La belle-mère se souvenait parfaitement de sa conversation avec cette femme insupportable, devenue lépouse de Louis. Elle avait tout fait pour dissuader son fils adoré de se marier. En vain Du moins, au début. Et puis, cette provinciale sans éducation se permettait trop de libertés.
Écoutez, Irène. Pourquoi jouez-vous à la mère sage ? Je vois bien que vous ne me supportez pas. Parce que je vous perce à jour et refuse de me plier à vos caprices. Depuis quand vous permettez-vous de venir chez nous chaque soir sans même frapper ? Nous ne vivons pas à vos crochets ! avait lancé la jeune fille insolente à la mère de Louis.
Quoi ? Tu oses me faire la leçon ? Attends davoir mon âge Irène commençait à séchauffer. Son masque de douceur et délégance seffritait, révélant sa vraie nature : une petite bourgeoise bornée, qui traversait la vie avec un seul but vivre doucement, manger sucré et peu importait qui elle devait écraser pour y parvenir. Chacun pour soi, nest-ce pas ?
Irène, Louis et moi nous aimons. Et jai remarqué que vos conversations lui font du mal. Vous avez chassé son père, convaincu de vous céder sa part de lappartement Et maintenant, vous lui pourrissez lexistence ? Si vous ne laimez pas, laissez-le au moins être aimé par une autre, avait répliqué Margaux, dune audace sans limites.
Ah, tu chantes maintenant ! Eh bien, je vais te dire tes quatre vérités, espèce de plouc ! Qui es-tu, dis-moi ? De quel trou perdu viens-tu ? Tu nes personne. Un jour, tu perdras ton travail et tu finiras à la rue. Pauvre comédienne de pacotille. Et tu oses me donner des ordres ? Irène explosait de rage.
Ah, cest comme ça que vous mesurez la valeur dune personne ? Si on vole un appartement, on est une dame respectable ? Mais si on gagne sa vie honnêtement, cest mal ? Pas tout le monde a eu la chance de se marier avec un homme bien installé pour le dépouiller ensuite ! Et pour votre gouverne, je sais très bien que vous nêtes pas native de Paris non plus. Margaux avait touché là où ça faisait mal.
Irène venait effectivement dun village reculé, sans éducation ni métier à son actif.
Tu ne resteras jamais avec mon fils ! Une mère, cest sacré ! Sors dici ! Irène, à court darguments, sortait larme ultime, contre laquelle il était difficile de lutter.
Margaux se contenta de ricaner et ne dit plus un mot. Pourtant, cette dispute neut aucun effet sur leur relation. Louis et elle se marièrent malgré tout.
Mais Irène ne lâcha pas prise. Quand Margaux mit au monde leur petit garçon, elle entreprit de monter Louis contre sa femme. Et ils finirent par divorcer Leur fils, Théo, navait que quatre ans
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Pourtant, la mère de Louis tremblait à lidée que son fils retourne vers cette effrontée. Elle savait quil la voyait parfois. Quil leur versait même une pension.
Mais ce quelle ignorait, cest que Louis et Margaux continuaient à vivre ensemble, élevant Théo en secret, tandis quIrène croyait son fils parti travailler dans une autre ville
Ce plan génial nétait pas seulement dû à la toxicité dIrène. Bien avant leur mariage, Louis sétait retrouvé dans de sales draps, accumulant des dettes bien avant leur faux divorce.
Margaux, il faut lui rendre justice, lavait mis en garde contre son associé.
Louis, où vas-tu te fourrer ? Ce Julien est une vraie hyène. À côté de lui, tu nes quun pigeon. Ne ty mets pas. Dès que je lai vu, jai su quil te broierait sans remords.
Margot, exagère pas. Julien, cest un mec bien. Entre hommes, on se serre les coudes. Cest comme ça quon tient debout dans ce monde.
Je te dis quil veut tutiliser. Il sait que tu crois à la fraternité masculine. Quand comprendras-tu que lhonnêteté na pas de sexe ?
Il navait pas insisté et avait fait à sa tête. Erreur. Julien lavait nommé directeur dune entreprise fictive, avant de tout siphonner, ne lui laissant que les dettes et un téléphone muet
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Il aurait mieux valu vivre avec un salaire modeste mais stable, plutôt que de plonger sa famille dans le rouge.
Alors, ils avaient imaginé ce plan pour régler deux problèmes dun coup. La mère de Louis était ravie du divorce, et Margaux et Théo échappaient aux créanciers
Officiellement, Louis vivait en résidence dentreprise, où il avait repris son poste. Le soir, il rejoignait sa femme et son fils dans un petit appartement chaleureux.
Il était heureux. Mais chaque mois, il devait rendre visite à sa mère, en prétendant être en déplacement. Celle-ci ne cessait de lui présenter des héritières “convenables”.
Pourquoi ne pas lui avouer pour les dettes et pour nous ? suggérait Margaux.
Non Ça la briserait. Il faut trouver une autre solution soupirait Louis.
Mais laquelle ? On ne peut pas vivre cachés éternellement ! Quelle vie de clandestins
Elle ne voyait aucune issue. Elle survivait avec des petits boulots, tandis que le salaire de Louis partait en remboursements.
Ils étaient presque dans la misère. Et aucune lumière au bout du tunnel. Parfois, Louis lui proposait de le quitter Mais Margaux laimait.
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Margot, tu ne peux pas lentretenir indéfiniment ! Tu nas rien à toi, à part des problèmes. Tu paies cette chambre de ta poche, tu le nourris Pourquoi tinfliger ça ? Vous nêtes même plus mariés ! La mère de Margaux, institutrice, était prête à laccueillir avec Théo dans son petit deux-pièces. Sans Louis.
Maman, tu sais combien je laime Nous avons un fils. Je ne peux pas labandonner !
Sa mère, qui lavait élevée seule, sinquiétait. Elle pensait quun ultimatum ferait plier sa fille. Erreur. Alors, elle eut une idée
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Alors, Irène Voilà la situation. La mère de Margaux, Élodie, était venue exprès de sa province pour parler en secret à la belle-mère.
Il a des dettes ? Et mon fils vit toujours avec elle ? Il ma menti ? Lindignation dIrène ne connut plus de limites.
Oui, et figurez-vous que ma fille, avec ses sous, laide, le nourrit, paie le loyer Je suis venue malgré ses interdictions !
Et en plus, il prétend travailler ailleurs Quel ingrat !
Alors, que fait-on ? Nous sommes la génération précédente. Il faut les sauver !
Mais comment ?
Mettre en commun Jai quelques économies, modestes, mais pour ma fille et mon petit-fils
Vous plaisantez ? Mon fils est un adulte. Je lai élevé, ça suffit ! Aucune aide ! Et dailleurs, je ne veux plus le voir !
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Bon Venez chez moi. À plusieurs, on est moins seuls. Après léchec de sa manœuvre, Élodie se résigna à accepter son gendre. Que ne ferait-on pour le bonheur de sa fille ? Après tout, ils nétaient pas gens à cultiver lorgueil.
Je ne dis pas non soupira Margaux.
On na pas le choix Désolé, Élodie Ma mère et moi, on sest mal comportés à votre mariage
Louis se souvenait avec honte de ses moqueries sur ces provinciaux incapables de tenir une fourchette. Mais aujourdhui, il comprenait que ce nétait pas lessentiel
***
Tu ne mintéresses pas Mais ma fille a besoin daide. Élodie appelait son ex-mari.
Élo, bien sûr, je laiderai. Margaux est ma seule fille. Que faut-il faire ?
Ils nont nulle part où vivre Et un peu dargent leur ferait du bien.
Elle savait que Gérard avait réussi dans le bâtiment. Mais il était connu pour être radin.
Combien ?
Ce que tu peux Elle mentionna le montant des dettes de Louis. En elle-même, elle pensait : “Même si son père aide et que Louis senfuit après Au moins, ils vivront un peu mieux.”
Daccord À une condition
Laquelle ?
Je veux te revoir.
Si tu ne deviens pas entreprenant Élodie rit, soudain coquette, comme une jeune fille.
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Les années passèrent. Quand Théo eut dix-huit ans, la famille était réunie au complet. Élodie et Gérard se tenaient la main. Lamour, miraculeusement, était revenu
Louis et Margaux étaient toujours ensemble. Ils sétaient même remariés. Mais sa belle-mère avait exigé que la cérémonie nait lieu quaprès lachat dun appartement pour Margaux, offert par son père.
Louis avait pris du plomb dans la tête. Plus de bêtises. Un emploi stable.
Tout le monde est là ? demanda Théo.
On sonna à la porte. Théo courut ouvrir. Tous virent, stupéfaits, Irène sur le seuil.
Tu las invitée ? Théo, on en avait parlé reprocha Margaux.
Maman, jai eu pitié Elle mappelait sans cesse. Elle regrette !
Il ny avait pas un mot dexcuses avant ? interrogea Élodie.
Allons, Élo Sans elle, nous ne serions pas ensemble. Et puis, qui na jamais péché ? dit Gérard.
Maman, pourquoi cette comédie ? gronda Louis.
Je suis venue mexcuser murmura Irène, coupable.
Elle avait attendu quon la supplie. Mais personne nétait venu. Et la solitude lui pesait.
Je pensais quon me supplierait Quon se jetterait à mes pieds Mais je ne suis pas si mauvaise. Pardonnez-moi
Un silence sinstalla. Puis quelquun lui offrit du thé. Des petits fours.
Dans cette famille, personne ne maîtrisait vraiment la fourchette. Mais on y trouvait en abondance générosité, bonheur et pardon.







