Autrefois, pour ma belle-mère, j’étais « la plouc mal lavée ». Aujourd’hui, elle m’appelle presque tous les jours pour me couvrir d’éloges. Mais je connais la raison de ce revirement et je ne crois pas un mot de ma belle-mère !

Avant, pour ma belle-mère, je n’étais qu’une traînée de village, une fainéante. Aujourd’hui, je suis devenue une sainte : elle m’appelle presque tous les jours pour me supplier de lui pardonner. Mais je ne crois pas un mot de ses regrets. Je n’ai qu’une chose à dire : « Bien fait pour vous ! Vous récoltez ce que vous avez semé ! »

Donc, en 2017, j’ai épousé Pierre. Nous avions étudié ensemble, rencontrés en première année de fac. Après notre licence, nous nous sommes mariés. Je ne suis pas d’ici : je suis venue à Lyon d’un petit village de Bourgogne.

Comme nous étions encore étudiants et sans le sou, nous avons décidé de loger chez la mère de Pierre. Geneviève avait un trois-pièces en plein centre-ville, superbement rénové. J’ai accepté cette aventure – comme ça, on économiserait plus vite pour notre propre nid, sans payer de loyer.

Mais ma belle-mère ne m’a jamais acceptée. Elle n’hésitait pas à dire qu’elle souhaitait une meilleure femme pour son fils unique :

– Petite paysanne. Ici, en ville, les règles sont différentes, ma chère. Tu as cru qu’en m’épousant tu allais gratter l’appartement ? Tu te trompes !

Pourtant, à l’époque, j’avais déjà trouvé un poste d’assistante dans un bureau de traductions. Ensuite, je m’efforçais de nettoyer la maison, de cuisiner. Mais je ne parvenais jamais à satisfaire Geneviève.

– C’est quoi cette lavasse ?

– C’est un pot-au-feu, tout frais, je viens de le préparer.

– Sûrement que tu faisais ce genre de bouillon pour les cochons chez toi !

Pierre n’osait même pas intervenir auprès de sa mère, il en avait trop peur. Il craignait qu’elle nous mette à la porte.

Photo d’illustration. L’image ne constitue pas une preuve documentaire de la situation décrite.

Mais nos problèmes ne s’arrêtaient pas là. Au bout d’un an, nous avions économisé une belle somme, mais tout est passé dans les travaux pour Geneviève : nouveau frigo, micro-ondes, évier, hotte et des placards. L’ancien réfrigérateur, elle ne l’a pas jeté : elle l’a installé dans notre chambre. Nous y rangions toutes nos provisions. Un jour, j’ai pris une noix de beurre chez elle – quel esclandre, comme si je l’avais volée !

J’ai vécu dans cet asile de fous encore trois ans. Quand le virus a frappé, tout a déraillé. Pierre a été licencié, il restait cloîtré à la maison. Je travaillais à distance, on m’avait prêté un ordinateur professionnel.

Mais Geneviève trouvait encore à redire :

– C’est ça, du travail ? Lève-toi plutôt et fais la vaisselle !

– Tout à l’heure, je finis juste de remplir ces dossiers.

– Et le repas ? Regarde Pierre, il a maigri ! Tu es une mauvaise maîtresse de maison !

Là, j’ai craqué. J’ai rassemblé mes affaires et je suis retournée chez mes parents, au village. Pierre ne m’a appelée qu’une seule fois – pour me demander de faire la paix avec sa mère.

Voilà, nous avons divorcé. Dieu merci, je travaillais bien – j’ai pu acheter un appartement en ville. Et récemment, une voiture. Je vis maintenant à Lyon, j’ai ouvert mon propre bureau de traductions avec une équipe formidable.

Et puis, il y a un mois, ma belle-mère m’a téléphoné à l’improviste :

– Sophie, tu es si brillante. J’ai appris que tu as une belle affaire. J’ai toujours dit que tu réussirais dans la vie.

J’en suis restée sans voix, me rappelant comme elle me « félicitait » avant.

– Merci…

– Et tu ne t’es pas remariée ?

– Non. Qu’est-ce que ça peut vous faire ?

– Pierre dépérit sans toi. Peut-être que vous pourriez vous revoir ?

En réalité, après le divorce, Pierre n’a trouvé ni femme ni travail stable. Toutes ces années, il est resté pendu aux basques de sa mère, vivant de petits boulots irréguliers.

Sans doute que Geneviève a découvert mon entreprise et mon appartement, alors elle a décidé de « faire la paix ». Maintenant, elle m’appelle presque chaque jour. J’en ai eu assez, j’ai voulu mettre un point final à cette comédie :

– Vous oubliez comment vous m’avez traitée de paysanne, vos critiques sur ma cuisine, vos reproches sur mon travail !

– C’était il y a longtemps. Ce qui est passé est passé.

– Non, ça ne marche pas comme ça. Dieu vous a punie ! Gardez votre cher fils et trouvez-lui une femme digne de lui. Moi, je ne suis qu’une paysanne, non ?

Je n’ai aucune honte d’avoir envoyé bouler ma belle-mère – enfin, mon ex-belle-mère. C’est elle qui a détruit notre famille, et aujourd’hui elle veut faire la paix ? Merci bien, mais comme on dit : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

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Autrefois, pour ma belle-mère, j’étais « la plouc mal lavée ». Aujourd’hui, elle m’appelle presque tous les jours pour me couvrir d’éloges. Mais je connais la raison de ce revirement et je ne crois pas un mot de ma belle-mère !
Pourquoi fouilles-tu dans mon ordinateur portable ? – Une enquête au cœur d’un regard inconnu. « Qu’est-ce que tu fabriques sur mon ordinateur ?! » s’emporta Alex, se penchant au-dessus de Chloé. Elle ne l’avait jamais vu ainsi… Chloé rentrait du lycée et avait déjà perçu, dans le couloir, l’odeur âcre de l’alcool. Depuis le salon, un vacarme sourd montait. Son père était encore saoul. La jeune fille filait directement à la cuisine. Sa mère pelait des pommes de terre à l’évier. En entendant des pas derrière elle, elle se retourna. Chloé, au regard perçant, vit tout de suite la joue rouge et gonflée. « Maman, on doit partir. Jusqu’à quand va-t-on supporter tout ça ? Il va finir par te tuer, un jour », lâcha Chloé, colère au ventre. « Où veux-tu aller ? Qui aurait besoin de nous ? On n’a pas assez pour un loyer. N’aie pas peur, il ne le fera pas. Il est lâche. Il ne cogne que sur moi. » Le matin, Chloé fut réveillée par des bruits étranges. Debout, elle jeta un œil dans la cuisine. Son père était devant la gazinière, la tête rejetée en arrière, buvant directement à la bouilloire. Chloé fixait, fascinée, sa pomme d’Adam qui montait-descendait. Elle entendait l’eau couler dans sa gorge avec ce bruit épais. « Qu’il s’étouffe ! S’il te plaît, mon Dieu, qu’il s’étouffe ! » pria-t-elle, pleine de haine. Mais il ne s’étouffa pas. Il reposa la bouilloire sur le feu, soupira de satisfaction, lui jeta un regard rouge et boursouflé, puis traversa la pièce direction salle de bain. Chloé se rappela, écœurée, que sa mère allait encore rajouter de l’eau dans la bouilloire sans laver le dépôt laissé par la bouche et l’odeur de son père. Elle frotta le récipient à la brosse, jurant de ne plus jamais boire sans le nettoyer d’abord. Pendant les vacances d’hiver, Chloé partit trois jours à Lyon avec sa classe. À son retour, sa mère était à l’hôpital. « C’est lui qui t’a frappée ? » demanda-t-elle, dure, en voyant la tête bandée de sa mère. « Non, ma puce, je suis tombée sur la glace. » Mais Chloé savait qu’elle mentait. À force de coups à la tête, sa mère avait développé une hypertension. Six mois après, elle fit un AVC fatidique. Le père sanglotait à la levée de deuil, larmoyant sous l’alcool, tantôt regrettant Henriette, tantôt la maudissant. Il répétait que Chloé était pareille à sa mère, la menaçait : si elle tentait de le quitter, il la tuerait. Chloé n’attendait qu’une chose : finir le lycée. Elle fit l’impasse sur le bal de promo, récupéra en secret son diplôme, prépara ses affaires pendant l’absence de son père et fugua. Il lui donnait un peu d’argent pour manger, que Chloé économisait ou subtilisait parfois dans ses poches pendant ses siestes d’ivrogne. C’était peu, mais suffisant pour débuter. Depuis longtemps elle avait prévu de partir, travailler, poursuivre ses études par correspondance. Elle ne craignait pas que son père la recherche. Tout le quartier connaissait ses habitudes ; personne ne l’aiderait. Elle gagna Paris, loua une chambre modeste en banlieue, et trouva un emploi dans un fast-food. On l’aida à se procurer un carnet de santé, elle avait la cantine gratuite… Elle déposa un dossier à un lycée pro, section comptabilité. Apprenant qu’elle travaillait la compta, on la mit à la caisse. Les garçons la draguaient. « Au début, tous sont gentils, charmants, puis ça boit ou ça trompe — je me demande ce qui est pire. Ne te laisse pas berner, ma fille. Sois prudente. Moi aussi, j’étais jolie autrefois. Ton père ne buvait pas quand on s’est connus. On s’aimait tant… Qu’est-ce qui a dérivé ? » Maman répétait souvent ces mots. Chloé s’en souvenait, évitait poliment toute relation amoureuse. Elle avait vu ce qu’avaient enduré ses parents. Les jours de paie, sa mère allait faire des courses, remplissant les placards de pâtes, sucre, céréales, conserves, de quoi tenir — simple, mais il y avait toujours à manger chez Chloé, comme autrefois. Un soir, alors qu’elle rentrait avec un sac de courses qui lui sciait les bras, un garçon, les yeux rivés sur son téléphone, la heurta. « Pardon », dit-il en levant la tête. Chloé, sur le point de répliquer sèchement, fut captée par son regard et se sentit troublée. « Ce n’est rien, j’aurais dû faire attention aussi », sourit-elle. Le garçon voulut l’aider. Elle hésita, puis accepta. Quelqu’un d’aussi souriant ne pouvait pas être mauvais. Ils firent connaissance. Alex porta son sac jusqu’à chez elle, mais elle insista pour qu’il ne monte pas. Le lendemain, Alex passa au fast-food. « Par hasard », prétendit-il. Chloé n’y crut pas. Peu à peu, ils se fréquentèrent. Alex avoua honnêtement qu’il était divorcé, père d’une petite fille adorée, ayant laissé son appart’ à son ex et dormant chez un pote. Il s’était marié trop vite. « On n’avait rien en commun. Parfois, on restait des jours sans se parler. » Il parlait souvent de sa fille, et Chloé se disait qu’on pouvait faire confiance à un homme aimant ses enfants. Un mois plus tard, Alex lui proposa d’emménager ensemble. « Trouvons un appart’ mieux situé, près du centre ; c’est plus facile, à deux ! » Chloé accepta avec joie. C’était enfin une vraie famille. Ils déménagèrent, célébrèrent simplement ce nouveau départ. Chloé ne rêvait pas de mariage, mais Alex parlait déjà enfants : « Un garçon, une fille, forcément ! » Elle y croyait aussi. Alex paya deux mois de loyer d’avance. À la troisième, d’un ton contrit, il… Chloé contempla une dernière fois l’appartement où elle avait cru à son bonheur, referma la porte avec détermination, puis chuchota une promesse pour son fils encore à l’incubateur : « On s’en sortira, mon amour, on sera loin de tout ça. »