tendu: les échanges avec un agent RH, les CV, les postes.

Cest tout?

Tout. Je te jure, il ny a rien entre nous.

Pourquoi ne pas men avoir parlé dès le départ?

Béatrice craignait que tu ty opposes, que tu dises: «Pourquoi venir ici?» Elle voulait tout préparer avant de te le dire.

Léa a pensé à sa propre façon de contrôler, dintervenir dans tout. Elle a finalement demandé:

Juremoi que rien ne se passe entre vous.

Pierre a pris sa main, la regardée droit dans les yeux.

Je le jure, Léa. Je nai dyeux que pour toi. Béatrice, cest seulement ma sœur, je lai aidée comme je le ferais pour nimporte quel proche.

Léa a hoché la tête, a serré la main de Pierre.

Daccord, je te crois.

Ils se sont enlacés, elle sest appuyée contre son parfum familier, le souffle de Pierre réchauffait son dos.

Une semaine plus tard, Béatrice a appelé.

Léa! Jai une nouvelle! sa voix pétillait. Jemmigre chez vous! Jai trouvé un boulot! Tu imagines?

Vraiment? a feint Léa. Cest super! Quand?

Dans un mois, jai déjà un appartement près de chez vous. On sera tout le temps ensemble!

Génial, Béa. Je suis heureuse pour toi.

Ils ont parlé encore vingt minutes, Béatrice a omis toute mention de Pierre.

Quand Béatrice est venue, elles se sont retrouvées à trois dans un café du Marais. Elle était rayonnante, plus belle que jamais, les yeux brillants, un sourire qui éclaire la ville. Elle a enlacé Léa, la remerciée pour son soutien, même si Léa ne lavait pas réellement apporté.

Léa, je suis tellement ravie dêtre à côté de toi! gazouillaitelle. On se verra chaque jour!

Pierre, détendu, a serré la main de Béatrice, la félicitée pour le nouveau poste. Aucun regard déplacé, aucune soustone. Léa observait, cherchant le moindre signe, mais rien.

Peutêtre avaitelle imaginé tout cela? Peutêtre étaitelle paranoïaque.

Un mois plus tard, tout semblait revenu à la normale. Béatrice sétait installée, apportait des gâteaux, jouait avec Léo, discutait avec Pierre comme avec un oncle.

Puis, un soir, Béatrice est arrivée en détresse.

Léa, je peux rester chez vous? atelle supplié. Mon appartement a fuité, les plombiers ne viennent quaudelà de demain.

Bien sûr, viens tinstaller sur le canapé du salon.

Elles ont bu du thé jusquà tard. Pierre sest couché tôt, Léo aussi. Les deux sœurs ont fini par sasseoir seules.

Léa, vous êtes bien heureux tous les deux ? a demandé Béatrice soudain.

Léa a frissonné.

Bien, pourquoi?

Je remarque quil est souvent triste ces derniers temps.

Le travail, sûrement.

Peutêtre Il a besoin de toi. Prendsle soin, il est bon.

Léa a repris sa chambre, Pierre ronflait. Elle na pas pu dormir. Les mots de Béatrice tournaient dans sa tête.

Au milieu de la nuit, elle sest levée, a cherché de leau. En passant dans le salon, elle a entendu un bruissement. Elle a jeté un œil: Béatrice était allongée sur le canapé, la lumière du téléphone éclairait son visage.

Oh, Léa, tu mas fait peur!

Tu dors?

Non, je tourne en rond, je pense à tout.

À quoi?

Béatrice a baissé la voix.

À la vie. À ma solitude. Toutes mes amies sont mariées, avec enfants. Et moi

Tu trouveras ton homme, la rassurée Léa. Tu es belle, intelligente.

Merci, atelle, un sourire triste. Va dormir.

Léa est retournée dans sa chambre, le cœur lourd, se demandant ce qui se tramait vraiment.

Au matin, Béatrice est partie tôt, remerciant de laccueil. Pierre était déjà à la table, le café à la main.

Bonjour, atelle.

Bonjour. Béatrice estelle partie?

Oui.

Pierre a replongé son regard dans son téléphone. Léa a pris son thé, sest assise en face de lui.

Pierre, sois honnête. Tu as des sentiments pour Béatrice?

Il a levé les yeux, surpris.

Quoi? Non! Doù ça vient?

Juste je vois parfois que tu la regardes.

Léa, on en a déjà parlé! Je taime, Béatrice nest quune sœur!

Daccord, atelle, buvant son théFinalement, le matin séveilla sur un foyer réconcilié, où la confiance, fragile mais renaissante, tissait à nouveau le fil invisible qui les unissait.

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J’ai ouvert l’ordinateur portable de mon mari et je suis tombée sur une conversation avec ma sœur
L’Héritage Une grande femme à la voix forte sortit du compartiment et dispersa aussitôt ceux qui gênaient le repos des voyageurs. Il convient de préciser que même les hommes les plus robustes et effrontés obéirent comme un seul homme à sa présence. Ses cheveux blonds étaient tressés en couronne autour de sa tête, ses yeux scintillaient d’un bleu éclatant et ses joues étaient rosies de santé. Son regard se tourna vers les toilettes, d’où surgit alors un petit homme pâle et mince, aux cheveux fins comme du duvet, au visage attendrissant et enfantin. — Nicolas ! Je t’ai déjà perdu ! Avec tout ce vacarme, la contrôleuse n’ose même plus approcher. Je me demandais comment tu allais tenir… Des gens pareils, ils te bousculeraient sans raison ! s’exclama la dame. — Oh, Anna ! Je leur aurais montré… Mais pourquoi es-tu sortie, Annette ? Tu es une vraie dame ! répondit l’homme dans un sourire timide en se faufilant dans le compartiment. La dame nous observa, moi et quelques autres passagers ennuyés. Rassurée qu’aucune menace ne pesait sur son homme, elle disparut à son tour. Plus tard, on se retrouva dans le wagon-restaurant. Faute de place, je partageai la table de cette dame, sans voir son mari. Quittant à peine sa viande et ses pommes de terre, elle dit d’une voix sonore : — Je m’appelle Anne Andréevna. Mais vous pouvez dire Anna. — Vous voyagez seule ? Votre mari va-t-il vous rejoindre ? — Il se repose, il ne viendra pas. Je lui ai enroulé une écharpe autour du cou, donné du sirop de canneberge… Imaginez, partir en voyage et Nicolas tombe malade ! Il est même sorti caresser le tapis en simple pull ! Voilà ce qui arrive quand on ne surveille pas assez ! — Vous devez beaucoup l’aimer. Vous êtes sortie tout à l’heure pour le défendre, pas l’inverse, et maintenant vous parlez de lui avec une telle tendresse… — Nicolas m’est venu comme un héritage. Ce n’est pas mon mari, à proprement parler. Bien que nous vivions ensemble. Il est encore en deuil. Sa première femme est partie pour l’autre monde récemment. C’était une sainte, d’une bonté… soupira Anne. — Comment ça, en héritage ? demandai-je. Et Anne raconta l’histoire. Nicolas avait vécu avec Lydie depuis le lycée, puis à l’université, puis ils s’étaient mariés. Il était inventif, brillant, il ne manquait jamais de contrats et la famille vivait confortablement. Mais dans la vie ordinaire, Nicolas était inadapté : il oubliait la monnaie à l’épicerie, traversait n’importe où, ne savait pas acheter ce qu’il fallait, donnait son argent aux inconnus… — Ton mari n’est pas de ce monde, plaisantaient les amis. C’est à croire qu’on l’a envoyé ici par erreur… Nous, on se tue au travail sans rien gagner, mais lui, l’argent coule tout seul ! Lydie n’en faisait cependant pas une histoire : son énergie et son sens pratique suffisaient pour deux. C’est elle qui préparait son mari pour le travail, vérifiait s’il avait bien mis ses gants et son écharpe, qui acheta une voiture pour le conduire, parce que Nicolas avait déjà oublié de donner la bonne adresse au taxi. Ils se complétaient à la perfection. Mais le jour où Lydie fut hospitalisée une semaine, elle rentra choquée : Nicolas avait grignoté des nouilles crues, bu de l’eau, laissé les provisions du congélateur intactes. — Sans toi, je n’ai même pas faim, sourit Nicolas. Leur fils André, tout à l’image de son père, était extrêmement intelligent, mais réservé et distrait. Lui aussi, plus tard, épousa une discrète villageoise, Hélène. Le pilier de la famille restait Lydie, qui veilla sur tous, surtout à la naissance du petit-fils Alexis. Mais la maladie la frappa soudainement. La maison se vida, Nicolas fut perdu, courut les meilleurs médecins, prêt à tout payer. Mais rien n’y fit. Lydie souffrait surtout pour les siens : « Sans moi, Nicolas et André ne survivront pas ! » pria-t-elle. C’est alors qu’Anne fit son apparition, auxiliaire de vie et lointaine cousine du médecin de Lydie. Dès sa première visite, elle trouva la maison dans un état pitoyable, Nicolas aussi fragile qu’un vicomte, l’atmosphère lourde de désespoir. À la fin de la journée, propreté, plats mijotés, Lydie paisiblement endormie, et Anne réprimanda Nicolas qui voulait sortir en coupe-vent sous le froid : — Halt là ! On ne sort pas avec si peu ! Votre femme a besoin de vous en bonne santé. Enfilez la doudoune, je vous mets une écharpe et la casquette aussi. Allez, en avant ! Lydie en pleura de soulagement. Et, se sentant décliner, elle proposa à Anne, lors d’une conversation : — Anne, tu voudras bien veiller sur lui quand je ne serai plus là ? Je te laisse mon mari en héritage ! Prends soin de lui… Il tombe malade facilement, il fait trop confiance… Anne, surprise, accepta la promesse. Après la mort de Lydie, pourtant, elle fut réticente : on allait imaginer qu’elle voulait s’approprier l’appartement, et de toute façon, ni elle ni Nicolas ne semblaient s’apprécier outre mesure. Mais elle avait promis. Elle se rendit chez lui, trouva la porte ouverte, Nicolas effondré sur le peignoir de sa femme, pleurant comme un chien abandonné. Anne s’occupe de lui, cuisine, redonne vie à la maison. Nicolas guette chaque jour son arrivée. — J’ai fini par m’installer avec lui, raconta Anne. Pourquoi le laisser seul ? Ma famille s’est réjouie d’avoir plus de place. En somme, j’ai hérité d’un grand enfant, plutôt qu’un mari. Mais quel génie ! Aucun souci d’argent, il m’a convaincue de quitter mon travail… Certains ont jasé, mais je les ai calmés : on recueille bien chiens et chats, non ? Pourquoi pas un homme perdu, désemparé ? Je l’aide, voilà tout. Il est doux, mon Nicolas. On a vraiment besoin l’un de l’autre ! Là, on va voir son fils, il m’a demandé de l’aider avec son enfant. J’en élèverais dix, s’il le fallait ! C’est alors que Nicolas, en longue écharpe et un bouquet de fleurs des champs à la main, entra discrètement dans la voiture-restaurant. — Mais pourquoi t’es-tu levé ? Tu n’es pas remis ! Il ne faut pas te laisser seul une minute… Tu transpires, viens te changer ! Et Anne, accompagnée de son précieux héritage, se dirigea vers la sortie, Nicolas lui murmurant : — Anna, j’ai acheté ces fleurs pour toi chez les grand-mères de la gare, tu aimes ? Elle rougit et lui mit la main sur l’épaule. Ils quittèrent le train à la station suivante : Anne portant une valise immense, Nicolas la petite, elle le tenant toujours par le haut du manteau pour ne pas le perdre dans la foule. Sourire aux lèvres, ils brillaient comme deux soleils. Il était évident : elle serait vraiment la bonne seconde épouse qu’il méritait !