**Journal intime 15 novembre**
Le mois dernier, cétait lanniversaire de mon fils. Je lui avais dit que je viendrais en tant quinvitée. Jai élevé trois garçons. Ceux qui ont vécu avec quatre hommes sous leur toit comprendront sûrement ce que je veux dire. Je ne saisis pas comment on peut ne pas avoir préparé le déjeuner ou le dîner, ou laisser traîner des affaires partout dans lappartement. À 52 ans, jai toujours pensé quune femme doit créer un foyer confortable et rassurant pour son mari, un endroit où il peut revenir. Mais je doute que ma belle-fille partage cette vision.
Mon fils aîné sest marié il y a deux ans, et neuf mois plus tard, ils ont eu une fille. Il avait 28 ans, elle en avait 20. Élodie était encore étudiante, mais cette différence de huit ans na pas effrayé mon fils.
Pendant sa grossesse, elle était devenue insupportable, envoyant mon fils faire des courses à toute heure. Dabord des pommes le matin, puis une orange, puis des fleurs Il ne protestait jamais, satisfaisant chacun de ses caprices. Nous pensions que la naissance changerait les choses. Mais non.
Elle a allaité deux mois, puis sest plainte de fatigue, exigeant de se reposer. Mon fils, trop indulgent, ma demandé de laider. Bien sûr, je nai pas refusé.
Pendant que je moccupais du bébé, Élodie passait ses journées en instituts de beauté. En rentrant, elle ne cuisinait même pas le repas de mon fils, épuisé après sa journée de travail. Jai fini par garder leur fille une semaine entière. Elle sest habituée à dormir jusquà midi, à vivre sans contrainte. Tout reposait sur moi.
Au bout dun mois, jai craqué, annonçant mon départ. Elle sest énervée. Je savais quÉlodie ne se débrouillait pas seule, alors jai continué à leur rendre visite. Mais ce que jy ai vu ma déçue : un appartement en désordre, un frigo vide.
Trop paresseuse pour cuisiner, même pour son enfant. Après avoir élevé trois fils, une telle négligence mest insupportable. Mon fils a toujours mangé des plats faits maison. Pour son anniversaire, je mattendais à un repas préparé. Elle a commandé une pizza et des sushis.
Je ne comprends pas pourquoi mon fils accepte cela. Peut-être parce quils nont pas vécu ensemble avant le mariage ? Il ne la pas vraiment connue. Je le plains, mais son silence minquiète.
Je cherche un moyen de la faire agir en épouse et mère. Mais je crains de le froisser. Le lendemain de lanniversaire, jai rangé la cuisine en silence, lavé les assiettes sales, jeté les restes. Mon fils ma remerciée dun air las, sans regarder Élodie. Ce soir-là, je lai vu préparer un biberon à 2 heures du matin, les yeux cernés, tandis quelle dormait la porte ouverte. Jai compris quil ne verrait jamais ce que je vois. Alors, jai cessé daller chez eux. Pas par colère, mais par résignation. On ne peut pas forcer quelquun à ouvrir les yeux sil préfère la lumière douce de laveuglement.







