Un Parent de Plus en Plus Chafouin

Un parent qui senfle

Comment tu imagines ça, maman? sindigne Maëlys. Je vais devoir loger deux semaines chez un homme que je ne connais pas?

Pourquoi «inconnu»? Cest Henri, le fils de ma cousine Léa, cest de la famille!

Tu te souviens, on jouait ensemble quand jétais petite; on était chez eux! réplique sa mère, Lucie.

Maman, jai presque trente ans! Où est lenfance? tente Maëlys de percer le silence. Tu veux encore me marier?

Ne raconte pas nimporte quoi: cest un parent! Attends le visiteur, rien ne tarrivera! conclut fermement Lucie, avant de raccrocher.

Lucie respecte toujours les liens du sang: la famille, cest sacré! Elle impose donc à sa fille dhéberger Henri, qui vient de quitter Lyon pour Paris, la ville des possibles.

«Accueillele à la façon dun parent», lui rappelle-telle, «pas de location, cest la famille!»

Élodie, professeure de russe et de littérature au lycée, se souvient que ladverbe «à la façon dun parent» était le préféré du tristement célèbre Jules Goulard, connu pour ses petites magouilles.

Elle propose à sa mère dhéberger le neveu, parce quelle est si gentille. Après tout, qui voudrait être jeté sur le dos dun étranger?

Lucie vit avec son mari dans un petit studio dépoque, avec une cuisine minuscule où même une petite table pliante ne tient pas. «On ne peut pas mettre Henri ici, Maëlys!» sécrie-telle.

Lhumeur de Maëlys se gâche: elle vit déjà seule, un mariage de courte durée ne compte plus.

Son premier mari, un étudiant, la quittée après six mois; ils nont même pas eu le temps davoir un enfant. Maëlys ne veut pas denfants dun homme qui savère être un «bon à rien».

Elle possède une vieille mais solide pièce de deux pièces, héritée de sa grandmère. Tout fonctionne: la machine à laver tourne, le frigo garde le froid, la télévision diffuse.

Au travail, Maëlys a un bon poste avec un salaire respectable. Ses amies sont nombreuses, et la solitude du soir est comblée par le chat Biscotte, nommé comme le chien de chasse de la fameuse histoire de «Le Petit Nicolas».

Maëlys prépare une chambre pour Henri et lattend avec prudence.

Que cherchestu, je ne veux pas paraître curieuse? Des bijoux? Tu penses que jai installé une cuvette dorée pour ton arrivée? demande-telle.

Je veux simplement savoir où je vais habiter! répond Henri.

Et si tu naimes pas, tu pars? senquiert Maëlys, intriguée.

Jy reste, mais

Mais quoi? le pressetelle.

Rien! répondil.

Ils sinstaurent autour dun thé. Henri apporte un gâteau que Léa a transmis, et achète un petit gâteau au chocolat. Le locataire nest pas un parasite.

Dans la vie quotidienne, Henri se montre très serviable: il fait la vaisselle sans quon le demande, cuisine correctement et ne laisse aucune flaque dans la salle de bain. En bref, il est «éduqué au bac à litière».

Merci à tante Léa et à la première épouse dHenrion ne sait qui a le plus contribuélui aussi était divorcé.

Tu plaisantes! sétonne Lise, amie de Maëlys, lorsquelle parle du nouveau colocataire. Cest le mari idéal, faut le prendre!

Lise connaît bien la situation: elle sest séparée de son Léon pour la même raison.

Mais on est parentés! Et puis il ne me plaît pas! rétorque Maëlys.

Quelle parenté? Cest comme de leau de pluie sur de la gelée! Comment ça peut ne pas te plaire? Il est pas un crétin? ironise Lise.

Pas du tout! Henri est plutôt séduisant, même sil nest pas mon type.

Il ne correspond tout simplement pas à Maëlys: leurs rythmes sont opposés, elle est hibou, lui alouette. Elle préfère une vie lente, suivant la sagesse orientale «hâtetoi lentement». Henri, lui, est toujours en mouvement, moteur flamboyant, toujours vers lavant.

Le premier jour, il lemmène à un théâtre, billets réservés en ligne. Maëlys naime pas le théâtre, mais accepte dy aller.

Elle adore les pièces classiques en ligne, mais les mises en scène modernes la laissent froide: pas de rideau, costumes contemporains, texte incompréhensible. Le texte ne parle même pas de notre époque, selon le metteur en scène.

Henri, lui, adore la nouveauté et, sur le chemin du retour, essaie de convaincre Maëlys que son avis est erroné, argumentant avec passion.

Ce nest pas du tout nouveau? demande Maëlys calmement. Lancien me suffit!

Cest le progrès! sécrie Henri, parlant de la ville des possibles, Paris, et de ses projets grandioses.

Pendant ce temps, Biscotte se cache sous le lit, comme à son habitude quand quelque chose le dérange. Le charmant Henri ne plaît pas non plus au chat.

Le deuxième jour, Henri achète un nouveau tapis et jette lancien qui traînait dans lescalier. Maëlys accepte le changement sans protester.

Il trouve aussi une nouvelle casserole, disant que lancienne colle la bouillie au fond. Il lutilise pour préparer son petitdéjeuner copieux, et Maëlys reste muette.

Il propose même de payer les charges: «Je consomme leau et lélectricité, alors je paierai!» Mais Maëlys refuse, sentant que cest une empiétement sur son espace.

Depuis quand un invité doit payer le loyer? Si ce nest pas pour senfuir! répliquetelle.

Henri, de son côté, envoie des CV partout, passe des entretiens, espère une offre.

Vers la fin de ses deux semaines, il commence à éternuer, le nez coule, la peau du visage sépaissit. Cest la fin du séjour, mais personne ne part.

Henri se met à crier sur Maëlys: «Pourquoi tu passes en bottes dans la cuisine?» ou «Pourquoi tu as acheté ce détergent?»

Maëlys se sent ridiculisée, comme si elle était la «femme du ménage», alors que le chat Biscotte lignore toujours.

Le dixhuitième jour, Henri reçoit enfin un appel: il est embauché. Il partage la bonne nouvelle, mais reste discret sur le fait quil va déménager.

Maëlys, dépassée, décide daborder le sujet.

Henri, les hôtes ne sontils pas fatigués? lui demandetelle le lendemain, avant son examen médical obligatoire pour le poste.

Le soir suivant, elle trouve la table dressée pour un dîner dadieu.

Un dernier repas? Merci le ciel! pense Maëlys, soulagée de ne pas devoir commencer une conversation difficile.

Henri, toujours dhumeur joyeuse, verse du vin et prend la parole.

Je veux te proposer quelque chose! Pas un contrat, mais ma main. Nous pourrions être un bon couple, même si nous sommes parentés. Nous avons déjà un toit et un bon travail, lamour nest quun supplément, le respect est la base! déclametil.

Maëlys reste bouche bée, quand tout à coup Biscotte sort de sous le lit.

Cest ton chat? sétonne Henri.

Oui! réplique Maëlys, surprise. Cest la première fois que tu le vois?

La première! Zut, jai une allergie aux poils de chat! Le médecin ma confirmé aujourdhui! sexclametil. Tu nas pas remarqué le bac à litière?

Je le vois, mais je ne pensais pas que ça pose problème! répond Maëlys, irritée.

Henri explique que le médecin lui a prescrit de traiter la cause, pas seulement les symptômes, et quil ne pourra jamais vivre avec un chat.

Qui toblige? Ne reste pas! lancetil.

Ce nest pas une invitation au mariage? rétorque Maëlys.

Notre allergie empêche tout! concluttil.

Tu veux même leuthanasier! semporte Maëlys. Je le ferai! ajoutetelle, furieuse.

Henri, vexé, boit son verre et quitte la table en disant: «Je ne pensais pas que tu sois si primitive!»

Adieu! sécrie Maëlys, soulagée.

Après son départ, la casserole disparaît, le tapis reste.

Sa mère lappelle: «Comment astu pu le virer? Le neveu sest plaint!»

Il voulait que je lépouse! Si tu es si gentille, épous

ele toi-même! Il me dégoûte!» répond Maëlys avant de raccrocher.

Personne ne la rappelle; la question est close.

Et peutêtre quun jour, un parent reviendra avec une allergie contre elle, comme il arrive parfois quand le mari est allergique aux pellicules de sa femme.

Maman, la prochaine fois que tu veux aider, accueille la famille chez toi: qui conçoit, conduit. Maëlys et Biscotte sen sortiront très bien.

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