– Enfin, rien de grave ne s’est passé, ma chérie ! Bon, ça arrive aux hommes – ils se laissent emporter, ne savent pas s’arrêter à temps. – Sois plus sage.

Voyons, Élodie, rien de grave ne sest finalement passé ! Les hommes sont comme ça, parfois ils se laissent emporter, ils ne savent pas sarrêter à temps. Sois plus sage. Tu vas vraiment abandonner ton mari à cette fille ? Elle croira quelle ta vaincue ! Défends ta famille ! suppliait la belle-mère.

Ce samedi matin, Élodie avait conduit son fils chez ses parents. Denis resterait chez eux quelque temps.

De retour chez elle, Élodie sortit des cartons du balcon et commença à ranger ses affaires. Dabord celles de la chambre denfant.

Elle pliait les vêtements, emballait les jouets et les livres, scotchait les cartons et les étiquetait. Encore un peu, et il ne resterait plus que les meubles, quelle nemportait pas.

Vers midi, le téléphone sonna. Cétait la belle-mère.

Bonjour, Marguerite.

Bonjour, Élodie. Jérôme ma tout raconté. Je comprends que tu sois blessée. Mais peut-être pourrais-tu ralentir un peu ? Attends, laisse les choses se calmer, réfléchis. Est-ce vraiment nécessaire de détruire la famille tout de suite ?

Ce nest pas moi qui détruis la famille, cest Jérôme, répondit Élodie.

Élodie, je ne le défends pas ! Mais ne pourrais-tu pas lui pardonner une première fois ?

De quel premier cas parlez-vous ? Votre fils fréquente sa collègue depuis six mois, il me trompe. Et vous me dites de « pardonner » ? Non.

Élodie, je ten prie, réfléchis encore. Tu prives Denis de son père. Et Jérôme adore son fils !

Marguerite, Jérôme pourra voir Denis, je ne len empêcherai pas. Mais vivre avec lui, cest fini. Jai mes affaires à faire, je nai pas le temps.

Elle scella les deux derniers cartons, passa dans la chambre et commença à remplir ses valises.

La belle-mère arriva une heure plus tard. Marguerite était persuadée quen tête-à-tête, elle réussirait à convaincre sa belle-fille de sauver leur famille.

La conversation tourna en rond :

Élodie, rien de grave nest arrivé ! Les hommes sont comme ça, parfois ils dérapent.

Sois plus maline. Tu vas laisser cette fille croire quelle ta battue ? Défends ta famille !

Marguerite, Jérôme nest pas un trophée à conquérir ! Vous voulez que je provoque cette Jeanne en duel ? Ou sur un ring de boxe ? Elle nest pas le problème. Sil ny avait pas eu Jeanne, il y aurait eu Clara ou Sophie.

Tu sais, je vais te confier un secret : le père de Jérôme, Alexandre, a aussi fauté dans sa jeunesse. Mais jai été plus sage que toi, jai sauvé notre famille. Et voilà, nous sommes ensemble depuis trente-cinq ans. Bientôt, nous fêterons nos noces de corail.

En quoi consistait votre sagesse ? sourit Élodie.

Je ne lui ai pas fait de scènes. Au contraire, je suis devenue plus tendre, je cuisinais ses plats préférés, je mintéressais à son travail, jai changé de coiffure, perdu du poids, je laccueillais avec le sourire. Parfois, je savais quil revenait de chez cette femme, et javais envie de lui balancer une poêle à la tête. Mais je souriais. Et tu vois, je lai gardé. Notre fils a grandi avec son père, et notre petit-fils a un grand-père.

Marguerite, vous êtes une femme extraordinaire. Moi, je nen serais pas capable. Jai malheureusement un sens de la dignité trop développé. Ce que vous me proposez, cest comme manger dans une poubelle.

La belle-mère senflamma, se leva brusquement et quitta lappartement sans un mot.

Élodie continua de préparer ses affaires. Elle savait que ce nétait pas fini, que Jérôme et Marguerite lui casseraient encore les pieds. Elle se dépêchait de quitter cet appartement.

Le lendemain, dimanche, son père vint laider. Ils chargèrent rapidement les valises et les cartons dans une camionnette et partirent.

En chemin, Élodie demanda à son père de sarrêter chez sa belle-mère pour rendre les clés.

Tu te rends compte, raconta Élodie à son amie le lendemain, Marguerite a passé une heure à me supplier de pardonner les « petits écarts » de Jérôme et de ne pas divorcer.

Quels arguments a-t-elle avancés ? demanda Camille.

Les classiques : « Tu prives ton enfant de son père », « Tous les hommes trompent », « Les femmes doivent être plus sages ». Puis elle ma expliqué comment elle avait reconquis son mari.

Et comment ?

Je ne te répéterai pas ça, mais crois-moi, cétait nimporte quoi. Toi, tu ne ferais pas ça.

Tu as déjà déposé la demande ?

Oui, vendredi.

Enfin, tu te débarrasses de ce Don Juan. Cétait pénible de voir ce ruminant.

« Pénible de voir » ? Tu savais quil tournait autour de Jeanne ? sindigna Élodie.

Je navais pas de preuves, mais je men doutais, avoua son amie.

Pourquoi tu ne mas rien dit ? Je croyais quon était amies.

Attends ! Écoute dabord. Je ne savais rien de sûr. Jai juste tiré des conclusions différentes. Rappelle-toi, au dîner dentreprise : Jeanne tournait autour de Jérôme. Tu las vu ? Et toutes ces missions où elle sarrangeait pour partir avec lui ? Tu travailles à la compta, tu vois les dossiers, tu nas jamais trouvé étrange que Jeanne remplace toujours quelquun au dernier moment ? Je soupçonnais, mais je nétais pas sûre.

Tu aurais pu me faire un signe.

Et si je métais trompée ? Tu maurais détestée. Tu te souviens de Sabine ? Elle avait dit à une amie quelle avait vu son mari avec une autre. Même montré une photo. Scandale, réconciliation, et Sabine a été accusée de vouloir détruire leur mariage par jalousie. Elle a fini par démissionner. Alors ne men veux pas. Si javais eu des preuves, je taurais parlé. Où comptes-tu vivre maintenant ?

Lappartement appartient à Marguerite, alors Denis et moi sommes chez mes parents. Mais dans une semaine, nous emménagerons chez ma grand-mère. Les locataires sont partis. Ce nest que deux pièces, mais ça nous suffira. Il faut aussi changer Denis décole. Le divorce, la pension tout ça.

Jérôme est daccord ?

Il dit quil ne veut pas divorcer, quil a compris et que ça ne se reproduira pas. Moi, une fois suffit. Il ma demandé de ne pas demander de pension, de payer lui-même.

Et toi ?

Non. Je veux que ce soit officiel. Il a menacé de me prendre Denis : « Jai un meilleur appartement, un meilleur salaire. » Je nai rien répondu, juste compté ses déplacements professionnels lan dernier : huit.

Et il a dit quoi ?

Jai gardé ces infos pour le tribunal. Sil réclame Denis, je demanderai qui sen occupera pendant ses absences. Jai un travail, un logement. Il ne gagnera pas.

Jérôme intenta effectivement un procès pour la garde de Denis, affirmant quÉlodie ne pouvait offrir à leur fils un niveau de vie décent. Marguerite accusa même son ex-belle-fille de cacher lenfant :

Elle a quitté lappartement, retiré Denis de lécole. Nous pensions quils vivaient chez ses parents, mais ils ont disparu après une semaine. Où cache-t-elle mon petit-fils ? Un enfant doit aller à lécole, pas se terrer dans des endroits douteux !

Élodie dut expliquer quils vivaient dans un deux-pièces à elle, que Denis était scolarisé près de chez eux, et que les déplacements professionnels de Jérôme lempêcheraient de soccuper de son fils.

Bref, la belle-mère et lex-mari nobtinrent rien.

Élodie ne voulait plus croiser Jérôme et changea de travail elle était compétente, ce fut facile.

Peu après, Camille lui apprit une nouvelle :

Jeanne a démissionné et est partie.

Pourquoi ?

Les collègues lui ont rendu la vie impossible. Elle a tenu un mois, puis a filé à Paris. Ton ex est seul maintenant.

Ça ne me concerne plus, répondit Élodie.

Et cétait vrai. Parce que boire à ce puits, où tant ont craché non, vraiment, ce nest plus possible. Elle ferma la fenêtre du petit appartement, écouta un instant le rire de Denis qui jouait dans la pièce dà côté, puis sassit près de la table avec une tasse de thé. Le soleil couchant traversait les rideaux légers, dessinant des ombres douces sur le parquet. Pour la première fois depuis longtemps, elle respirait librement.

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