Tu n’es pas sa femme”, déclara la belle-mère en décrochant la photo du mur

« Tu nes plus son épouse », dit la belle-mère en retirant la photo du mur.

« Marion, mon petit soleil, aide ta mamie à retrouver mes clés, je narrive pas à mettre la main dessus ! » La voix dAnne-Marie tremblait dagitation.

Marion leva les yeux de son téléphone et observa sa grand-mère, affairée dans le couloir, une main sur le chambranle, cherchant quelque chose du regard.

« Mamie, elles sont dans ta main ! » sourit la fillette.

« Ah, cest vrai ! Je perds la tête », rit la femme, mais son rire sonnait forcé. « Marion, où est ta maman ? »

« Elle a emmené Jules à la crèche. Elle a dit quelle serait bientôt de retour », répondit la petite avant de replonger dans son écran.

Anne-Marie hocha la tête, traversa le salon et sarrêta devant le mur des photos. Longuement, elle contempla le cadre doré Élodie en robe blanche, radieuse, aux côtés de Théo en costume sombre. Une photo de mariage qui trônait là depuis huit ans.

Elle tendit la main, décrocha le cadre, le fit tourner entre ses doigts. Puis, avec un profond soupir, elle lemporta dans sa chambre.

« Mamie, pourquoi tu enlèves la photo ? » cria Marion depuis le couloir.

« Je veux la dépoussiérer, elle en a besoin », répondit Anne-Marie, mais sa voix trembla.

Assise sur son lit, elle posa le cadre sur ses genoux. Comme Élodie était belle ce jour-là ! Et Théo, si jeune, si épris. Et maintenant Tout avait changé.

La porte claqua Élodie rentrait. Anne-Marie cacha rapidement la photo dans le tiroir de sa commode et se dirigea vers la cuisine.

« Anne-Marie, tout va bien ? Jules a été infernal ce matin, il na fait que pleurer », dit Élodie en retirant son manteau. « Où est passée notre photo de mariage ? Elle était là tout à lheure. »

« Quelle photo ? » demanda la belle-mère avec innocence, versant de leau dans la bouilloire.

« Celle de notre mariage. Vous lavez enlevée ? »

Anne-Marie posa la bouilloire sur la cuisinière et se retourna. Élodie se tenait droite, les bras croisés, le regard insistant.

« Oui. »

« Pourquoi ? »

« Parce quil est temps, Élodie, que tu comprennes une chose simple. Tu nes plus son épouse. »

Élodie pâlit et sassit sur le tabouret.

« Quest-ce que vous dites ? »

« Je dis la vérité. Huit ans ont passé. Huit ans ! Et tu te comportes toujours comme une jeune mariée. Ta robe traîne encore dans le placard, je lai vue hier en rangeant le linge. Et cette photo, tu la nettoies chaque jour comme une relique. Mais la vie avance, ma chérie ! »

Élodie serra les poings, muette.

« Je ne vois pas où vous voulez en venir. »

« Théo a appelé ce matin. Tôt, tu dormais encore. Il a dit quil fallait avoir une discussion sérieuse. Avec toi. Et avec moi aussi. »

« Quelle discussion ? » murmura Élodie.

Anne-Marie sassit face à elle et prit ses mains dans les siennes.

« Élodie, ma chérie, je taime comme ma propre fille. Tu le sais. Marion te considère comme sa mère, Jules tadore. Mais Théo Il na que trente-deux ans, cest un homme jeune. Crois-tu vraiment quil restera seul jusquà la fin de ses jours ? »

Élodie se dégagea.

« Nous sommes mariés ! Nous avons des enfants ensemble ! Comment ça, je ne suis plus son épouse ? »

« Mariés, oui, mais vous vivez comme des étrangers. Quand est-il rentré pour la dernière fois ? Pas pour voir les enfants, mais pour toi ? Il y a un mois ? Deux ? »

« Il travaille beaucoup. Il voyage souvent »

« Oh, Élodie » Anne-Marie secoua la tête. « Il travaille, bien sûr. Mais pas toujours où tu le crois. Je lai vu la semaine dernière près du nouveau centre commercial. Avec une femme, jeune, belle. Ils marchaient bras dessus bras dessous, ils riaient. Quand il ma aperçue, il est devenu écarlate, il a bafouillé quelque chose sur une collègue, sur le travail. Mais les yeux ne mentent pas, Élodie. Quand un homme est amoureux, ils brillent dune certaine façon. »

Élodie se leva et sapprocha de la fenêtre. Dehors, une fine pluie tombait sur les toits gris de Paris.

« Donc, selon vous, je dois accepter ça sans rien dire ? Meffacer pour lui laisser la voie libre ? »

« Je crois que tu dois te poser une question honnête : es-tu heureuse ? Veux-tu continuer ainsi ? »

« Et les enfants ? Marion entre à lécole lannée prochaine, Jules est encore petit. Comment leur expliquer que leur père ne vivra plus avec nous ? »

« Comment leur expliques-tu déjà quil ne rentre quune fois par mois ? Quil dort dans le canapé du salon ? Que vous ne vous parlez presque plus ? »

Anne-Marie se leva, entoura Élodie de ses bras.

« Marion comprend déjà. Hier, elle ma demandé pourquoi tu et Théo ne vous embrassez jamais, contrairement aux parents de sa copine Lucie. Que dois-je lui répondre ? Que vous jouez à un jeu étrange ? »

« Je ne sais pas, murmura Élodie. Je ne sais pas quoi faire. »

« Moi, je sais. Jai vécu longtemps, jai tout vu. Lamour, ma chérie, cest comme le soleil : soit il brille, soit il disparaît. On ne peut pas feindre lamour, pas plus que le bonheur. Toi et Théo êtes deux bonnes personnes, mais peut-être plus faites lune pour lautre. Cela arrive. »

À cet instant, Jules, quatre ans, fit irruption dans la cuisine, les joues rouges et les cheveux en bataille.

« Maman, maman ! Mamie Anne a dit que Papa rentre ce soir ! Cest vrai ? »

« Cest vrai, mon chéri. Papa rentre. » Élodie le souleva dans ses bras.

« Il reste avec nous ? Pour toujours ? »

Élodie regarda Anne-Marie, qui détourna les yeux.

« Je ne sais pas, Jules. Papa texpliquera. »

Le petit garçon sauta au sol et courut dans sa chambre annoncer la nouvelle à sa sœur.

« Tu vois ? dit doucement Anne-Marie. Les enfants vivent despoir. Mais un espoir qui ne se réalise jamais finit par faire plus de mal que la vérité. »

Élodie sassit, le visage entre les mains.

« Il y a huit ans, jétais sûre que nous serions heureux pour toujours. Vous vous souvenez comme Théo me courtisait ? Les fleurs, les poèmes Il disait quil ne pouvait pas vivre sans moi. »

« Je men souviens. Il tadorait. »

« Quest-ce qui a changé ? Quai-je fait de mal ? »

« Rien. La vie sest chargée de compliquer les choses. Théo a épousé une étudiante joyeuse et amoureuse. Il vit désormais avec une femme épuisée par le quotidien. Les enfants sont arrivés, largent a manqué, il sest mis à travailler davantage. Toi, tu es devenue une ombre de toi-même. Avant, tu laccueillais souriante, parfumée. Maintenant, cest en peignoir, avec des reproches. »

« Mais jai tout donné pour cette famille ! »

« Pour la famille, oui. Mais tu as oublié la femme en toi. Théo la senti. Les hommes ont besoin dune épouse, pas dune gestionnaire. »

La bouilloire siffla. Anne-Marie versa leau dans les tasses, les mains tremblantes.

« Je laime encore », murmura Élodie.

« Laimes-tu, ou tes-tu habituée à lui ? Réponds honnêtement. »

Silence.

« Peut-être a-t-il rencontré quelquun qui le rend heureux », dit Élodie lentement.

« Oui. Elle sappelle Sabine. Il me la avoué. Elle travaille avec lui, divorcée, sans enfants. Il dit vous aimer tous, mais différemment. Toi, comme une amie. Elle, comme un homme aime une femme. »

« Tout est décidé, alors ? »

« Non. Il souffre. Il craint de vous perdre. Mais il ne supporte plus cette vie. »

Des rires denfants résonnèrent. Élodie sourit, malgré elle.

« Je me sens comme une directrice de maison. Plus une épouse. »

« Alors, redis-toi : es-tu prête à te battre pour ton mariage ? »

Élodie se leva, regarda son reflet dans le miroir. Cheveux ternes, visage fatigué, vêtements informes.

« Je vais chez le coiffeur. Je me reprends en main. Ce soir, nous parlerons. Vraiment. »

Anne-Marie sourit. « La photo de mariage attendra. Si les choses sarrangent, je la remettrai. Sinon eh bien, il était temps de lenlever. »

Ce soir-là, Élodie était méconnaissable. Cheveux coupés, robe élégante, un peu de maquillage. Les enfants furent émerveillés.

« Maman, tu es comme une princesse ! » sexclama Jules.

Théo, en la voyant, resta immobile.

« Tu es très belle », dit-il enfin.

Après le dîner, ils restèrent seuls à la cuisine.

« Ta mère ma dit que tu voulais parler », commença Élodie.

« Oui. Élodie, je Cest difficile. »

« Je sais pour Sabine. »

Théo sursauta.

« Quoi ? »

« Ta mère ma tout dit. Je ne crierai pas, je ne pleurerai pas. Dis-moi simplement : veux-tu divorcer ? »

Il soupira. « Je ne sais pas. Je suis perdu. Dun côté, vous, les enfants De lautre, je me sens revivre avec elle. »

« Et avec moi ? »

« Je ne sais plus. Nous sommes devenus des colocataires. »

Élodie hocha la tête. « Nous avons tous les deux oublié dêtre un couple. »

« Alors que faisons-nous ? »

Théo la regarda droit dans les yeux.

« Je veux réessayer. Avec toi. Pas comme avant. Comme deux adultes qui choisissent de reconstruire. »

« Et Sabine ? »

« Je mettrai fin à cette relation. »

« Et si nous échouons ? »

« Alors nous divorcerons, mais en amis, pour les enfants. »

Élodie tendit la main. Il la prit.

« Daccord. Essayons. »

Le lendemain matin, Anne-Marie raccrocha la photo de mariage.

« Trop tôt pour lenlever », murmura-t-elle.

Élodie, café à la main, sourit.

« On verra bien. »

Et dans cette incertitude, il y avait une lueur despoir. Parfois, il faut tout risquer pour sauver ce qui compte. Même si la fin reste incertaine.

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Tu n’es pas sa femme”, déclara la belle-mère en décrochant la photo du mur
«Lorsqu’il a disparu : le mari qui a laissé sa femme seule la veille de son accouchement»