Cher journal,
Ces derniers temps, jai pris la décision de ne plus inviter de convives chez moi. Ce nest pas parce que je veux économiser les sous; jhabite à Lyon, mon petit pavillon possède un jardin, et jai toujours de quoi dresser une belle table. Pourtant, les raisons qui mamènent à cette résolution sont bien plus pratiques.
Je passe des heures à préparer le repas pour les visiteurs, puis à tout remettre en ordre. Oui, je sais cuisiner et cest même lun de mes points forts, mais je néprouve aucun plaisir à rester une demi-journée enfermée derrière les fourneaux. Pour mes enfants, Lucas et Manon, et pour Thomas, mon mari, je trouve volontiers des idées originales, mais lorsquil sagit de satisfaire des invités, je ne veux plus sacrifier mon énergie. Quand des amis ou de la famille débarquent, je nai dautre choix que de me transformer en chef cuistot pendant plusieurs heures, pendant que tout le monde se détend autour de moi. Bien sûr, les invités ne proposent jamais daider; ils sont venus pour profiter, pas pour mettre la main à la pâte. Et une fois quils ont quitté mon foyer, je me retrouve encore à passer des heures à nettoyer les traces de leur passage.
Je remarque que même pendant leur séjour, je dois constamment remettre de lordre. Ce ne sont pas des montagnes de détritus quils laissent derrière eux, mais les meubles se retrouvent déplacés, les jouets de Lucas et Manon jonchent le salon, la literie doit être changée, les taches sur la nappe et les rideaux se multiplient. Il mest arrivé davoir une vase renversée du rebord de la fenêtre; non seulement jai dû ramasser la terre et laver le sol, mais la fleur a dû être replantée. Parfois, ils décrochent les poignées de porte ou les serrures, et je me retrouve à réparer tout ça.
Ces enfants sont inévitables, et je ne peux pas surveiller chaque instant, ni les punir pour les bêtises de leurs parents qui, souvent, sont absorbés par leurs propres conversations. Ainsi, ma journée se compose non seulement de cuisine, mais aussi de remise en état de toute la maison.
Les invités veulent aussi en savoir plus sur notre quotidien. Par exemple, je ne fais jamais la lessive (pas même les sous-vêtements) quand je sais que des connaissances passeront. Je cache tout dans les placards, mais ils finissent toujours par me demander douvrir un tiroir pour y jeter un œil. Dautres inspectent minutieusement la cuisine, ce qui me met mal à laise, car cest une intrusion dans mon intimité. Notre appartement est petit, rempli de meubles, de vases et de nombreuses plantes suspendues que les visiteurs arrachent sans cesse pour les emporter.
Je me suis parfois demandé si cest moi la source du problème: si je suis trop exigeante ou mal accueillante. Mais après tant de visites, jai compris que je ne veux plus gaspiller mon énergie à cuisiner pour des gens qui ne participent pas et à nettoyer après eux. Je préfère désormais prendre un café avec eux dans un bistrot, faire une promenade le long du Rhône, et rentrer chez moi dans un foyer déjà propre et ordonné.
En somme, inviter des gens chez moi est devenu un fardeau qui ne vaut plus la peine. Jai choisi de préserver mon temps et ma sérénité, et de célébrer les retrouvailles ailleurs, où chacun peut profiter sans que je devienne lesclave de la cuisine et du rangement.







