Les heureux sourient toujours
Pauline regardait par la fenêtre, la pluie dété tombait doucement, le soleil sétait déjà montré, mais les gouttes continuaient de glisser. Elle attendait sonfille, revenue du travail, et avait décidé de préparer le dîner tout en observant le paysage gris.
Quand ma petite a grandi, elle a commencé à sortir avec un garçon. Ce Denis, il est plus âgé quelle, un type louche qui ne la regarde même pas dans les yeux se disait Pauline. Comment lui dire, à Clémence, quelle est vraiment amoureuse pour la première fois ? Si je brise leur relation, je deviendrai son pire ennemi. Jai essayé de lui faire comprendre que Denis ne lui convient pas, mais elle na même pas prêté attention à mes paroles. Ah, si je savais comment my prendre
Pauline avait élevé seule sa fille Clémence. Elle navait jamais été mariée, cétait ainsi que la vie lavait menée. À luniversité, au troisième semestre, elle fréquentait un étudiant nommé Vincent. Il na jamais fini ses études, il a été expulsé à la fin de la troisième année. Pauline était soulagée, car elle attendait un enfant de lui et voulait le prévenir.
Je nai rien dautre à dire sest exclamé Vincent doù je sors que ce bébé serait le mien ? Je ne veux pas denfants. Il a répliqué sèchement avant de disparaître.
Pauline était sous le choc, il ne lui a même pas donné la chance dexpliquer quelle navait jamais eu dautre homme. Il avait disparu, sans jamais la regarder, avant même dêtre renvoyé de luniversité.
Ma fille, il tarrive quelque chose? a demandé la mère dAnne, quand elle la vue pleurer dans sa chambre.
Maman, Vincent ma abandonnée et je suis enceinte a annoncé la jeune femme.
Quoi?! Je tai tant répété de réfléchir avant dagir! Tu es encore au troisième semestre, il faut que tu termines tes études, pas que tu te charges dun enfant qui va gâcher ta vie. Je ne vais pas taider, ne compte pas sur moi. Va à lhôpital, parle aux médecins, tu es adulte, tu dois assumer tes actes.
Le regard froid et indifférent dAnne a blessé Pauline plus que ses mots. Elle comprit quil ny aurait nulle part où demander de laide tant que sa propre mère la traitait ainsi.
Le lendemain, Pauline se rendit à la maternité. La salle dattente était presque vide ; à côté delle était assise une jeune femme enceinte, accompagnée de sa petite fille de six ans. Quand la porte souvrit et quune patiente sortit, la mère de la petite se leva, tenant son ventre :
Ma chérie, attends ici un instant, je reviens vite.
La femme entra dans le cabinet, et la petite fille resta près de Pauline. Lhôpital ennuie les enfants, alors la fillette dabord fixa les affiches murales, puis se tourna vers la femme à côté delle. Elle avait des taches de rousseur sur le nez, les cheveux blonds et les pieds qui gigotaient. Leurs regards se croisèrent et la petite sourit.
Tatie, pourquoi tu as lair triste? Tu es malade?
Non, rien du tout la femme ne voulait pas expliquer sa tristesse à lenfant.
Tu as des frères et sœurs? demanda la fillette.
Non
Cest dommage, ma maman dit que les enfants, cest le bonheur. Moi, je suis le bonheur de ma maman ricana la petite. Parfois je suis capricieuse, elle me gronde, mais elle dit toujours que je suis son bonheur. Elle dit aussi quil faut toujours sourire et ne jamais pleurer. Hier, Mickaël ma tiré les tresses, jai pleuré, mais ma maman ma dit de sourire. Jai souri, alors il ma offert un bonbon. Depuis, on est redevenus amis.
Pauline se mit à sourire. Linnocence et la sincérité dun enfant peuvent ouvrir le cœur le plus fermé. Elle ressentit alors une transformation intérieure.
Que faisje ici? Peu importe que Vincent mait laissée, que ma propre mère sy oppose. Je ne renoncerai pas à mon enfant
À ce moment, la mère de la petite sortit, elles se prirent la main et se sourirent. La chaleur de ce geste fit bondir Pauline hors de lhôpital. Ses pas la guidèrent vers la maison de sa grandmère, la tante de son père, Madame Claire. Bien que la relation avec la bellemère Anne se soit détériorée après le divorce, Pauline rendait visite à sa grandmère, qui aimait follement sa petitefille.
Viens, ma chérie. Même si ta mère sy oppose, je taiderai, tu pourras même vivre chez moi. Tu ten sortiras, je te soutiendrai. Ne te charge pas dun péché sur la conscience, plus tard tu me diras merci dit la grandmère en caressant la tête de Pauline.
Pauline revint à la réalité, murmurant :
Ma grandmère avait raison. Ma fille Clémence, cest mon bonheur, ma vie, ma joie, tout pour moi. Je ne peux imaginer comment je vivrais sans elle.
Le bruit dune clé dans la serrure retentit, la porte souvrit et Clémence entra, les yeux rougis par les larmes.
Ma fille, que se passetil? Assiedstoi et raconte-moi lenveloppa sa mère, la guidant vers la cuisine.
Denis? commença Clémence, puis éclata en sanglots.
Oui réponditelle, la voix brisée, la crise redémarrant.
Pauline, perdue, tendit un verre deau que la fille but. Anne caressa ses épaules, la serra fort, et, étrangement, ressentit elle aussi lenvie de pleurer. Le temps ségrena, mais bientôt les yeux de Clémence cessèrent de pleurer, bien que rougis et gonflés.
Elle apprit que Denis était marié, que sa femme habitait dans une autre ville. Lors de leur rencontre, Denis se montrait secret, répondait aux questions à contretemps. Lintuition de Pauline ne lavait pas trompée.
Maman, il est marié finitelle par dire entre deux sanglots.
Tu ne lavais pas remarqué? demanda Anne.
Non, maman Il a une femme et deux enfants dans une autre ville. Il vient ici pour un long détachement, loue un appartement. Je suis allée chez lui plusieurs fois, jamais la femme nétait là. Un jour, la femme est apparue, a trouvé mon numéro dans son téléphone et ma contactée.
Pauline ne vit pas de drame dans tout cela, au contraire, elle sentit un soulagement. Elle était convaincue que Clémence rencontrerait un vrai amour bientôt.
Et alors? Elle ta appelée? demanda Anne.
Oui, elle voulait quon se voie au café. Sa femme na rien dit, elle a juste demandé à son mari de la laisser tranquille pour le bien de leurs enfants. Cétait comme un éclair dans le ciel clair! sexclama Clémence, ne pleurant plus.
Ne te blâme pas, ce type est fourbe, et Dieu merci que cela soit sorti. Si tu avais su, tu ne serais pas restée avec lui.
Oui, maman. Jai dit à sa femme que je ne parlerais plus à Denis et que je ne le reverrai plus. Il doit me laisser tranquille, je lai mis sur liste noire.
Bravo, ma fille.
Pauline, bien quelle sache que ce nétait ni le premier ni le dernier traître de sa vie, ressentait une profonde douleur pour sa fille.
Que faitil maintenant? Il ne doit pas te parler? demanda Anne.
Il ma appelée récemment, je lui ai dit que je le quittais, je ne veux plus le voir répondit Clémence.
Tu as bien fait, ma chérie, même si cest douloureux.
Clémence éclata de nouveau en sanglots, comme si les émotions nétaient pas épuisées.
Maman, je je suis enceinte murmuratelle entre deux sanglots.
Depuis quand? tenta de garder son calme Anne, la voix tremblante.
Environ deux mois, chuchota Clémone, baissant les yeux.
Ces mots transperçèrent le cœur dAnne. Le même cycle se répétait Elle regarda sa fille adulte, la même femme qui ne sétait jamais brisée. Elle comprit que Clémone avait besoin de son soutien à ce moment crucial.
Ne tinquiète pas, ma chérie, tout ira bien. Accouche, je taiderai. Ce bébé sera notre petitneveu ou petitenièce, nous laimerons tous les deux. lui dit Anne, le visage illuminé damour.
Maman, tu es la meilleure, je le savais! sécria Clémone.
Nous y arriverons, ensemble.
Le temps passa et Pauline accueillit Clémone avec son petit garçon, emmitouflé dans un papier beige à nœud bleu. En rentrant à la maison, la pièce était décorée de ballons et de fleurs, la grandmère avait tout préparé pour le nouveau-né. Le berceau était prêt, la poussette, les jouets à grelots. Pauline et Clémone se souriaient, le bonheur avait finalement envahi leur foyer.
Les heureux sourient toujours.







