Tu n’as plus de mère ! – s’est exclamée la belle-mère

Tu nauras plus jamais de mère! sécria ma bellemère, les yeux flamboyants.
Oublie que jai une mère. Après le mariage, ne me parle plus et fais comme si je navais jamais existé. Et je ne te donnerai pas dargent pour les noces. Si je ne suis pas celle qui a choisi ta future épouse, je ne paierai pas cette mascarade.

Je ressentais un bonheur fou quand mon petit garçon, Sébastien, me serrait contre son cœur et lançait:
Maman, tu es la meilleure du monde. Je ferai tout pour que ton sourire ne disparaisse jamais.

Ses mots faisaient chavirer mon âme. Jétais fière davoir mis au monde ce petit ange aux boucles dorées, aux yeux azur et aux traits raffinés, presque aristocratiques. En grandissant, je me plaisais à évaluer chaque candidate potentielle pour devenir ma bellefille: il fallait une lignée respectable, une allure soignée, une silhouette élancée, un diplôme duniversité et des manières impeccables, sans oublier un poste prestigieux et des relations influentes.

Mon fils possède déjà un appartement à Paris. Il ne manque plus quune maîtresse de maison capable de garder lordre parfait, prête à accueillir les invités de Sébastien même à trois heures du matin, car cest son devoir de femme et dhôte.

Le temps passait, mes exigences ne faiblissaient pas, au contraire, elles se durcissaient.
Pas de femme de plus de vingtcinq ans, sinon elle aura un enfant fragile. Et il faut être sûr que le bébé soit bien celui de Sébastien.

Thérèse, crietelle, tu devrais craindre Dieu! répliquaient les parentes. De nos jours, aucune jeune femme ne correspond à tes exigences. Si tu veux que ton fils se marie à temps, laissele vivre, sinon il restera célibataire jusquà la fin de ses jours.

Sébastien, brillant, a terminé le lycée et luniversité avec mention, décroché un poste bien payé dans une grande société de la Défense, mais sa vie sentimentale était un vrai cauchemar. Dès quil présentait une petite amie à sa mère, celleci trouvait mille raisons de la repousser.

À chaque rencontre, elle lançait à son fils:
Sébastien, va à la cuisine et coupe des fruits pendant que nous discutons.

La première prétendante fut Annette, fille dune famille modeste: mère comptable, père ouvrier, deux petits frères. Annette travaillait comme préparatrice en pharmacie, ce qui me fit penser:
Elle a accès aux médicaments! Et si elle empoisonne mon fils? En plus, elle vient dune classe ouvrière, ce nest pas pour nous.

Ma petite, tu comprends bien que tu ne peux pas épouser Sébastien? lui lançaije, seule avec elle. Vous êtes trop différentes. Il a grandi dans un univers que tu ne peux même pas imaginer. Oubliele et trouve quelquun de plus simple.

Annette partit sans un mot, sans même dire au revoir à Sébastien. Quand il chercha à savoir ce qui sétait passé, elle répondit froidement:
Demande à ta mère qui ta élevé dans des conditions particulières. Elle dit que je suis trop bien pour toi, je ferais mieux de chercher plus simple.

Maman, pourquoi astu blessé Annette? Je laime vraiment. Questce que tu lui as raconté?

Mon fils, tu oublies quelque chose, murmuratelle. Je suis ta mère, je sais mieux ce qui peut te rendre heureux. Mais pas Annette, cest sûr. Doù sorstu cette idée? Il ny a pas de famille respectable ici.

Sébastien comprit quil était inutile de me convaincre et séloigna. Il mentionnait parfois de nouvelles rencontres, mais ne les présentait jamais à la fière mère. Parfois je proposais mon aide pour quil fonde une famille, mais il refusait poliment:
Cest à moi de vivre avec ma femme. Je déciderai moimême.

Je sais déjà qui tu choisiras, grognaje. Tu ramèneras une femme de ménage dont le cerveau ne pense quaux serpillières et aux balais.

Au moins elle fera briller le parquet, ricanatil.

Ne parle pas ainsi à ta mère! soffusquatelle.

Le fils se retirait dans sa chambre. Vers la fin, il décida de quitter la maison maternelle et demménager dans lappartement que je possédais, que nous avions loué auparavant.

Avec son père, Pierre, quil navait pas vu depuis son divorce à lâge de six ans, les relations étaient inexistantes. Récemment, le père accepta de le revoir.

Tu sais pourquoi jai quitté Thérèse? Parce quelle me contrôlait à chaque instant: où jallais, pourquoi, ce que les gens disaient delle. Quand je voulais passer du temps avec toi, elle me reprochait de ne pas être diplômé. Pourquoi auraitelle dû me choisir, me mettre au monde? Jétais comme un bœuf de trait, jai fini par la quitter. Elle a refusé la pension alimentaire et ma privé de lautorité parentale.

Et tu en es content, hein? grogna Sébastien.

Pourquoi cette colère? répliqua le père, blessé. Je tai acheté un appartement, je tai donné les clés.

Quoi? sétonna le fils.

Le père insista:
Jai économisé dix ans pour que tu aies ton cheztoi. Ne reste pas avec elle, sinon tu nauras jamais de vie. Elle ne considère personne comme étant humain.

Pourquoi ne mastu pas parlé? demanda Sébastien, hésitant.

Je ne voulais pas que tu aies des ennuis. Thérèse a menacé de tenvoyer loin, et je ne voulais plus te voir.

Ces mots firent changer Sébastien davis sur sa mère. Il la décrivait souvent comme la meilleure, et cherchait une compagne qui lui rappelerait un tantoutant son image. Je souriais, convaincue quil ne la trouverait pas de sitôt: une femme comme moi, cest une sur un million, voire sur un milliard.

Après Annette, dautres prétendantes sont apparues, aucune ne me satisfaisait. Finalement, Sébastien posa une condition:
Soit tu arrêtes de te mêler de ma vie, soit je ne te parlerai plus.

Quel ingrat, sexclamaje! Tu te souviens de qui ta acheté le logement, ta donné léducation. Comment osestu?

Maman, stop, dit le fils. Je sais qui a réellement acheté cet appartement. Jai parlé avec mon père, il ma tout expliqué.

Et tu le crois? senflamma la mère. Pas ma mère, mais ce raté?

Ce raté, cest mon père.

Mon visage sassombrit. Je le dévisageai dun regard glacial et me réfugiai dans ma chambre. Le lendemain matin, je ne descendis pas pour le petitdéjeuner. Sébastien frappa à la porte, mais jentendis un tonnerre:
Laissemoi tranquille, retourne voir ton père insignifiant!

Maman, pourquoi? ouvritil la porte et entra. Elle était allongée sur le lit, cheveux en désordre, robe froissée, le regard vide fixé au plafond. Cétait une image bien éloignée de lélégance habituelle, du parfum cher qui laccompagnait toujours.

Sébastien, je viens de comprendre une chose, ditelle lentement. Épouse qui tu veux, ça mest égal. Même une femme moitié papoue, moitié manchot, ça me va. Mais oublie que jexiste. Après le mariage, ne me dérange plus, fais comme si je nai jamais été. Et je ne financerai pas tes noces. Si je nai pas choisi ta femme, je ne paierai pas cette farce.

Je tai compris, maman, répondisje en souriant, puis refermai la porte. Ce jourlà, je déménageai dans MON appartement.

Six mois plus tard, jinvitai ma mère au restaurant pour lui annoncer mon futur mariage.

Et qui seraelle? demandatelle dun ton détaché.

Peu importe, elle ne te plaira pas, répliquaije froidement. Je veux que tu saches que ma fiancée sappelle Lise. Elle a vingtsix ans, vient dune famille de médecins renommés. Une femme très respectable.

Mon Dieu, doù vient cette assurance? sexprimatelle en roulant les yeux. Montremoi une photo.

Je sors mon portable et lui montre la photo de la mariée. Elle pince les lèvres, secoue la tête avec désapprobation.

Et cest censé être la future mère de mes petitsenfants? Quel cauchemar.

Sur la photo, la jeune femme a des traits orientaux.

Ce nest pas Lise, cest Gulchatai, pourquoi lappeler ainsi?

Lise est à moitié coréenne, expliquatje patiemment.

Encore mieux, grognatelle. Un mélange de bouledogue et de rhinocéros.

Tu laimeras quand tu la connaîtras mieux après le mariage, souritje.

Ces mots firent battre le cœur de ma mère.

Après le mariage? Tu vas vraiment te marier? Juste pour me narguer?

Pourquoi pas? Cest pour mon plaisir, rétorquaije en appelant la serveuse pour commander.

Elle resta figée, essayant dimaginer les futurs petitsenfants de cette union. Le pire scénario possible se dessinait.

Le jour du mariage, je pris ma mère à part et la mis en garde:
Pas de scandales. Si Lise me quitte à cause de toi, je ne te pardonnerai jamais.

Elle dut rester silencieuse, plus discrète quune ombre. Elle observa, muette, la belle mariée radieuse et le fils qui, plein de joie, recevait les félicitations, participait aux jeux, dansait, échangeait des regards amoureux. Le lendemain, les jeunes mariés apportèrent des pâtisseries pour moi, mais je ne les laissai pas passer le seuil.

Écoute, mon fils. Jai suivi toutes tes envies, maintenant écoutemoi. Ne ramène plus cette créature hybride, je ne veux pas la voir. Tu peux avoir mille épouses, mais je nai quune mère.

Les jeunes mariés sen allèrent, et je jetai le paquet de douceurs à la poubelle.

Je ne prendrai rien de cette demisang, répliquatje avec amertume.

Après, je tombai souvent malade, et Lise, ma bellefille, soccupa de mes soins. Parfois, Sébastien engagea une aidesoignante pour que je ne reste jamais seule. Je narrivais toujours pas à accepter la femme que mon fils avait choisie, même si elle mavait sauvée.

Tu avais promis de trouver quelquun qui te ressemble, où est la ressemblance? grognatje, forcée de garder le silence, ce qui mirritait au plus haut point.

Il y a bien une perle pour ma tête, murmuratelle.

Quand le téléphone sonnait, je répondais dune voix mélodieuse:
Allô, Lison? Comment ça va? Jai un peu la tension qui monte, tu peux passer me voir? Daccord, à tout de suite

Ainsi se termina lhistoire dune mère inflexible, dun fils qui, malgré tout, cherchait à combiner son amour filial avec une vie nouvelle, et dune bellefille qui, malgré les préjugés, apportait un peu de douceur à un foyer autrefois glacé.

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Tu n’as plus de mère ! – s’est exclamée la belle-mère
Je reprendrai mes petits-enfants ! Vous allez voir !